Lev Tikhomirov : Les principes d’une monarchie transcendantale

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Pendant la majeure partie de la période soviétique, le Logos d’Apollon et ses défenseurs ont été bannis ou n’ont tout simplement pas existé en Russie. Cependant, au sein de l’immigration blanche, des échos de ce Logos ont bel et bien existé, ce qui explique que son destin ait été très différent de celui auquel ont été confrontés ses partisans en Russie. Au sein de l’URSS, il n’y avait pratiquement aucune trace du Logos d’Apollon, tandis qu’au sein de l’émigration blanche, ce Logos est toujours resté marginal, car c’est là que prévalaient sans cesse les tendances libérales et démocratiques-bourgeoises, qui n’étaient rien d’autre qu’une continuation de l’idéologie dominante qui s’était imposée en Russie après l’abdication de Nicolas II en février 1917. Néanmoins, le Logos d’Apollon s’est manifesté sous trois aspects distincts qui ont fini par devenir très influents et connus :

1. Le monarchisme,
2. La philosophie orthodoxe et
3. La philosophie très particulière des Eurasiens, qui ont été les héritiers de nombreuses idées des slavophiles russes.

Jusqu’en 1917 environ, le monarchisme et l’autocratie étaient des phénomènes quotidiens et évidents pour tous les Russes, raison pour laquelle ils ont toujours été considérés comme quelque chose de « naturel ». Ces phénomènes ont très rarement fait l’objet d’une réflexion philosophique, d’une discussion ou d’un débat. À mesure que l’influence des idées démocratiques-libérales et occidentalisantes s’accrissait au sein de la société russe, des tendances visant à limiter le pouvoir de la monarchie par le biais de la Constitution ont commencé à émerger, ainsi que des mouvements politiques réclamant même son abolition. Mais ceux-ci n’affectaient en rien l’essence même du système monarchique. Les attaques incessantes contre la monarchie ont contraint les conservateurs et les représentants de la « réaction » à riposter face à ces mouvements. Pourtant, dans la plupart des cas, ces débats se limitaient à des considérations formelles concernant la préservation de la tradition, la protection de l’ordre et les avantages pratiques qu’offrait une administration unipersonnelle d’une société aussi complexe et d’un territoire aussi vaste que l’était la société russe.

L’exception parmi tous ces défenseurs très superficiels de la monarchie fut le philosophe Lev Tikhomirov (1852-1923), qui était à l’origine un membre de Narodnaïa Volia (1). Dans sa jeunesse, il fut un critique acharné du tsarisme et un populiste révolutionnaire, bien qu’il ait par la suite changé d’avis pour devenir un défenseur de la monarchie. Comme il avait initialement appartenu à un groupe directement opposé à l’idée même de l’existence de la monarchie, sa conversion ultérieure l’a conduit à reconstruire les fondements du système monarchique, c’est-à-dire l’idéologie qui caractérisait la monarchie et que tant ses opposants que ses partisans avaient négligée dans la plupart de leurs polémiques (celles-ci étant presque toutes très superficielles et fragmentaires). À ses débuts, Tikhomirov fut l’un des principaux idéologues de l’organisation Narodnaïa Volia et, pour cette raison, il défendit à maintes reprises le régicide. Cependant, il changea par la suite d’avis et publia un manifeste dans lequel il exprimait ses remords face à tout ce qu’il avait écrit auparavant. Cela l’a conduit à devenir l’un des principaux représentants de la pensée conservatrice russe durant la dernière période du règne des Romanov.

Au sein du conservatisme, Tikhomirov a fini par se rapprocher très fortement des idées de Konstantin Leontiev, devenant le principal représentant du Logos d’Apollon dans sa dimension étatiste. Tikhomirov a également défendu la nécessité non seulement de préserver le système monarchique, mais aussi la Douma qui, avec le Zemski Sobor (2), constituait selon lui les éléments les plus importants de la société traditionnelle russe. Il a toutefois cherché également à fonder la monarchie sur de nouveaux principes métaphysiques et religieux.

Ses idées ont finalement trouvé leur expression dans son ouvrage L’État monarchique, dont l’objectif était de retracer l’histoire des origines du système monarchique à travers une vision panoramique de son émergence, depuis Rome et Byzance jusqu’à la naissance de l’Empire russe. Cet ouvrage explore la logique du développement de la monarchie, identifie également ses liens ainsi que la transformation des structures et des institutions sociopolitiques. Il s’efforce également de mettre en lumière les idées sur lesquelles repose la monarchie concernant la nature de la personne, de la loi, de l’éthique, etc. Tikhomirov a examiné de manière très approfondie tous les détails de l’histoire même du système monarchique russe, qui trouve ses origines chez les princes de Kiev et s’étend jusqu’à la dynastie des Romanov. En cela, il s’inscrit dans la lignée de tous les principaux théoriciens du conservatisme russe qui, des slavophiles à Leontiev, avaient défendu cette thèse. L’ouvrage de Tikhomirov constitue la première analyse complète, d’ordre sociologique et historique, du monarchisme en tant que système sociopolitique au sein du monde russe. Il est particulièrement intéressant de constater que la sociologie est indissociablement liée à la philosophie et à la religion dans ces analyses, ce qui confère une importance conceptuelle considérable à sa perspective. Tout cela fait de Tikhomirov le premier et le meilleur théoricien du monarchisme russe.

