Et si tout ce qu’on nous a raconté sur la lutte des paysans larzaciens n’était qu’une légende médiatique ?
Un camp militaire devenu trop petit
Tout commence en 1902, date à laquelle est créé le camp militaire du Larzac. À l’origine, il permet l’entraînement des troupes. Le temps passant, il va jouer un rôle de camp d’internement (pour des républicains espagnols en 1939, des harkis en 1963) et de prisonniers (des soldats allemands de 1945 à 1948, des membres du FLN algériens de 1959 à 1962). Enfin, au milieu des années 1960, il redevient un camp d’entraînement. Mais les temps ont changé et les armes aussi, et il faut maintenant beaucoup plus d’espace pour les terrains de tir et les champs de manœuvre des troupes.
C’est la raison pour laquelle, en octobre 1970, son agrandissement de 3 000 à 17 000 hectares est annoncé. Les élus locaux y sont favorables. 460 propriétaires doivent être touchés par le projet d’extension, nombre d’entre eux sont heureux de l’idée de pouvoir céder à un prix honnête des terres dont un bon tiers est en fiches.
Tout devrait donc se passez pour le mieux. Mais … nous sommes deux ans après mai 1968 !
Une lutte hors-sol
Dès l’annonce de l’extension du camp et alors qu’aucune déclaration d’utilité publique officialisant les choses n’a encore été prise (elle ne le sera que deux ans plus tard), le mouvement maoïste la Gauche prolétarienne, via son pseudopode le Secours rouge, lance une campagne contre ce projet à laquelle se rallient rapidement la totalité des partis et organisation de gauche et d’extrême gauche. L’Église catholique locale, dont la Jeunesse agricole chrétienne et une partie du clergé ont adopté les idées du temps, apporte son soutien à cette opposition. Il en est de même des syndicats agricoles alors noyautés par ceux qui, avec Bernard Lambert, donneront peu de temps après naissance aux Mouvement des paysans-travailleurs. Plus curieusement, les industriels du Roquefort soutiennent la mobilisation. En bons capitalistes, ils craignent un renchérissement du prix du lait du à une réduction de sa zone de production.
Jusqu’à ce que François Mitterrand, élu président en 1981, mettent un terme au projet, le Larzac va être une grande cause des gauches françaises, le combat que l’on doit soutenir et le lieu où l’on doit se montrer.
De nombreux artistes viennent s’y produire, animant des fêtes auxquelles ont afflue de toute l’Europe. Des Comités Larzac sont créés dans toutes les villes françaises et un nombre non négligeable de jeunes « chevelus, marginaux et hippies de tout poil » viennent s’établir sur place, squattant a qui mieux mieux fermes et bergeries abandonnées ou déjà expropriées. Des opérations médiatiques sont montées et l’on voit ainsi de malheureuses brebis larzaciennes mise à contribution pour paître les pelouses de la tour Eiffel.
Sur le plan légal, les opposants au projet développent d’habiles stratégies juridiques pour retarder les expropriations. La plus originale, et la plus intelligente, est la création de quatre Groupements fonciers agricoles qui acquièrent des terrains stratégiquement situés dans la zone d’extension du camp. Au sein de ceux-ci n’importe qui peut acheter un mètre carré du plateau avec la conséquence que pour exproprier un hectare il faut 10 000 procédures d’expropriation et que les hectares entourant sont d’un intérêt nul pour l’armée à cause de cette zone enclavée difficilement expropriable !
En parallèle à cela 103 agriculteurs font le serment de ne jamais vendre leurs terres à l’État. Ils sont mis en avant, pour que tout ce cirque garde un aspect rural et ne soit pas qu’un show d’extrême-gauche. Leur nombre décroit cependant rapidement d’un bon tiers, quand les plus intelligents se rendent compte du rôle qu’on leur fait jouer. Les autres restent, pour certains par sincérité, pour beaucoup à cause d’une pression qui n’est pas que sociale.
Des larzaciens pour le camp
Mais la population du Larzac dans tout cela, que pense-t-elle ?
Historiquement, le plateau est à droite et catholique. Sur le temps long, les larzaciens se sont toujours opposés aux millavois, les habitants de Millau. Durant les guerres de religion, les premiers sont catholiques, les seconds protestants. À la révolution, Millau est républicain alors qu’une petite chouannerie se développe sur le plateau. Le XIXe et la première moitié du XXe siècles voient s’opposer les paysans réactionnaires aux ouvriers gantiers et aux bourgeois francs-maçons de la ville.
Même si des agriculteurs sont hostiles aux expropriations, le schisme politico-social demeure.
La venue de militants qui font publiquement campagne pour l’amour libre, la présence de nombreuses militantes féministes qui s’affichent seins nus, conduit à un choc culturel important avec les paysans du plateau pour la plupart chrétiens pratiquants et à un rejet quasi-épidermique.
