Dans cet entretien exclusif accordé à Arktos Journal et mené par Alexander Raynor, l’identitaire autrichien Martin Sellner explique comment un sentiment de manque de représentation politique l’a conduit à préconiser la remigration comme stratégie concrète visant à inverser les effets de l’immigration de masse par des moyens juridiques et politiques. Il expose les arguments centraux de son livre Remigration, les leçons tirées de l’histoire européenne, les résultats du Sommet sur la remigration de 2026, ses réponses aux critiques, ainsi que les raisons d’être optimiste quant à l’évolution du débat public et aux jeunes générations.
Alexander Raynor : Monsieur Sellner, vous êtes une figure de proue du mouvement identitaire depuis plus d’une décennie. Qu’est-ce qui vous a initialement attiré vers ces idées, et comment votre parcours personnel vous a-t-il conduit à vous concentrer si intensément sur le concept de « remigration » en tant que solution concrète ?
Martin Sellner : Ce qui m’a initialement motivé à fonder le mouvement identitaire en Autriche, c’était un manque criant de représentation. Il existait une immense majorité silencieuse et de nombreux jeunes idéalistes, mais aucune tribune capable de canaliser cette énergie vers une action efficace et non violente.
J’ai découvert le terme « réémigration » à travers la tradition identitaire et de la Nouvelle Droite française, et nous l’avons progressivement développé pour en faire une stratégie politique plus large. L’immigration de masse est le résultat de décisions politiques, de politiques frontalières, de règles d’asile, d’incitations sociales, de lois sur la citoyenneté, etc. Il s’ensuit que ces évolutions peuvent également être inversées par des décisions politiques.
La « remigration » est devenue la conclusion logique de notre travail, car elle rassemble de nombreux symptômes au sein d’un programme concret. Elle répond à la question que la droite traditionnelle a évitée pendant des décennies : non pas simplement comment ralentir l’immigration, mais comment inverser ses conséquences cumulées de manière pacifique, légale et progressive.
AR : Votre nouveau livre Remigration, ainsi que l’ouvrage de Jean-Yves Le Gallou du même titre, pour lequel vous avez rédigé la préface, présente un plan d’action détaillé pour relever les défis de l’immigration en Europe. Pour les lecteurs qui ne le connaissent pas, pourriez-vous résumer l’argument central et expliquer pourquoi vous estimez que les retours volontaires des migrants non assimilés, associés à un regain de confiance nationale, constituent une voie d’avenir à la fois humaine et réaliste ?
MS : L’argument central est que l’immigration n’est pas une force irréversible de la nature. Elle résulte de lois, d’incitations, d’institutions et de choix politiques. Ces choix peuvent être modifiés.
La « remigration » n’est pas une mesure isolée, et ce n’est pas un appel chaotique à l’expulsion collective. Il s’agit d’un terme générique désignant un renversement coordonné des flux migratoires. Cela commence par la sécurisation des frontières et l’application des décisions de retour existantes, mais cela inclut également le retour des migrants en situation irrégulière et des demandeurs d’asile déboutés, la réforme de la législation en matière de séjour et de citoyenneté, ainsi que des incitations généreuses au retour volontaire.
Le retour volontaire revêt une importance particulière. De nombreuses personnes vivant en Europe entretiennent des liens étroits avec leur pays d’origine. Une politique sérieuse pourrait proposer une aide financière, un accompagnement professionnel, des programmes de logement ou une aide à la création d’entreprise après le retour. Cela peut s’avérer plus humain pour l’individu et moins coûteux pour le pays d’accueil que des décennies de dépendance, d’aliénation et de conflits sociaux.
AR : Votre ouvrage s’appuie sur des schémas historiques, la « politique de la culpabilité » et des réalités démographiques. Selon vous, quels éléments de preuve ou exemples tirés de l’histoire récente de l’Europe étayent le plus fortement la nécessité de politiques de remigration aujourd’hui ?
MS : L’histoire récente de l’Europe nous a enseigné plusieurs leçons fondamentales. Premièrement, la migration temporaire devient permanente : les programmes de travailleurs invités du XXe siècle étaient présentés comme des arrangements économiques temporaires. Au lieu de cela, les travailleurs temporaires sont devenus des populations permanentes, ce qui a entraîné le regroupement familial et une immigration continue. L’Europe de l’Est ne doit pas suivre cette voie !
Deuxièmement, l’assimilation a ses limites. Elle ne peut pas compenser indéfiniment l’ampleur et la rapidité de la migration. Lorsque de grandes communautés parallèles se développent, la pression s’inverse : ce sont les institutions et la culture qui commencent à s’adapter aux immigrants, plutôt que les nouveaux arrivants qui s’adaptent au pays. Nous assistons aujourd’hui à une assimilation inversée, avec des Européens qui se convertissent à l’islam !
Troisièmement, le cœur du problème, c’est la culpabilité. La politique de la culpabilité a poussé les Européens à craindre ne serait-ce que de définir leurs intérêts en tant que groupe ethnique. Or, ce sont là des intérêts que toutes les autres civilisations considèrent comme normaux. Les frontières, la continuité démographique et les majorités culturelles sont traitées comme des concepts moralement contestables. Il en résulte une paralysie politique. La remigration commence par le rejet de cette paralysie. Rejetez la culpabilité blanche et assumez votre héritage.