La philosophie monarchique de Tikhomirov part de l’idée d’un équilibre entre liberté et ordre, qui repose nécessairement sur la hiérarchie et, par conséquent, sur la soumission. En ce sens, et dans la lignée des idées de K. Aksakov (3), Tikhomirov établit une distinction très nette entre la dimension personnelle et la dimension sociale. L’être de l’individu repose sur la liberté et telle doit être sa voie. Dans cette dimension, la loi s’exerce par la volonté et le choix moral. La dimension sociale est avant tout régie par des principes hiérarchiques qui exigent la restriction des libertés individuelles, ou du moins des éléments qui n’ont rien à voir avec leur essence. Ce même problème a été résolu sous un angle différent lorsque la distinction a été établie entre la « loi » et la « vérité » (c’est-à-dire entre l’État et l’Église) ou, dans la sociologie de L. Dumont qui, à partir d’idées très différentes, établit les différences entre l’holisme et l’individualisme.
Tikhomirov écrit ce qui suit : « L’ordre est le premier et le plus important principe qui doit exister dans une société lorsqu’elle est à peine en train de naître (…)
L’ordre est la première chose dont les individus ont besoin pour pouvoir vivre en société. Afin de créer cet ordre, il est nécessaire que le pouvoir, qui soumet tout à la contrainte, fasse en sorte que les désirs personnels arbitraires se soumettent aux normes générales connues et qui lient les autres.
Le pouvoir est donc une nécessité ».

La société (en tant qu’ensemble holistique et politique) ne peut être que hiérarchique et verticale, selon Tikhomirov. Tout cela crée évidemment une forme de symétrie qui s’exprime fondamentalement dans l’idée qu’il existe quelqu’un qui commande et quelqu’un qui obéit. Cela existe toujours dans tout type d’organisation politique. Cependant, la hiérarchie entre les personnes en tant qu’individus sera toujours qualitativement différente des autres types d’organisation (tels que ceux qui existent dans le règne minéral, végétal, animal, etc.), lesquels se constituent à partir d’un type particulier de sujets : les détenteurs de la liberté. Tikhomirov estime que ce principe fondamental découle de la théologie orthodoxe, qui affirme l’axiome selon lequel Dieu a créé les hommes pour qu’ils soient libres, tout comme Lui-même l’est, mais que, contrairement à Dieu, les hommes ne sont pas omnipotents. Par conséquent, la hiérarchie qui existe entre les personnes n’est pas seulement le fruit du pouvoir vertical ou de la subordination, mais elle est également l’expression du libre arbitre qui cherche à atteindre un objectif métaphysique bien plus élevé, que Tikhomirov appelle la vérité. Pour affirmer cela, Tikhomirov s’appuie sur un autre idéologue conservateur, K.P. Pobedonostsev (1827-1907). La « vérité » est avant tout le telos de l’être humain : c’est tout ce à quoi il aspire. Le telos détermine également l’orientation philosophique et religieuse de l’être humain. La « volonté de vérité » est le pivot central de l’existence humaine. C’est un principe qui se reflète tant dans la vie personnelle que dans la vie communautaire. Sur le plan personnel, cette quête de vérité se manifeste par la liberté morale et la recherche de la connaissance, tandis que sur le plan social, elle légitime profondément l’organisation de la communauté, qui pourrait être considérée comme un moyen d’accéder à la vérité, mais à l’échelle de l’ensemble. Tikhomirov affirme que : « Ce n’est que lorsque nous entrons en relation avec cette réalité supérieure, avec la vérité, que nous parvenons à comprendre ce qu’est la justice, car seul ce qui est vrai est juste. Ce n’est qu’ainsi que nous sommes capables de respecter la loi à travers les principes de la justice. »

