L’Action impériale patrianoviste brésilienne, un para-fascisme brésilien

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Fondée et dirigée par un brésilien de race noire, l’Action impériale patrianoviste brésilienne (AIPB) fut une organisation monarchiste présente dans plusieurs États brésiliens et qui exprimait les idées nationalistes de la fin des années 1920 et du début des années 1930. Conçue par Arlindo Veiga dos Santos, elle visait à instaurer une nouvelle monarchie au Brésil, fondée sur une philosophie politique traditionaliste.

Le patrianovisme proposait la mise en place d’un « Empire organique »,  fondé sur la monarchie traditionnelle,  un régime s’appuyant sur l’Église catholique et les corporations professionnelles. Son programme mettait au premier plan le credo catholique, en défendant le caractère obligatoire de la religion « dans les écoles publiques, les casernes, les établissements hospitaliers et pénitentiaires, etc. ». L’État devait être organisé selon des principes municipalistes, corporatistes et syndicalistes. En matière de politique internationale, ses partisans défendaient une politique « nationaliste, fière et chrétienne ».

L’AIPB disposait dans ses rangs d’une formation milicienne, bien que non armée, destinée à lutter contre le communisme.

Le terme « Pátria-Nova » trouvait son origine dans l’intégralisme portugais, qui cherchait à créer un « Nouveau Portugal » en rétablissant de nombreuses institutions médiévales et en les adaptant à l’ère moderne. Cette idéologie soutenait l’instauration d’une monarchie organique, traditionaliste et antiparlementaire, fondée sur des idéaux catholiques, nationalistes et antilibéraux. Ainsi, au Brésil, le mouvement Pátria-Nova est devenu synonyme de quête d’une nouvelle patrie ancrée dans la tradition.

Histoire

Première phase (1928-1937)

En 1928, un groupe de jeunes catholiques, appartenant pour la grande majorité à la Congrégation mariale de l’Immaculée Conception de Santa Ifigência, dirigé par les militants noirs Arlindo Veiga dos Santos et son frère Isaltino Veiga dos Santos, fondèrent le Centre monarchiste de culture sociale et politique Pátria Nova, qui avait pour objectif d’étudier les problèmes nationaux, en associant les idées corporatistes au monarchisme antilibéral, également en vogue à l’époque. En 1932, Pátria-Nova devint alors l’Action impériale patrianoviste brésilienne. À ce moment-là, le groupe avait déjà défini ses orientations politiques : promouvoir l’instauration d’un Empire organique brésilien. Dès la fin de l’année 1935, on comptait plus de 200 centres de diffusion idéologique répartis dans tous les États.

De nombreux patrianovistes ont adhéré à la Société d’études politiques (SEP), qui allait donner naissance à l’Action intégraliste brésilienne (AIB), parmi lesquels figurait le fondateur même de l’AIPB, Arlindo Veiga dos Santos. Ces patrianovistes ont accompagné la phase initiale de l’AIB, avant de rompre avec celle-ci lorsque le caractère républicain de l’État intégral a été défini par le secrétaire à la doctrine intégraliste, Miguel Reale. Un autre point de divergence entre les deux mouvements fut le refus de l’Action intégraliste d’adhérer au modèle d’État confessionnel.

En 1934, Veiga démissionna de son poste de président de l’AIPB, pour des raisons personnelles. Il reprit la présidence en 1936.

En 1937, Getúlio Vargas, président du Brésil, proclama l’État-neuf, qui interdisait les organisations politiques telles que Pátria-Nova.

Deuxième phase (1945-)

Les partisans de Pátria-Nova refirent surface en 1945, après le premier mandat de Vargas. Lorsque les partis politiques furent de nouveau été légalisés, la police politique a commencé à persécuter Arlindo Veiga en raison de ses liens avec l’intégralisme de l’AIB. Ce dernier, quant à lui, n’a jamais réussi à reproduire la mobilisation de la première phase de Pátria-Nova. L’organisation fut officiellement réactivée en 1955. À partir de là, le mouvement perdit progressivement de sa vigueur, notamment en raison de la dictature militaire brésilienne, soutenue toutefois par certains patrianovistes. En 1978, Arlindo Veiga mourut des suites de complications de santé, alors qu’il se trouvait en situation d’exclusion politique.

Actuellement, les organisations patrianovistes sont la Légion Anchieta, l’Action orléaniste, la Légion léonine et l’Union nationale restauratrice.

Idéologie

Le patrianovisme trouve ses racines dans le catholicisme, dans les enseignements politiques de saint Thomas d’Aquin, dans le nationalisme et dans le rejet du libéralisme et de la Constitution. Il critique donc non seulement le processus d’indépendance brésilien, partant du principe que le pays avait déjà accédé à l’indépendance en 1815 – lorsque le Brésil fut élevé au rang de royaume constituant du Royaume-Uni du Portugal, du Brésil et des Algarves –, mais également ceux qui cherchaient à restaurer l’empire avec la Constitution brésilienne de 1824.