Le maire de La Cavalerie, la principale commune du causse, et son conseil municipal sont favorables à l’extension du camp et, en conséquence, en butte à des violence de l’extrême-gauche. Lors des élections législatives de 1973, le Larzac réélit un député gaulliste qui est tout naturellement favorable au camp. Pire une résistance civile s’organise et des groupes activistes locaux, peut être en lien avec le Service d’action civique, se créent. Quelques lieux occupés par des gauchos, telle la bergerie de La Blaquière, explosent ou sont incendiés…
Jamais la lutte du Larzac ne sera la lutte des larzaciens… Ce ne sera qu’un conflit organisé par des tard-venus et des horsains, par des néo-ruraux, par des citadins revenus à la terre avec les idées et l’habitus de la ville.
La structuration d’une situation
Quand le gouvernement socialiste de François Mitterrand annonce, en juin 1981, la fin du projet du camp militaire, se pose alors la question du devenir des terres expropriées et de celles achetées par les GFA.
Si ces derniers vont se contenter de donner leurs terres à bail en suivant les règles classiques du fermage, les terres expropriées connaîtront elles un sort plus militant. En 1984, elles sont mises par bail emphytéotique à la disposition de la Société civile des terres du Larzac créée par les anciens contestataires et animée par José Bové. Celle-ci, à son tour, signe 57 baux ruraux de carrière (c’est-à-dire garantis jusqu’à la retraite mais non transmissibles) et 28 prêts à usage d’habitation (sans loyers, mais les travaux d’entretien et, éventuellement d’amélioration, sont à la charge de l’habitant).
Cela a comme conséquence l’enkystement des néo-ruraux s’étant illégalement installés sur les lieux durant les dix années de lutte. Bové, issue d’une famille bourgeoise, élevé chez les jésuites et s’étant, au sortir du lycée, destiné à l’enseignement, en bénéficie ainsi pour s’établir éleveur de brebis dans le hameau de Montredon, propriété du ministère des Armées qu’il squattait depuis cinq années.
La Jasse, un symbole
Cette longue bâtisse caussenarde au toit de lauze située en bordure de la RN 9, est dans les années 1970 le GC des opposants au camp. Devenue ensuite un éco-musée, elle n’est plus maintenant qu’une banale boutique de produits du terroir pour les rares touristes de passage.
Ceux-ci, jettent parfois des regards distraits sur les cartels disposés ici et là qui relatent la « lutte ». Il y a quelques années, ils ont été réécrits et adaptés au politiquement correcte : il a fallu par exemple y effacer toutes les traces de la présence sur les lieux d’un certain « révisionniste » du nom de Roger Garaudy.
Que l’on vende maintenant des cartes postales sur l’épicentre de la subversion d’hier est très signifiant. Mais ce n’est pas le seul exemple que les néo-ruraux des années 1980 n’ont pas idéologiquement fait souche. Aux dernières présidentielles, un maire du Larzac a parrainé la candidature d’Éric Zemmour et, à La Cavalerie, Marine Le Pen a recueilli 59% des voix au second tour. Mais pire que cela, les baba-cools ne se pressent plus pour devenir agriculteurs et la Société civile des terres du Larzac peine à trouver des remplaçants partageant ses idées pour les baux qui se libèrent. Ce ne sont plus des paysans-travailleurs qui se présentent à elle, mais des amateurs d’activités plus simples, plus dans l’air du temps et plus compatibles avec une vision New Age de la société : distillerie d’alcools enracinés (le fameux pastis du Larzac), culture de simples, artisanats pour touristes, élevages de lamas, etc.…
L’homme de la ville, même retourné à la terre, ne sera jamais qu’un urbain qui « vit à la campagne » que ce soit sur le Larzac ou ailleurs.
Christian Bouchet
Larzac, la droite extrême y était aussi !
17 août 1974, sur le site du chaos rocheux du Rajal del Gorp, plusieurs dizaines de milliers de militants d’extrême-gauche se pressent à une fête des moissons intitulée « Moisson Tiers-monde ». Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand, qui vient d’être battu de justesse à l’élection présidentielle par Valery Giscard d’Estaing (il a obtenu un pourcentage de 49.19 des voix), se présente lui aussi sur les lieux.
Rapidement reconnu (il est venu pour cela !), il est entouré de militants hostiles, hué et victime de jets de pierres qui obligent le service d’ordre à l’exfiltrer.
Les auteurs de ce crime de lèse-majesté ? Des militants de Poble d’Oc, organisation née deux ans auparavant du groupe Jeune Languedoc, lui-même issu des sections languedociennes la Fédération des étudiants nationalistes, d’Europe action et du GUD. Parmi les lanceurs de cailloux un militant se fait particulièrement remarquer : il se nomme Richard Roudier et il dirige maintenant la très identitaire Ligue du Midi.