Tikhomirov soutient que l’État est l’expression de cette volonté de vérité. L’État a pour fondement ontologique la nature même de l’homme, et cette nature est indissolublement liée à la liberté. Tikhomirov, dans l’esprit de la philosophie scientifique de la modernité et, surtout, de F. Bacon (1561 – 1626), estime que la liberté consiste à être indépendant de toute détermination exercée sur l’homme par les forces naturelles extérieures. Et pour réaliser effectivement cette liberté, il est nécessaire de créer l’État. Cependant, cette attitude matérialiste, qui s’inscrit tout à fait dans la lignée du Leviathan de T. Hobbes (1588-1679), change qualitativement lorsque Tikhomirov y introduit de nombreux éléments de la téléologie orthodoxe : vouloir libérer l’homme des différentes déterminations exercées par la nature et les forces extérieures n’a pas pour but de maximiser les plaisirs corporels et de minimiser la souffrance, mais il s’agit avant tout de faciliter sa relation avec le Créateur face aux déterminations et aux distractions extérieures. Alors que la philosophie politique de la modernité a pour fin l’hédonisme, Tikhomirov défend plutôt l’ascétisme monastique orthodoxe. Par conséquent, l’État n’est pas conçu comme « le moindre des maux » selon les idées libérales, mais comme une forme de vie publique dotée d’un objectif et d’une mission morale à caractère religieux. L’idée de justice n’est pas envisagée comme un calcul rationaliste, mais comme un effort visant à atteindre une perfection éthique. La vérité supérieure (religieuse, morale), qui repose sur la liberté, ne rejette nullement la loi de l’État, mais en constitue au contraire le fondement ontologique. Ou du moins, on considère que c’est l’harmonie entre la vérité et la loi, entre l’interne et l’externe, qui doit idéalement déterminer la structure politique (normative). Un tel système ne peut être incarné que par la monarchie, selon Tikhomirov.

Tikhomirov affirme qu’il existe trois types de monarchies :

1. La monarchie despotique,
2. La monarchie absolutiste et
3. La monarchie autocratique.

La première renvoie à la dictature, qui est généralement un état temporaire de crise caractérisé par l’instauration de lois d’exception face à une menace extérieure ; dans ces cas-là, une mobilisation politique urgente, impulsée par le haut, s’impose. Si ce type de monarchie ne trouve pas de justification réelle, il se transforme alors en une forme de despotisme. Par conséquent, ce type de monarchie s’éloigne complètement de l’individu et de la vérité morale, car la restriction des libertés individuelles n’est compensée, même pas théoriquement, par aucun telos spirituel supérieur. En d’autres termes, dans ce type de despotisme, il n’y a ni vérité ni justice, il n’y a aucune mission réelle. Il s’agit de la forme de gouvernement la moins humaine qui soit, où tout le pouvoir repose entre les mains d’un seul homme. Par la suite, le philosophe et juriste conservateur allemand K. Schmitt (1888 – 1985) qualifiera cette forme de gouvernement de « dictature souveraine ». Ce type de monarchie est le modèle défendu par les systèmes politiques européens et occidentaux du début de la modernité, tels que ceux de Hobbes, de J. Bodin (1530 – 1596) et de N. Machiavel (1469 – 1527).

La monarchie absolutiste est bien plus stable et repose sur la succession dynastique. D’un point de vue qualitatif, ce système recèle davantage de « vérité » que le despotisme, car il existe une unité et une solidarité entre le souverain et ses subordonnés ; toutefois, tout comme dans le despotisme (où ni l’unité ni la solidarité n’existent), on ne trouve pas dans ce système de dimension transcendantale. Tikhomirov explique : « L’absolutisme, tant au sens du concept que dans les faits historiques, signifie la défense d’un pouvoir qui a été créé à partir de rien, qui se maintient par sa propre volonté et qui est indépendant en soi, ne dépend de personne et est inconditionnel. Lorsque le peuple finit par se fondre dans l’État, alors le pouvoir étatique, qui exprime l’autocratie du peuple, devient absolu. Il ne s’agit pas d’une forme de gouvernement, mais d’une sorte de caractéristique ou de propriété de celui-ci ».
Pour Tikhomirov, l’absolutisme ne consiste pas en l’« absolutisation » du pouvoir du monarque, mais en l’immanentisation de ce dernier, qui se transforme en une sorte de vérité d’État. Dans les théories de la philosophie politique moderne, ce système correspond à la « monarchie éclairée » défendue par de nombreux libéraux d’Europe occidentale.

Mais Tikhomirov soutient que la seule véritable monarchie est l’autocratie, car on y trouve une société organisée selon un axe vertical, qui n’est pas seulement prédéterminée par un système de relations de pouvoir de nature mondaine, mais qui est également liée à un principe céleste et à une organisation verticale transcendantale inspirée par une vérité religieuse de nature métaphysique. L’autocratie revêt un caractère religieux, car elle a pour mission d’unir le Ciel et la Terre afin d’établir une téléologie sociale où l’homme accède à un principe de vérité transcendantale. Dans cette définition, la monarchie est avant tout une institution religieuse, éthique, morale et même sotériologique. L’obéissance dans ce système peut être comparée au renoncement à la volonté personnelle que l’on retrouve dans l’ascétisme monastique et dont la récompense est la manifestation de la lumière de la Volonté divine au sein de tous ceux qui y participent. Au vu de tout ce qui précède, nous pouvons affirmer que l’autocratie est une institution de nature apollinienne, holistique et tournée vers le Ciel, qui incarne non seulement un système restreignant de manière pragmatique la liberté au nom de la réalisation de certains des objectifs pratiques les plus courants, mais qui constitue également l’apothéose de la liberté humaine dans la mesure où elle aspire à s’orienter vers un être supérieur : obéir à Dieu.
Bien entendu, tout cela détermine la figure du monarque. Du point de vue autocratique, le tsar est l’archétype de l’être humain, dont l’essence est la liberté qui obéit au Ciel. Il ne s’agit pas tant d’un modèle individualiste que d’un modèle à caractère anthropologique, où tous ses membres composent un organisme collectif orienté vers le Christ. C’est ainsi que la tradition orthodoxe et byzantine a compris la nature de l’empereur-basileus. Et sur ce point, Tikhomirov rejoint Leontiev, qui considérait que les Russes sont les héritiers du byzantinisme.

