En Syrie, il n’y a pas qu’Assad et le Baas, il y a aussi les socialistes-nationaux !

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La Syrie est déjà un pays démocratique

La Syrie est un pays qui organise régulièrement des élections et où agissent au grand jour neuf partis politiques. Si le parti nationaliste panarabe Baas domine l’ensemble de la vie politique syrienne, il le fait en coalition, au sein d’un Front national progressiste, avec d’autres partis qui sont le Mouvement des socialistes arabes, deux Partis communistes syriens, l’Union socialiste arabe, l’Union démocratique arabe, le Parti unioniste socialiste, le Parti unioniste socialiste démocratique et le Parti social-nationaliste syrien.

Deux caractéristiques doivent être notées. Tout d’abord, afin de préserver l’unité de la nation et de respecter sa laïcité, les partis confessionnels ou ethniques sont interdits, ensuite, ne furent autorisés, de la création du FNP en 1972 jusqu’à un date récente, que des partis « de gauche » et nationalistes arabes.

Or la situation a changé en 2005 avec la légalisation et l’entrée au sein du Front national progressiste du Parti social-nationaliste syrien. Une étrange organisation dont les membres se saluent le bras tendu et arborent un insigne qui ressemble curieusement à une croix gammée… Un parti qui porta aussi, dans les années 1930, le nom de Parti populaire syrien et qui fut décrit par François Duprat comme « la tendance la plus authentiquement fasciste du mouvement nationaliste arabe ».

Le parti de la Grande Syrie

Créé en 1932, par Antoun Saade, un instituteur libanais de confession grecque orthodoxe, le Parti social-nationaliste syrien s’est caractérisé par le fait que, contrairement aux organisations politiques fondées par d’autres intellectuels chrétiens à la même époque, il n’était ni nationaliste libanais comme le Parti phalangiste de Pierre Gemayel ni nationaliste arabe comme le Baas de Michel Aflak (1). Tout au contraire, le PSNS militait pour la formation d’une « Grande Syrie », englobant outre ce pays, l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Palestine et Chypre dont, selon ses vues, « les habitants forment une seule et unique nation ».

Créé en réaction aux tentatives françaises de faire éclater la Syrie en plusieurs États : Syrie, Liban, territoire des alaouites, djebel druze, le PSNS ne cachait pas ses sympathies pour le IIIe Reich et fut immédiatement soupçonné d’être en contact étroit avec les services d’espionnage allemands. Durant la deuxième guerre mondiale, ces sympathies lui valurent d’être interdit à deux reprises – sous Daladier puis sous Pétain – par le gouvernement français qui goûtait peu sa propagande anti-française. Après la conquête de la Syrie par les forces anglo-gaullistes, l’administration mise en place par le général De Gaulle s’inquiéta à son tour de l’action du parti. À juste titre, car lors des graves troubles de 1943 et 1945, qui entraînèrent la fin du mandat français sur le Liban et la Syrie, le PSNS joua un rôle central dans les manifestations de rue et ses milices firent le coup de feu contre les troupes françaises.

Mais le PSNS fut déçu par la proclamation de l’indépendance du Liban car elle enterrait son espoir de la création d’une « Grande Syrie ». Deux États étaient nés et Antoun Saade n’eut alors plus qu’une idée en tête, trouver le moyen de les faire fusionner.

La voie des urnes puis celle des armes

Installé au Liban, Antoun Saade joua d’abord la carte de la légalité et de la voie électorale. Aux élections de mai 1947, nombre de candidats du PSNS furent élus. Mais, constatant rapidement l’impossibilité de faire triompher ses idées par la voie parlementaire Saade s’exila en Syrie et entreprit d’organiser une action subversive à l’intérieur du Liban. Mais les services de sécurité libanais eurent vent de l’affaire et une tentative de soulèvement militaire dans la zone de la Bekka eut pour conséquence l’arrestation d’Antoun Saade en juillet 1949 et son exécution immédiate (2). Quant au PSNS, il fut déclaré hors la loi et devint clandestin, ce qui ne l’empêcha pas de rester très actif et de tout faire pour venger son chef, assassinant le premier ministre libanais en 1952, multipliant les attentats à Beyrouth et les émeutes dans tout le Liban, jusqu’à l’élection à la présidence de la République de Camille Chanoun en 1952.

