Le Front ouvrier met en avant la question de classe dans le modèle migratoire

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Le rassemblement massif organisé à Madrid par le Front ouvrier devant l’ambassade du Maroc a de nouveau placé le débat sur l’immigration au cœur de la discussion politique et a ouvert la voie à une analyse de l’immigration sous l’angle de la classe sociale.

Le rassemblement organisé dimanche dernier par le Front ouvrier devant l’ambassade du Maroc, qui a réuni plus de cinq mille personnes, n’a pas seulement servi à dénoncer la pression migratoire que subit l’Espagne et le rôle joué par le Maroc dans ce phénomène. Il a également mis sur le tapis une question qui occupe rarement le centre du débat politique : l’immigration massive en tant que problème de classe (voir références à la fin).

Depuis des années, le débat sur l’immigration se résume à deux positions opposées. D’un côté, ceux qui défendent l’ouverture des frontières en invoquant des raisons humanitaires ou économiques. De l’autre, ceux qui fondent presque exclusivement leur opposition sur les problèmes de sécurité, de délinquance ou de cohabitation pouvant découler d’une immigration incontrôlée. Cependant, le Front ouvrier soutient que ces deux visions s’avèrent insuffisantes si l’on n’analyse pas qui tire réellement les bénéfices économiques de ce modèle migratoire et qui en supporte les coûts.

Dans cette perspective, l’immigration massive ne peut être comprise comme un phénomène isolé, mais comme un outil favorisant les intérêts de certaines élites politiques et patronales. L’augmentation constante de l’offre de main-d’œuvre permet d’exercer une pression permanente sur les salaires et les conditions de travail des salariés. Plus la concurrence pour un même emploi est forte, plus les entreprises sont en mesure d’imposer des salaires bas, des contrats précaires et des conditions de travail moins favorables.

Ce phénomène a été décrit par Karl Marx à l’aide du concept d’« armée industrielle de réserve » : une offre excédentaire permanente de main-d’œuvre qui permet de contenir les salaires et de détériorer les conditions de travail des salariés. Dans ce contexte, le principal lésé n’est pas seulement l’immigrant qui arrive dans une situation de vulnérabilité, mais aussi le salarié espagnol, qui voit s’amenuiser sa capacité de négociation, son pouvoir d’achat et ses perspectives d’amélioration de ses conditions de travail.

Les conséquences ne se limitent pas au domaine de l’emploi. Ce sont les quartiers populaires qui, dans une large mesure, subissent les effets d’une croissance démographique accélérée et de politiques migratoires qui n’ont pas été accompagnées de mécanismes efficaces d’adaptation et d’intégration. La pression sur le logement, la saturation de certains services publics, la concurrence pour les emplois peu qualifiés et les problèmes de cohabitation pèsent principalement sur les familles de travailleurs.

Pendant ce temps, ceux qui élaborent ces politiques en subissent rarement les conséquences de plein fouet. Une grande partie de la classe politique mène sa vie quotidienne dans des quartiers aux revenus élevés, loin des zones où se concentrent les principaux problèmes sociaux liés à l’immigration massive. Ce fossé entre les décideurs et ceux qui subissent les conséquences de leurs décisions explique, pour de nombreux manifestants, le décalage entre le discours institutionnel et la réalité quotidienne de nombreux travailleurs.

La manifestation devant l’ambassade du Maroc visait également à mettre en évidence la dimension géopolitique du phénomène migratoire. Les participants ont dénoncé le fait que le Maroc a, à plusieurs reprises, utilisé les flux migratoires comme un moyen de pression sur l’Espagne. Si cela est sans aucun doute vrai, toutefois, du point de vue de classe, le contrôle effectif des frontières ne constitue pas seulement une question de souveraineté nationale, mais également une condition nécessaire pour mettre en œuvre une politique de l’emploi qui protège les intérêts de la classe ouvrière.

Pour le Front ouvrier, la défense de frontières contrôlées ne répond pas uniquement à des critères identitaires, mais également à la nécessité d’empêcher que le marché du travail ne soit utilisé pour réduire le coût du travail et affaiblir la position de ceux qui vivent de leur salaire. Par conséquent, défendre l’Espagne et défendre les travailleurs relèvent d’une même réalité politique.

Le rassemblement organisé à Madrid a montré qu’il existe une partie croissante de la société qui aborde la question migratoire non seulement sous l’angle identitaire, mais également dans une perspective sociale et économique. Pour ces citoyens, s’opposer au modèle migratoire actuel n’est pas seulement une question de sécurité, de contrôle des frontières ou de préservation de l’identité nationale, mais une revendication de justice sociale, de protection des conditions de vie de la classe ouvrière et de défense des intérêts nationaux face à un modèle qui profite à une minorité économique tout en précarisant l’ensemble des travailleurs espagnols.

Nicola Navarro

Références.

Discours de Roberto Vaquero lors du rassemblement du 2 août 2026 devant l’ambassade du Maroc. Minute 0:20. https://www.youtube.com/shorts/R_Wty2jC0xY

Le problème de l’immigration en Espagne. Roberto Vaquero interviewé par Daniel Fopiani. Minute 2:50. https://www.youtube.com/watch?v=rRyltRmxyhA

Vaquero, Roberto. 2023. Immigration. Réalité, phénomène ou problème ? Círculo Rojo. Page 170.

Vaquero, Roberto. 2024. Pourquoi l’ouvrier vote à droite. La Esfera de los Libros. Page 139.

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