Ce n’est qu’en suivant cette idée qu’il est possible de construire de manière hiérarchique les institutions et le patrimoine de la société. Plus on se trouve haut dans la hiérarchie, plus on est proche du tsar et plus on est engagé envers la société, car le tsar n’est pas seulement un individu, mais précisément un être social. Si l’on définit le pouvoir de cette manière, on peut affirmer qu’il est directement proportionnel au degré de responsabilité d’une personne vis-à-vis de la défense de la vérité universelle, et c’est cette défense qui légitime tant le leadership que la subordination. Les classes supérieures, telles que l’aristocratie, la noblesse, etc., n’obéissent pas aveuglément au tsar ; elles lui obéissent avant tout parce qu’il est le point anthropologique où se condense l’essence de l’être humain et où l’on peut trouver la « vérité ». Ainsi, l’essence et la personnalité du tsar sont toujours bien plus engagées dans la vie publique que celles des classes inférieures. Par conséquent, la personnalité des souverains existe pour faire respecter les intérêts de l’État et non des intérêts particuliers. À mesure que l’on descend vers les niveaux les plus bas de la société, on constate que l’individualité devient de plus en plus dominante. Ce phénomène est proportionnel à la diminution de l’autorité et a pour contrepartie d’accroître notre niveau de responsabilité. Un citoyen ordinaire est avant tout responsable de lui-même et de sa famille ; son pouvoir diminue donc, mais sa liberté personnelle s’accroît.

C’est ainsi que se dessine la hiérarchie au sein de l’autocratie : son modèle est très similaire à la structure de l’État idéal de Platon : l’ordre matériel est le reflet des rayons émanant des idées célestes. La hiérarchie sociale reflète bien le degré de concentration de l’être en une personne en fonction de son statut : c’est ce que Platon appelle l’Un (Ἕν), tandis que la philosophie politique orthodoxe l’appelle Dieu…

Tikhomirov tente de faire revivre les principes fondamentaux qui sous-tendent l’idéologie monarchique du byzantinisme dans une dimension métaphysique. Parallèlement, dans l’esprit des slavophiles, il estimait que l’Église ne devait pas être soumise à l’État (ce qui, depuis l’époque de Pierre le Grand, était devenu une réalité politique quotidienne) ; il soutenait donc qu’il était nécessaire de restaurer le patriarcat. Cette idée de Tikhomirov a, à un moment donné, suscité l’intérêt de P. Stolypine (1862 – 1911), dont il était très proche, ainsi que celui de Nicolas II, qui a mis en œuvre plusieurs mesures inspirées par Tikhomirov.
Tikhomirov considérait que le Zemski Sobor revêtait une grande importance ; il alla même jusqu’à affirmer qu’il constituait un élément indispensable de l’organisation politique et qu’il était appelé à jouer un rôle de premier plan dans l’instauration d’une nouvelle ère historique, car il représentait l’expression la plus particulière et la plus originale de la volonté véritablement russe. C’est au sein du Zemski Sobor que l’autocratie doit être légitimée en tant que système religieux et moral, et non pas seulement en tant qu’institution dynastique existant simplement par inertie. Le Zemski Sobor finit par conférer à l’État une dimension morale qui en fait l’expression de la volonté collective de toutes les personnes adhérant à la foi orthodoxe.

D’autre part, le zemstvo (4), selon Tikhomirov, doit être l’institution par excellence de l’autonomie locale, le lieu où la classe paysanne et les artisans règlent les problèmes locaux qui ne nécessitent pas d’intervention supérieure de la part de l’autorité de l’État. Grâce à cette transformation des ordres sociaux en corporations à caractère libre, mais hiérarchique, Tikhomirov espérait éviter la menace d’une révolution sociale, puisque toutes les couches de la société seraient représentées de manière harmonieuse par un modèle autocratique et transcendantal doté d’une dimension éthique et sotériologique. Dans la pratique, Tikhomirov a même tenté d’organiser un mouvement syndical et ouvrier qui avait pour mot d’ordre de lutter pour la justice et les droits des travailleurs, mais qui ne s’opposait pas à la monarchie ; il cherchait plutôt à l’influencer afin de légitimer sa propre autorité.