Un combat sans merci contre la Phalange

Redevenu un parti légal le Parti social-nationaliste syrien participa sous ses propres couleurs aux élections de 1953. Il s’y opposa avec violence Parti phalangiste de la famille Gemayel qui tentait de s’implanter dans ses fiefs. Ce fut le début d’un combat sans merci qui perdure encore.

Dans les années qui suivirent le PSNS se consacra à un patient travail de noyautage de l’armée libanaise en vue de prendre le pouvoir par un coup de force. C’est ainsi que dans la nuit du 31 décembre 1961 au 1er janvier 1962, il tenta un coup d’État qui échoua. Trois mille cinq cents membres du parti furent arrêtés, cinquante furent tués lors d’affrontement armés. La dure répression fut principalement menée par des partisans de la famille Gemayel et le parti fut de nouveau interdit.

La vengeance étant un plat qui se mange froid, le 13 avril 1975, un commando du PSNS tua le garde du corps personnel de Pierre Gemayel pour venger la mort et la torture de ses membres emprisonnés en 1961. Mieux, en 1982, un militant maronite du parti organisa l’assassinat du président de la République libanaise Bashir Gemayel, tant pour venger les morts du PSNS que pour punir le président d’avoir des liens étroits avec Israël. Enfin, en 2006, le PSNS fut fortement soupçonné d’être l’organisateur de l’assassinat de Pierre Amine Gemayel.

Entre temps, le PSNS clandestin s’était étroitement lié à la résistance palestinienne et avait multiplié les actions contre l’occupation israélienne du Liban, organisant de nombreux attentats à la voiture piégée, ainsi que des attentats-suicides comme lorsque Sana Khyadali, une de ses militante, devint, en 1985, la première femme kamikaze du Proche-Orient.

Durant la guerre civile libanaise, la milice du PSNS affronta durement celle des partisans de Gemayel. Le PSNS fut ensuite l’un des libérateurs du Sud-Liban, avec Amal, l’armée libanaise et le Hezbollah.

Le PSNS aujourd’hui

À partir des années 1970, le PSNS fut toléré en Syrie et, en 2005, Bachar al-Assad accepta qu’il intègre le Front national progressiste. Fort d’une centaine de milliers de membre, il joue depuis un rôle discret mais non négligeable dans la vie politique syrienne.

Dans le contexte libanais le PSNS se positionne comme pro-syrien. Il est membre du Bloc de la résistance et du développement, une coalition parlementaires au sein de l’Assemblée nationale libanaise, avec le mouvement Amal, le Hezbollah, le Parti Ba’as et le Parti phalangiste de Karim Pakradouni.

Note :

1 – Le Baas a été formellement créé en avril 1947, mais il succède à des revues et cercles actifs dès les années 1930.

2 – Il sera ainsi le seul homme politique à être condamné à mort et exécuté dans toute l’histoire du Liban.

Citation

« Mon père était pour une modernisation contrôlée de la société. Il admirait les démocraties qui en Europe furent appelées ̏fascistes̋ et il était résolument anti–communiste parce qu’il entrevoyait dans le communisme une idée déstabilisant le tissu social. Il était pour un modèle de société laïque, sans ingérence confessionnelle ou divisions ethniques. Pour lui, si le  communisme avait été instauré dans notre pays cela aurait été un vrai malheur parce qu’à toutes les divisions confessionnelles se seraient ajoutées celles des classes sociales.

 Enfin, mon père avait vu, avec une certaine clairvoyance et avant beaucoup  d’autres, le danger représenté par le sionisme qui était pour lui un mouvement politique national-chauvin de la bourgeoisie juive européenne. »

Sofia Saade,

entretien accordé à Dagoberto Belluci, in Résistance n°39, janvier 2007.

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