Heinz Oskar Hauenstein (1899-1962), fut un chef de corps franc allemand. Il dirigea l’« Organisation Heinz », nommée d’après son prénom, qui, en tant que police spéciale de l’autodéfense de Haute-Silésie, participa en 1921 à la résistance nationale en Haute-Silésie et, en 1923, à la résistance active pendant l’occupation de la Ruhr.
Hauenstein s’est engagé comme volontaire pendant la Première Guerre mondiale et a obtenu le grade de sous-lieutenant. Après l’armistice, il a rejoint la brigade navale de Loewenfeld. C’est principalement à partir de cette formation, mais aussi d’autres corps francs, qu’est née l’« Organisation Heinz » dirigée par Hauenstein.
L’« Organisation Heinz », rigoureusement organisée, fut déployée en Haute-Silésie. Son appartenance à l’Allemagne ou à la nouvelle Pologne devait être décidée en mars 1921 par un référendum sous le contrôle d’une commission interalliée, conformément aux dispositions du traité de Versailles.
Dans le conflit semblable à une guerre civile qui en résulta, l’organisation fonctionna comme « une sorte de police secrète illégale » qui surveillait les insurgés polonais et poursuivait leurs agents. L’organisation de Hauenstein était soutenue par l’« Organisation Spiecker », du nom du politicien centriste Carl Spiecker qui était le représentant du commissaire du Reich chargé de la surveillance de l’ordre public à Breslau. À la demande de Spiecker, l’organisation Heinz recueillit des preuves et participé à la libération de militants emprisonnés par la commission de contrôle interalliée pour la Haute-Silésie.
Selon les propres déclarations de Hauenstein, le droit international et les coutumes traditionnelles de la guerre ne furent pas respectés en Haute-Silésie. L’« Organisation Heinz » participa à des assassinats dont furent victimes des Polonais, des Français et des Allemands considérés comme des traîtres par les corps francs. Hauenstein affirma plus tard que les assassinats avaient été commis en accord et avec le consentement de Spiecker et déclara avoir reçu ses ordres d’un lieutenant subordonné à Spiecker : « J’ai discuté avec lui de tous les actes de terreur et de toutes les mesures de défense. […] Il m’a dit : « Untel se trouve ici et là, il a fait ceci et cela. Nous l’avons établi avec précision. Il doit être éliminé ! » J’ai alors chargé l’une de mes équipes d’intervention d’éliminer cet homme, et il a été éliminé par tous les moyens, soit avec du poison, soit avec des bombes ou des grenades. »
Spiecker a toujours contesté ces affirmations. En 1928, lors du procès pour les meurtres commis par la Vehme à Stettin, Hauenstein fut interrogé sur le nombre de personnes tuées par son organisation en Haute-Silésie : « Je ne peux pas donner le nombre exact. Mais j’ai fait un petit calcul approximatif et je suis arrivé au chiffre de 200. » Les meurtres commis en Haute-Silésie n’ont pas fait l’objet de poursuites pénales en raison d’une amnistie promulguée le 21 juin 1922.
Lors du troisième soulèvement de Haute-Silésie en mai 1921, Hauenstein constitua un bataillon d’assaut d’environ 2 500 hommes qui participa à la deuxième vague d’attaque pour la conquête de l’Annaberg le 21 mai. L’unité de Hauenstein faisait partie des « associations d’autodéfense » qui ont refusé d’obéir aux ordres du gouvernement allemand de cesser l’offensive.
De Haute-Silésie, Hauenstein se rendit à Berlin, où il fut arrêté le 24 juin 1922 en relation avec le meurtre du ministre allemand des Affaires étrangères Walter Rathenau. Comme sa participation directe au crime ne put être prouvée, il fut libéré après sept semaines de détention préventive à la prison de police de Berlin-Alexanderplatz.
En août 1922, Hauenstein rencontra Adolf Hitler à Munich en compagnie du chef du Freikorps Gerhard Roßbach et d’Albert Leo Schlageter. La discussion porta sur l’expansion du NSDAP vers le nord de l’Allemagne. Par la suite, de nombreux groupes locaux du NSDAP y virent le jour. En 1932, Hauenstein déclara avoir été chargé par Hitler d’organiser le NSDAP à Berlin, dans le Brandebourg et en Silésie. La création d’une section locale du NSDAP à Berlin, prévue pour le 19 novembre 1922, n’eut pas lieu, car le ministre prussien de l’Intérieur, Carl Severing, avait interdit le NSDAP peu de temps auparavant. Sous la direction de Gerhard Roßbach, le Parti ouvrier grand-allemand (GAP) fut fondé à la place. Hauenstein fit partie des 194 signataires de l’appel à la fondation. Le GAP fut interdit en janvier 1923 en tant qu’organisation de remplacement du NSDAP.