Les recherches de Tikhomirov sur les aspects sociologiques et juridiques de l’autocratie l’ont conduit à définir le concept de « nation » en tant que catégorie politique. Les slavophiles ont rarement utilisé ce terme issu de l’Europe occidentale et d’origine bourgeoise : « nation » désigne avant tout l’ensemble des citoyens individuels dotés de droits et de responsabilités politiques. Les slavophiles ont toujours préféré parler du peuple, de la paysannerie ou de la Terre. K. Aksakov a fortement insisté sur la nécessité d’exclure la paysannerie du processus de politisation moderne, c’est-à-dire qu’il ne fallait pas suivre la voie occidentale consistant à créer une nation à partir d’individus. Tikhomirov exprime explicitement la même idée, bien que sa définition de la nation ne soit pas très claire : « La nation, c’est-à-dire le peuple, est un ensemble de tribus unies de manière indélébile par des éléments matériels ou moraux (…) C’est précisément de cet ensemble de familles, de clans, de communautés, de corporations et de classes sociales, plus ou moins liés à la société et à la « Terre », que naît la nécessité de créer un État, c’est-à-dire une alliance supérieure qui ne se construit pas sur la base d’intérêts privés ou collectifs, mais sur l’intérêt général de tous ceux qui embrassent également leur existence et qui souhaitent assurer, grâce à leur union, leur propre existence ».

Il est évident que cette définition finit par réunir toutes les caractéristiques attribuées à l’État, tout comme à la société traditionnelle et aux systèmes politiques de la modernité, puisqu’il y est question aussi bien des « groupes ethniques » que des « classes », etc. Tikhomirov utilise le concept artificiel de « nation » (d’origine européenne et occidentale, qui décrit une réalité politique née de l’émergence de la bourgeoisie, laquelle s’est reflétée au niveau international avec la mise en place du système de Westphalie, apparu en 1648 à la suite de la guerre de Trente Ans), mais il y inclut des éléments appartenant à un système considéré comme obsolète et non occidental, qui est fondamentalement différent et qui fait référence aux personnes, aux terres, aux propriétés, etc. C’est peut-être pour cette raison que Tikhomirov propose de réserver la reconnaissance du statut politique et des droits à la seule population orthodoxe russe, tout en évoquant la nécessité de n’accorder des droits individuels qu’aux étrangers vivant dans l’Empire. Tout cela se traduit par une sorte de ségrégation à caractère nationaliste. Bien que Tikhomirov ait tenté de donner au concept de « nation » une signification particulière, en incluant dans sa définition des éléments propres au « nationalisme » occidental et aux projets politiques occidentaux, il est possible de distinguer clairement ces problèmes dans cette définition, ce qui affaiblit la signification métaphysique des idées qu’il défend et l’éloigne des principales intuitions défendues par les slavophiles ou Leontiev, ainsi que de l’idée d’un Empire sacré, où l’attitude envers la citoyenneté politique est bien plus nuancée et, surtout, où l’on évite la formalisation et la reconnaissance excessive de l’individu en tant que sujet auquel on attribue des droits, alors que le concept de « nation » – d’une manière ou d’une autre à toutes les étapes de son évolution – présuppose toujours précisément ces droits. Nous retrouverons par la suite, de manière encore plus claire et évidente, cette même contradiction chez un autre théoricien du monarchisme : Ivan Il’in (1883 – 1954), qui a rédigé la plupart de ses ouvrages en exil après la défaite des armées blanches lors de la guerre civile.

Lev Tikhomirov n’était pas seulement un théoricien du monarchisme, il a également tenté de concrétiser bon nombre de ses idées. De plus, il a proposé certaines initiatives dans le domaine de la politique ecclésiastique ; il a même soumis au mouvement monarchiste plusieurs projets liés aux réformes du travail, allant jusqu’à influencer dans une certaine mesure les réformes agraires de Stolypine, qui visaient à détruire les communautés rurales. Tikhomirov, qui ne s’opposait pas directement aux communautés rurales, proposa de préserver certains de leurs principes : bien que ses réformes ne concernassent pas la propriété collective des terres, il défendit la préservation des structures d’autonomie locale. Il entendait ainsi sauver de la destruction la culture paysanne russe séculaire. Stolypine accepta partiellement ces amendements. De plus, Tikhomirov souligna le fait que la majeure partie du prolétariat urbain présent en Russie depuis le début du XXe siècle n’avait pas un caractère permanent, mais saisonnier. Les prolétaires quittaient la campagne pour se rendre en ville et n’exerçaient que des emplois temporaires, tout en conservant leurs parcelles et leurs terres. Tikhomirov affirmait qu’il fallait tenir compte de ces circonstances afin de faciliter les liens des travailleurs avec leur milieu paysan d’origine. Tout cela devait s’inscrire dans la politique de l’État.

