Ayn Rand et l’objectivisme

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« Je peux dire – et il ne s’agit pas d’une banalité patriotique, mais avec une connaissance complète des racines métaphysiques, épistémologiques, morales, politiques et esthétiques nécessaires – que les États-Unis d’Amérique sont le pays plus grand, le plus noble et, dans ses principes, le seul moral de l’histoire du monde »

Ayn Rand.

Le fondateur de l’Église de Satan, Anton Szandor LaVey, le président de la Réserve fédérale des États-Unis, Alan Greenspan, et le tueur de masse d’Oslo, Anders Behring Breivik, ont un point commun que bien peu de journalistes ont osé mettre en avant. Aussi curieux que cela puisse paraître, ces trois hommes sont des disciples d’un écrivain du nom d’Ayn Rand et des tenants fanatiques de l’idéologie qu’elle créa, l’objectivisme, la forme la plus radicale de l’ultra-libéralisme.

Née Alissa Zinovievna Rosenbaum en Russie en 1905, cette « juive athée » issue de la bourgeoisie aisée de Saint Pétersbourg développa un rejet absolu du marxisme qui la poussa, en 1926, à s’exiler aux États-Unis où elle devint romancière et scénariste à succès.

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, Ayn Rand prit parti pour le maccarthysme avec enthousiasme et rédigea de bon cœur des listes noires de personnalités considérées comme procommunistes qu’elle communiqua à l’United States House Un-American Activities Committee. Elle fut, de même, la première intellectuelle à dénoncer la propagande communiste dans le milieu du cinéma et elle alla jusqu’à écrire un vademecum pour y contrer celle-ci.

Tout ceci serait resté banal si, en 1950, Ayn Rand, son époux, son amant, et quelques disciples (dont Alan Greenspan) n’avaient pas constitué à New York une communauté militante – « Le Collectif » – toute entière dévouée à défendre les thèses du capitalisme ultra-libéral par des conférences, des causeries à la télévision, la publication de revues et l’éditions de livres, dont le plus célèbre fut La Révolte d’Atlas qui met en scène des entrepreneurs en butte à un État interventionniste. Ce roman à thème, illustrant les bienfaits de la société libérale, eut un retentissement idéologique fondamental. Il se vendit à plusieurs million d’exemplaires et, selon un sondage de la Bibliothèque du Congrès américain, est le livre qui est cité par les Américains après Bible comme celui les ayant le plus influencés.

Toute l’argumentation de Rand repose sur la glorification de l’« égoïsme rationnel » seul principe moral digne d’être suivi à ses yeux. De ce fait, dénonçant tout altruisme, elle fait de l’individu la référence ultime. Delà, elle conclut que le seul système économique pertinent est celui du « laissez-faire » et que l’État doit être réduit au rôle le plus minimal qui soit.

Peu connue en France, même si ses principaux livres ont été traduits dans notre langue, Ayn Rand est toujours aux États-Unis une icône dont la pensée irrigue actuellement les mouvances anarcho-capitaliste, libertarienne et les tenants du transhumanisme.

Article paru dans Réfléchir et agir en septembre 2011.

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