Pour les patrianovistes, lorsqu’un monarque signe une constitution, quelles que soient les circonstances, il se soumet lui-même à ceux qui étaient autrefois ses vassaux. L’AIPB défendait l’idée selon laquelle le roi absolu est un despote est fausse et que le libéralisme est le véritable régime despotique, puisque le despotisme consiste en ce que celui ou ceux qui détiennent le pouvoir ne reconnaissent aucun autre principe que leur propre volonté.

Les huit points doctrinaux énoncés dans le journal du parti Pátria Nova en 1929 étaient les suivants :

Credo – Le catholicisme romain doit être obligatoire dans toutes les institutions ;

Monarchie – Un monarque responsable doit être capable de gouverner et d’exercer librement son pouvoir. La monarchie est le fondement du municipalisme syndicaliste ;

Patrie et race brésiliennes – Affirmation du peuple brésilien à tous les niveaux : religieux, physique et économique ;

Nouvelle méthode de division administrative – Le Brésil doit être divisé en provinces et en régions plus petites, uniquement pour des raisons administratives, afin de prévenir le régionalisme et le séparatisme qui en découle ;

Organisation syndicaliste – Les productions spirituelles et économiques doivent être organisées en syndicats.

Capitale impériale au centre/au cœur de l’Empire ;

Relations extérieures fondées sur le christianisme ;

Relation d’accord spécial avec l’Ibéro-Amérique.

Ils étaient suivis de ce manifeste :

« Nous sommes la « Patrie-Nouvelle », d’extrême droite radicale et violente, défenseurs de Dieu et de son Église, défenseurs de la Nation impériale et catholique.

Nous sommes les  ennemis irréconciliables et intolérants du bourgeoisisme, du ploutocratisme et du capitalisme matérialiste, athée, voltairien, exploiteur, internationaliste, du judaïsme et de la franc-maçonnerie.

Nous sommes les ennemis de la République, des partis, du parlementarisme, du libéralisme religieux, politique et économique.

Nous sommes les ennemis tant de l’anarchie bolchevique qui, avec des erreurs tout aussi graves, prétendent en vain « corriger » la tyrannie de la bourgeoisie libérale, que de l’ordre social mensonger, établi pratiquement partout dans le monde. »

Le mouvement prônait le corporatisme comme forme idéale d’organisation politique, sociale et économique. La raison principale de ce soutien au corporatisme résidait dans le discrédit de la république libérale et laïque, alimenté par l’effondrement économique que le monde a subi en 1929 et par la religiosité des patrianovistes. Paim Vieira affirmait que le corporatisme n’est rien d’autre que « l’instrument de l’esprit chrétien » et qu’il ne peut fonctionner sans religion.Pour les patrianovistes afro-brésiliens, à l’instar du chef du parti, le corporatisme constituait la solution à l’exclusion sociale.

Le patrianovisme rejetait la participation des masses et des partis politiques, tout comme l’AIB, en s’appuyant sur les idées suivantes à ce sujet :

Le pouvoir est l’apanage exclusif du monarque ;

Les masses elles-mêmes sont favorables à une forme de gouvernement dirigée par une figure puissante (telle qu’un roi ou un général) plutôt que par des politiciens indifférents à leur bien-être ;

La multiplicité des partis politiques conduit à la polarisation et à la division de la population ; ils transforment les biens publics en propriété privée ; ils s’opposent à la coopération entre les communes.

Le patrianovisme considérait que toute véritable politique est centrée sur le traditionalisme, fondement d’un progrès authentique, garant de la pérennité de l’identité du pays. Une ligne de pensée récurrente au sein du patrianovisme était la nostalgie du passé, non pas de l’Empire, mais du Brésil d’avant l’indépendance, où – selon eux – toutes les grandes valeurs telles que l’honneur, la dignité, la grandeur, etc. étaient honorées. La place qu’occupait l’Église dans le passé séduisait également les patrianovistes. La période de 1822 à 1889 était considérée par ces derniers comme l’une des « erreurs accidentelles », au même titre que le régime impérial.

Dans de nombreux discours, la responsabilité de la vie difficile des Noirs brésiliens était imputée aux Juifs, décrits comme des exploiteurs capitalistes toujours associés à la bourgeoisie internationale, à la finance, à l’usure et à l’incarnation d’intérêts « étrangers ».

Il existait de nombreuses similitudes entre l’AIPB et l’Action intégraliste brésilienne, puisque le discours politique patrianoviste présentait l’intégralisme brésilien comme complémentaire au patrianovisme. Bien que les deux groupes fussent distincts, leurs relations étaient amicales. Les monarchistes n’eurent aucune difficulté à s’unir aux intégralistes, considérant l’intégralisme brésilien comme un complément au monarchisme organique. Les dirigeants du mouvement intégraliste, Plínio Salgado et Gustavo Barroso, avaient des sentiments monarchistes et, selon Barroso, « le patrianovisme est monarchiste parce qu’il est intégraliste ».

Arlindo Veiga dos Santos, qui était lui-même un Brésilien noir, créa en 1931, le Front noir brésilien destiné à « l’union sociale et politique du peuple noir du Brésil». Veiga souhaitait rallier les masses noires à la cause monarchiste, en faisant de la FNB un autre foyer des idéaux patrianovistes, et en tentant de fusionner la politique noire avec le patrianovisme.

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