En raison du retard pris dans le paiement des réparations de guerre par l’Allemagne, les troupes françaises et belges occupèrent la Ruhr à partir du 11 janvier 1923.
Deux jours plus tard, le chancelier du Reich Wilhelm Cuno appela la population à la résistance passive. Outre la résistance passive, il y eut une résistance active à laquelle participa l’« Organisation Heinz », organisée par des représentants de l’industrie de la Ruhr et du gouvernement du Reich, en particulier le ministère de la Reichswehr. Selon les informations fournies par Hauenstein, l’armée française fut surveillée et les services secrets français contrôlés. En outre, les tentatives françaises de transporter le charbon confisqué furent perturbées par des attentats à l’explosif sur les voies ferrées. Hauenstein séjourna principalement dans la ville non occupée d’Elberfeld et prit temporairement le pseudonyme de Heinz Hochberg. Fin janvier 1923, il affirma avoir rencontré à Berlin des officiers du ministère de la Reichswehr qui lui avaient assuré leur soutien à la résistance active dans la région de la Ruhr. Parmi les trois groupes de sabotage de l’« Organisation Heinz » dans la région de la Ruhr figuraient les futurs Gauleiter du NSDAP Karl Kaufmann et Erich Koch, ainsi que Viktor Lutze, chef d’état-major de la SA à partir de 1934.
Selon les informations fournies par Hauenstein, l’« Organisation Heinz » participa à 18 des 180 actes de sabotage commis pendant l’occupation de la Ruhr. En outre, huit informateurs français furent tués. Il est prouvé qu’un agent français a été abattu à Essen. Un groupe de sept à dix hommes, dirigé par Albert Leo Schlageter, fut chargé de surveiller les services secrets français. Schlageter, qui avait déjà appartenu à l’« Organisation Heinz » en Haute-Silésie, fur arrêté par des fonctionnaires français le 7 avril 1923, condamné à mort pour les actes de sabotage qu’il avait commis et fusillé le 26 mai 1923.
Fin mai, Hauenstein fut arrêté par la police prussienne à Elberfeld pour possession d’armes et d’explosifs. Plus tard, Hauenstein affirma que son arrestation l’avait empêché de libérer Schlageter de sa détention en France. Les déclarations de Hauenstein conduisirent plus tard à des accusations contre le ministre prussien de l’Intérieur, Carl Severing, qui fut jugé coresponsable de la mort de Schlageter.
Hauenstein rejoignit le Frontbann à Berlin, une organisation fondée en 1924 pour accueillir les membres de la SA, qui, tout comme le NSDAP, avait été interdite après le putsch de Hitler en 1923. Le Frontbann berlinois était organisé par quartiers ; Hauenstein dirigeait la « Schlageter-Kompagnie », basée à Alexanderplatz, qui comptait entre 30 et 40 hommes.
Le 22 mars 1926, la SA berlinoise fut fondée, entre autres, par Kurt Daluege. De nombreux membres du Frontbann rejoignirent la SA, qui devint le groupe dominant au sein du NSDAP berlinois. Contrairement à la ligne suivie par Hitler, qui consistait à conquérir le pouvoir par des moyens légaux, la majorité de la SA restait attachée à l’idée des corps francs et à la ligne putschiste qui y était associée. La ligne d’Hitler était représentée à Berlin par le Gauleiter Ernst Schlange et les frères Gregor et Otto Strasser. Les conflits s’intensifièrent lors d’une réunion des dirigeants du NSDAP et de la SA berlinois le 25 août 1926, au cours de laquelle Daluege présenta Hauenstein comme nouveau Gauleiter de Berlin. Otto Strasser demanda à Hitler d’engager une procédure d’exclusion du parti à l’encontre de Hauenstein, ce qui rendit sa candidature caduque. La réunion des dirigeants se termina par une altercation entre les deux ailes du parti, déclenchée par un échange de gifles entre Hauenstein et Otto Strasser. En novembre 1926, Joseph Goebbels devint le nouveau Gauleiter de Berlin ; dans sa première circulaire, Goebbels interdisit, sous peine d’exclusion du parti, toute nouvelle discussion sur « l’affaire Hauenstein ». Hauenstein fut apparemment été exclu du NSDAP par Hitler le 15 septembre à l’instigation de Strasser.