Cependant, Tikhomirov perdit progressivement espoir dans le régime politique des Romanov et estima que ceux-ci n’étaient pas capables d’instaurer une autocratie (idéale) réunissant toutes les conditions requises et fondée sur les principes fondamentaux de sa philosophie.

S’il sympathisait avec la politique d’Alexandre III (1845-1894), qui avait même suscité son enthousiasme et l’avait conduit à quitter la Narodnaïa Volia pour se tourner vers le monarchisme, son attitude envers Nicolas II était plutôt froide et son scepticisme ne cessa de croître, au point que l’abdication du dernier tsar ne le surprit pas : il a toujours été conscient que le régime était incapable de mener à bien les réformes révolutionnaires-conservatrices nécessaires à la préservation de sa structure, ce qu’il constatait avec beaucoup de clarté et d’amertume. De plus, il constatait que la monarchie ne comprenait pas l’urgence de ces réformes, ce qui le conduisait à soupçonner que le tsarisme était voué à l’échec.

L’eschatologie monarchique et l’Église de Philadelphie

Le pessimisme historique de Lev Tikhomirov était étroitement lié à une autre idée centrale de sa philosophie : le profond intérêt qu’il portait à l’eschatologie. Son autre grand ouvrage, Les fondements religieux et philosophiques de l’histoire, est consacré à la recherche du sens de l’histoire humaine. Tikhomirov a interprété le déroulement de l’histoire mondiale à la lumière des idées défendues par l’orthodoxie, qui trouvaient notamment un large écho dans les cercles mystiques et hésychastes des starets (anciens) russes et athonites. Pour Tikhomirov, l’ensemble du monde moderne représentait la phase finale de l’histoire mondiale, qu’elle coïncide avec l’arrivée de l’Antéchrist ou avec une période ultérieure précédant immédiatement la manifestation du Fils de la Perte. Tikhomirov en est venu à interpréter en termes apocalyptiques les catastrophes subies par la politique du tsar, la dégradation aiguë de la bureaucratie et le chaos qui s’est installé dans tous les milieux gouvernementaux après la mort de Stolypine. Il y voyait le prélude à quelque chose de plus grand encore. En réalité, son ouvrage Les fondements religieux et philosophiques de l’histoire peut être considéré comme une sorte d’eschatologie sociale.

Cependant, afin de définir clairement ses idées sur la fin du monde, Tikhomirov souhaitait passer en revue l’ensemble de l’histoire, car c’est à partir de cette totalité qu’il était possible de découvrir la véritable signification de l’époque dans laquelle il vivait. Tikhomirov finit par adhérer à la version classique des idées de son époque. Il commence par évoquer la culture païenne, qu’il interprète à la manière chrétienne comme un simple « culte de la nature » et comme un manque de connaissance d’un Dieu unique. Il expose ensuite la naissance du judaïsme et de son monothéisme, qui culmine avec l’avènement du Christ. Pour la conscience orthodoxe, l’avènement du christianisme est l’aboutissement de tout le processus historique et, par conséquent, l’histoire se divise en deux époques : l’une avant Jésus-Christ et l’autre après Jésus-Christ.

La tâche principale de Tikhomirov consiste à expliquer, par le biais d’une reconstruction historique, l’émergence de la modernité, qui, à ses yeux, s’oppose au christianisme et se définit comme une époque d’apostasie (trahison) caractérisée par la poursuite et la résurrection partielle de toutes les hérésies de l’Antiquité, d’origine purement païenne et préchrétienne, qui se sont développées parallèlement au christianisme dans le but de le déformer et de le pervertir. Tikhomirov accorde une grande attention au judaïsme, tant celui de l’Ancien Testament (dans le contexte où est apparue l’idée de l’Incarnation) que celui qui lui a succédé (qui n’a jamais accepté le Christ). Il dresse également un aperçu général de l’islam. Tikhomirov estime que le paganisme de l’Antiquité a survécu au monothéisme (le judaïsme, le christianisme et l’islam) et, après s’être infiltré au sein des enseignements monothéistes, est ensuite devenu à l’origine de plusieurs hérésies et mouvements mystiques ultérieurs tels que le gnosticisme, la Kabbale, le soufisme, etc.