AR : En mai 2026, vous avez contribué à l’organisation du Sommet sur la remigration au Portugal, où vous avez pris la parole, et qui a réuni des militants, des penseurs et des personnalités venues de toute l’Europe et des États-Unis. Quels ont été les principaux enseignements tirés de cet événement, et dans quelle mesure a-t-il donné un élan à ces idées ?
MS : Le résultat le plus important est que la remigration n’est plus seulement un débat sur Internet. Elle est en train de devenir un champ d’action politique international. La principale conclusion a été que nous disposons déjà d’une grande partie des outils individuels nécessaires. Ce qui manquait, c’était la coordination, et c’est ce qu’apporte le « Resum ». Un autre enseignement important a été que chaque pays a besoin de sa propre feuille de route. Le Portugal, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Autriche et les États-Unis ont des traditions juridiques, des situations démographiques et des opportunités politiques différentes. Les principes peuvent être partagés, mais leur mise en œuvre doit être nationale. Pour cela, l’échange d’expériences est crucial.
AR : Lors du sommet, des discussions ont porté sur des initiatives telles que l’Institut pour la remigration et sur des propositions politiques plus larges. Comment envisagez-vous de traduire ces discussions en actions politiques concrètes dans différents pays européens ?
MS : L’Institut pour la remigration a pour vocation de fournir l’infrastructure intellectuelle et de lobbying qui faisait défaut. La Gauche a passé des décennies à mettre en place des instituts, des ONG, des réseaux universitaires, des organisations juridiques et des structures professionnelles de campagne. De notre côté, nous nous sommes souvent appuyés sur des responsables politiques isolés et sur un activisme spontané et sous-financé. La mission de l’Institut est d’élever la remigration à un niveau scientifique, juridique et stratégique. L’objectif est de faire évoluer la remigration à travers trois phases distinctes : du tabou au débat, du débat à la politique, et de la politique à la mise en œuvre.
AR : Les détracteurs présentent souvent la remigration comme une mesure extrême ou irréaliste. Comment répondez-vous aux inquiétudes concernant la faisabilité, les obstacles juridiques ou les tensions sociales potentielles, et quels modèles vous donnent confiance dans le fait que cela pourrait fonctionner pacifiquement ?
MS : La première réponse est que le système actuel est lui-même extrêmement irréaliste. Refuser de changer de cap n’empêche pas les conflits ; cela ne fait que reporter les décisions jusqu’à ce que la situation devienne plus difficile. La remigration est le seul moyen d’éviter une guerre civile.
De plus, le départ volontaire doit être privilégié dans la mesure du possible. Il ne s’agit pas d’une invention extrémiste. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) met en œuvre depuis des décennies des programmes d’aide au retour volontaire, et les institutions européennes proposent déjà des services de conseil en matière de retour et d’aide à la réintégration. Aux États-Unis, en 2025, on a dénombré 1,9 million d’auto-expulsions. Cela peut également fonctionner en Europe.
AR : Votre livre étant désormais disponible en anglais, comment envisagez-vous que ces idées trouvent un écho en dehors de l’Europe, en particulier dans des pays comme les États-Unis, confrontés à leurs propres débats sur les frontières et l’intégration ? Voyez-vous des parallèles ou des enseignements qui s’appliquent universellement ?
MS : L’Europe et les États-Unis ne sont pas identiques. L’Amérique a une histoire différente en matière d’immigration. Cependant, les questions fondamentales sont universelles :
Avez-vous une frontière, ou n’importe qui peut-il entrer ?
La citoyenneté est-elle un lien politique sérieux ou simplement un document administratif ?
Combien et quels étrangers une société peut-elle supporter, et un peuple peut-il décider qui peut entrer et rester ?
L’Europe offre aux États-Unis un avertissement. Une fois que l’immigration de remplacement est tolérée pendant de longues périodes, les exceptions temporaires deviennent des droits permanents. De plus, les États-Unis démontrent que l’orientation politique a son importance. Les priorités en matière de contrôle des frontières et d’expulsion peuvent changer rapidement.
AR : À l’avenir, qu’est-ce qui vous donne l’espoir qu’une « reconquista culturelle » ou une stabilisation démographique soit encore possible en Europe, et quel rôle voyez-vous pour les jeunes générations ou les nouveaux mouvements dans la réalisation de cet objectif ?
MS : Mon espoir vient de la rapidité avec laquelle les tabous politiques s’effondrent sous nos yeux. Il y a dix ans, la remigration était pratiquement absente du débat public. Aujourd’hui, elle fait l’objet de débats au sein des parlements, dans les journaux, devant les tribunaux et lors de conférences internationales. La loi « Save Europe » a recueilli 600 000 signatures en seulement deux mois.
La jeune génération revêt une importance particulière, car elle subit directement les conséquences de l’immigration de masse, confrontée à la pénurie de logements, à la fragmentation du système scolaire et à la dégradation de la sécurité. Elle est moins attachée émotionnellement aux tabous politiques de l’establishment d’après-guerre.
Une reconquista culturelle ne signifie pas de la nostalgie ni un retour à un passé figé. Elle signifie redécouvrir et raviver une flamme éternelle. Notre continuité ethnoculturelle doit perdurer.
Entretien réalisé par Alexander Raynor
Martin Sellner publie ici des textes sur la stratégie politique, la philosophie et la contre-culture. Tous les liens : https://campsite.bio/martinsellner/