Hauenstein prit alors la présidence du Parti national-socialiste indépendant (UNSP), fondé le 24 novembre 1926. Avec environ 1 500 membres, le parti resta un groupe dissident, représenté entre autres à Berlin, Leipzig, Dresde et Halle (Saale). Une association de chômeurs, considérés comme susceptibles de se radicaliser rapidement, était affiliée au parti. Le journal du parti, Deutsche Freiheit, Kampfblatt für nationalsozialistische Politik (Liberté allemande, journal de combat pour la politique national-socialiste), contenait également des appels aux membres de l’organisation communiste Roter Frontkämpferbund (Union des combattants du front rouge). Sur le plan programmatique, le parti de Hauenstein prônait un antisémitisme fondé sur des raisons économiques, était fortement antiparlementaire et s’opposait au renoncement d’Hitler au putschisme : « Aujourd’hui, de nombreux camarades allemands du parti s’interrogent avec inquiétude et scepticisme : qu’en est-il d’Hitler ? Il n’est plus le même qu’en 23 […] Sa personne passe de plus en plus à l’arrière-plan. Plusieurs hommes apparaissent à ses côtés, d’autres hommes et un autre esprit […] Avec ces nouveaux hommes est apparu un nouveau slogan : « À l’assaut de l’État ! Entrons dans les parlements ! » La lutte pour la mangeoire, pour les perspectives de postes et de pensions a commencé. »[
L’UNSP ne parvint pas à recruter un nombre significatif de membres de la SA ; en 1927, le parti se dissout. Hauenstein, qui avait quitté Berlin pour Dresde, rejoignit le NSDAP, tout comme la majorité des membres de l’UNSP.
En décembre 1927, Hauenstein fonda le « Bund der Freunde Schlageters » (Union des amis de Schlageter), une association d’anciens combattants de la Ruhr et successeur de l’« Organisation Heinz ». L’association, inscrite au registre des associations de Dresde, tint sa première réunion à Berlin en février 1928 et collabora avec des organisations similaires telles que la « Freischar Schill », la « Grenzwehr West » et la « Reichsbund Völkischer Freiheitskämpfer ». La Schlageterbund était proche du NSDAP et décernait le « Schlageter-Schild », dont l’attribution était soumise à la condition de fournir une déclaration écrite attestant de sa propre participation au Freikorps ou à la Ruhrkampf. À partir de 1930, Hauenstein publia un bulletin d’information de la Schlageterbund, qui parut à partir de 1931 sous le titre Der Reiter gen Osten (Le cavalier vers l’Est).
Après la nuit des longs couteaux, il fut démis de ses fonctions au sein de l’organisation nationale-socialiste des cellules d’entreprise (NSBO) par Robert Ley le 23 août 1934. Hauenstein, était été accusé d’être un « saboteur » du Front allemand du travail et d’avoir défendu la thèse selon laquelle la « NSBO devait être placée au centre de la réorganisation de toute la vie sociale de la nation ». Il fut frappé d’une interdiction de publication et céda officiellement la direction de la revue Der Reiter gen Osten à Ernst von Salomon. Dès lors, Hauenstein publia ses articles sous le pseudonyme de Rolf Liemann jusqu’à la cessation de la revue en 1944.
Dans le même temps, l’association Schlageter entra en conflit avec le NSDAP et fut dissoute à l’automne 1935. Le déclencheur fut son intention de créer un musée à la mémoire de Schlageter, ce qui était en contradiction avec la prétention du parti à avoir l’exclusivité de l’interprétation de l’histoire récente. La dissolution de l’association fut décidée à l’initiative de Franz von Epp, qui estimait que ses propres mérites et ceux des corps francs bavarois n’étaient pas suffisamment reconnus par la Schlageterbund. Hauenstein fut arrêté, puis relâché grâce à l’intervention de Wilhelm Canaris, une connaissance de l’époque où Hauenstein était membre du Freikorps. Hauenstein se construisit ensuite une existence en tant que marchand d’antiquités par correspondance. En 1938, il fit une apparition publique en tant que porteur de cercueil lors des funérailles du père de Schlageter. Selon ses propres déclarations, Hauenstein participa à la Seconde Guerre mondiale « jusqu’à la fin » et fut interné pendant six mois dans le camp de Fallingbostel par les forces d’occupation britanniques à la fin de la guerre. Il vécut ensuite comme antiquaire par correspondance à Braunschweig, puis comme libraire et marchand d’art à Francfort-sur-le-Main. Il y décéda début octobre 1962 lors d’une vente aux enchères qu’il dirigeait.