Cependant, le renforcement des dogmes chrétiens et la diffusion de la culture chrétienne ont fait du monothéisme religieux et de sa philosophie un élément dominant en Occident pendant de nombreux siècles. Bien entendu, la Russie peut être incluse ici en tant qu’État chrétien. Mais même au Moyen Âge, ces anciennes hérésies, profondément enracinées dans le paganisme, ont continué d’exister, et ce sont ces hérésies, écrit Tikhomirov, qui ont jeté les bases permettant l’émergence de la civilisation de l’Antéchrist, qui n’est autre que la civilisation européenne apparue avec les Temps Modernes. Au cours de la Renaissance et au début des Temps modernes, ces hérésies sont passées d’un enseignement occulte, « ésotérique » et « mystique », à un caractère public, tandis que les sociétés secrètes et autres structures occultes ont commencé à reléguer le christianisme à la périphérie. C’est ce que l’on peut appeler la décadence de l’Occident : le paganisme de l’Antiquité a vaincu le christianisme lorsque la modernité a vu le jour, faisant de ses idées et de ses principes les dogmes qui régissaient désormais la société.

Pour Tikhomirov, l’occultisme ou la théosophie contemporaine semblait être le descendant direct des anciennes hérésies, tout en constituant la véritable trame satanique du monde moderne. Les théories scientifiques n’étaient qu’une continuation de ce même satanisme, mais dissimulé sous la forme du matérialisme, de l’évolutionnisme, du mécanisme, de la démocratie, du libéralisme, etc.

C’est dans cette perspective que Tikhomirov rétablit la structure du temps selon une vision orthodoxe et retrace ainsi la genèse de l’Antéchrist, en soulignant chacune de ses étapes et la manière dont celui-ci envahit progressivement le monde jusqu’à prendre le contrôle de toute l’existence humaine. L’interprétation que fait Tikhomirov de l’ensemble du processus historique s’apparente à une sorte de cercle vicieux qui commence par la civilisation païenne, suivie d’une étape intermédiaire, puis de l’Apocalypse qui détruit tout. Au cours de l’étape intermédiaire, l’essence du monde et de l’homme est transformée par la venue de Jésus-Christ. Après sa venue, l’Église terrestre commence à lutter contre le paganisme, tant à l’extérieur qu’en son sein, mais elle perd peu à peu cette bataille jusqu’à ce que la graine de moutarde qui représente l’Église meure. La modernité et l’Occident « progressiste » s’avèrent donc être le moment où renaissent les plus anciens systèmes païens préchrétiens. Ce païenisme latent, qui a réussi à renaître, conduit en fin de compte à l’arrivée de l’Antéchrist, qui est une sorte de triomphe téléologique des « fausses croyances », c’est-à-dire le triomphe du « messie des païens ».

Après la mort du Christ, et conformément à l’eschatologie orthodoxe, Tikhimirov divise le temps en sept étapes qui correspondent aux sept Églises mentionnées dans l’Apocalypse.

1. L’Église d’Éphèse correspond à l’époque apostolique.
2. L’Église de Smyrne renvoie à la période de persécution des chrétiens et des martyrs.
3. L’Église de Pergame est l’Église de l’Empire.
4. L’Église de Thyatire correspond à la période où dominent le christianisme et l’État chrétien, que l’on peut assimiler au Moyen Âge.
5. L’Église de Sardes symbolise le début du déclin du christianisme et l’avènement de la modernité européenne.
6. L’Église de Philadelphie correspond à la brève période durant laquelle le christianisme est restauré avant que le cycle ne s’achève.
7. L’Église de Laodicée correspond à la venue de l’Antéchrist.

Pour Tikhomirov, il était très important de déterminer quelle place occupaient la Russie et la monarchie russe dans cette périodisation du temps. Si l’Occident était déjà entré depuis plusieurs siècles dans la période de domination correspondant à l’Église de Sardes, alors la Russie, qui était restée fidèle aux principes anciens, continuait de faire partie de l’Église de Thyatire. Mais ce processus historique de changement au fil des sept siècles est inexorable et Tikhomirov voit clairement comment l’Église de Thyatire s’éteint progressivement en Russie, ce qui laisserait place à la domination de l’Église de Sardes. De plus, sa propre expérience personnelle en tant que militant révolutionnaire et ses anciens appels au régicide et au renversement de la monarchie lui permettent de comprendre la nature profonde de l’Église de Sardes. L’esprit de Sardes fait partie intégrante de son expérience existentielle et personnelle : c’est le nihilisme, consciemment et totalement démoniaque.

Si l’ère de Laodicée se réfère à l’avenir, qui arrivera très bientôt, lorsque l’Antéchrist fera son apparition pleine et entière, l’aspect le plus problématique de cette périodisation reste l’époque de l’Église de Philadelphie. C’est la défense de cette époque que Tikhomirov cherche à concrétiser à travers son plaidoyer en faveur d’un monarchisme volontariste, voire révolutionnaire (révolutionnaire conservateur), car sa mission n’est pas tant de défendre l’Église de Thyatire (la société traditionnelle) face à l’offensive inexorable de l’Église de Sardes, mais plutôt de faire un bond en avant et de dépasser cette étape subversive (comme Tikhomirov l’a fait grâce à sa conversion politique et spirituelle), afin de contribuer à la création d’un nouvel ordre imposé par l’Église de Philadelphie qui, bien qu’il ne dure que peu de temps, constituera une restauration complète et idéale de l’ordre politique et de la religion orthodoxe au sens plein du terme : c’est la véritable autocratie.

Tel est le monarchisme de l’Église de Philadelphie, qui ne cherche pas à revenir au passé ni à le protéger, mais à aller vers l’avenir. Pour cela, il s’appuie sur la volonté comme moyen de faire revivre pleinement le contenu même de la Tradition, et c’est ce que défend Tikhomirov. En effet, nous sommes ici en présence de l’image monarchico-orthodoxe du Sujet radical, dont la version poético-gnostique nous a été présentée par Nikolaï Gumiliov.

Entièrement imprégné de ses idées eschatologiques, Lev Tikhomirov croyait en l’inévitabilité de la révolution bolchevique, car selon sa perspective historique, la seule chose à laquelle on pouvait s’attendre à ce stade était l’arrivée de l’Antéchrist ou celle de ses précurseurs incarnés au sein de l’Église de Sardes.
L’œuvre finale de Tikhomirov, qu’il a écrite à la veille de sa mort, alors que la période soviétique venait de débuter, s’intitule Les derniers jours, dont le scénario inspiré de l’Apocalypse peut être décrit comme une sorte de fiction faisant référence à de nombreuses réalités de son époque. Après le triomphe du socialisme, l’humanité se divise en dix États qui sont en guerre permanente (ce sont les dix cornes de la Bête de l’Apocalypse). Finalement, l’humanité se lasse des guerres interminables et du chaos dans lequel elle vit et reconnaît comme chef un Juif américain appartenant à une organisation maçonnique. Ce Juif s’appelle Antiochus Mason ; il est soutenu par certains courants du judaïsme (notamment par le Kol Yisrael Haberim) et est considéré comme le prince de la paix. Mason parvient à séduire la majorité de la planète, puis expulse le pape de Rome et fait de Jérusalem la capitale d’un État mondial. À partir de ce moment, « Antiochus le Maçon », l’Antéchrist, commence à se préparer à prendre d’assaut le Ciel.

Ses plans se heurtent à l’opposition de tous les chrétiens fidèles à l’Église de Philadelphie, ainsi que de certains musulmans et de certains mouvements juifs, qui refusent de reconnaître son autorité. L’ouvrage s’achève par une description presque littérale des événements exposés dans l’Apocalypse : la bataille d’Armageddon, la défaite de l’Antéchrist et la seconde venue du Christ. Tikhomirov meurt en pensant à l’Église de Philadelphie, qui fut la source d’inspiration de tous ses livres et de tout ce qu’il a accompli au cours de sa vie.

Notes du traducteur :
1. Naródnaya Volia (Наро́дная во́ля, « Volonté du peuple ») était une organisation révolutionnaire russe du début des années 1880.
2. Le Zemski Sobor fut le premier parlement russe de type féodal, aux XVIe et XVIIe siècles. Le terme traduit littéralement est « Assemblée de la Terre ».
Il pouvait être convoqué aussi bien par le tsar que par le patriarche ou par les boyards de la Douma. Les trois classes sociales qui participaient à l’assemblée étaient :

  1. La noblesse et les hauts fonctionnaires, y compris les boyards de la Douma.
  2. Le Saint-Sobor, ou haut clergé de l’Église orthodoxe.
  3. Les représentants des commerçants et des citadins (troisième état).

Le premier Zemski Sobor fut convoqué par le tsar Ivan IV le Terrible en 1549. Sous son règne, un grand nombre de réunions eurent lieu, et cette institution devint un instrument couramment utilisé pour adopter des lois importantes ou trancher des questions controversées.
3. Konstantin Sergueïevitch Aksakov (10 avril 1817 – 19 décembre 1860) était un critique et écrivain russe, l’un des premiers et des plus importants représentants des slavophiles. Il a écrit des pièces de théâtre, des critiques sociales et des récits sur l’ancien ordre social russe. Son père, Sergueï Aksakov, et sa sœur, Vera Aksakova, étaient écrivains, et son frère cadet, Ivan Aksakov, était journaliste.
4. Le zemstvo (en russe : Земство) était une forme de gouvernement local instituée lors des grandes réformes libérales menées dans l’Empire russe par le tsar Alexandre II de Russie. L’idée de ce système a été développée par Nikolaï Milioutine. Les premières lois relatives aux zemstvos ont été promulguées en 1864. Après la Révolution d’octobre de 1917, le système des zemstvos fut aboli et remplacé par celui des soviets ou conseils ouvriers provinciaux. Le système d’autonomie locale de l’Empire russe était constitué, à son niveau le plus bas, par le mir et les volosts, et, à un niveau immédiatement supérieur, par les 34 gouvernorats de l’ancienne Russie, les circonscriptions électorales et les assemblées provinciales.

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