Finies les spéculations oiseuses ! Les masques tombent enfin ! En dépit de quelques frappes inacceptables contre la Syrie néo-baasiste du président Bachar al-Assad sous son premier mandat, Donald Trump exprimait souvent en public sa réticence à toute intervention militaire extérieure. Insensibles au tourbillon MAGA, les responsables du parti républicain d’alors alimentaient cette attitude d’autant qu’ils incarnaient des adultes dans une chambre soumise au bon vouloir d’un garnement plus que gâteux.
Pour son second mandat, Trump a évincé ces « adultes » en faveur de fidèles prêts à suivre leur champion dans toutes les aventures possibles. La nomination de Marco Rubio, néo-conservateur assumé, comme secrétaire d’État en est la première marque. Le choix de changer le département de la Défense en département de la Guerre en est une deuxième. L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse au début de l’année 2026 entérine cette nouvelle disposition d’esprit belliciste !
Le déclenchement simultané des opérations israélienne « Lion rugissant » (détournement du symbole impérial iranien) et étatsunienne « Fureur épique » contre l’Iran ce 28 février 2026 signale le ralliement du trumpisme au néo-conservatisme. Soyons encore plus précis : on observe la synthèse des délires « néo-cons » et des ambitions sans limites de la faction technolâtre transhumaniste au sein de la mouvance MAGA. On supposait que les États-Unis trumpistes se contenteraient d’un grand espace englobant tout l’hémisphère occidental (les Amériques) élargi au Groenland, voire à l’Islande, ainsi qu’une partie de l’Océanie; c’était sans compter avec le gouvernement israélien d’émanation sioniste révisionniste qui entend désormais remodeler à son seul profit tout le Moyen-Orient. Toutefois, ayant déjà mis la main sur les vastes réserves en hydrocarbures du Venezuela, Washington cherche à contrôler la cinquième réserve pétrolière du monde et la deuxième en gaz. Des atouts non négligeables contre Moscou et Pékin…
Tel-Aviv et Washington se justifient en prétextant une soi-disant « guerre préventive ». Il est en réalité bien curieux d’assister à l’attaque concertée d’un État souverain, pas encore détenteur de l’arme nucléaire, par deux puissances atomiques militaires effectives, l’une officielle et l’autre officieuse qui l’a acquise au mépris renouvelé de tous les traités de non-prolifération. Elles violent la souveraineté de l’État iranien. Outre la fin définitive des recherches nucléaires militaires (et peut-être civiles), les deux agresseurs exigent aussi la fin du programme balistique, la disparition de la marine nationale iranienne et l’arrêt du soutien de Téhéran à ses mandataires : le Hezbollah libanais qui compte des unités de combat chrétiennes, le Hamas palestinien, les milices chiites en Irak et les partisans d’Allah au Yémen.
Le conflit est-il formel ? Le 4 mars, un sous-marin étatsunien a coulé au large du Sri Lanka la frégate iranienne Dena, ce qui constitue un indéniable acte de guerre. Pourtant aucune guerre n’a été déclarée ! Les États-Unis et Israël pratiquent par conséquent un terrorisme de grande ampleur. On remarquera que le monde sportif n’a toujours pas exclu les équipes US et israélienne. Deux poids deux mesures…
Dans la journée du 6 mars, Donald Trump rejette toutes nouvelles négociations et, dans la continuité de la diplomatie yankee, réclame la reddition sans condition de l’Iran. Les agresseurs rêvent de transformer l’Iran en une autre Allemagne occidentale post-1945, énervée et dégénérée. Le dirigeant étatsunien veut dans le même temps qu’on lui rende compte du choix du successeur du Guide suprême de la Révolution islamique assassiné. Non content de gouverner les États-Unis depuis son terrain de golf en Floride, il veut s’occuper de Gaza, du Venezuela et maintenant de l’Iran ! Comme ses soutiens déments de la Silicon Valley, le locataire de la Maison Blanche voit sa tête gonflée. Contre cette honteuse guerre, saluons – pour une fois – la réaction salutaire du président socialiste du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Dans la même veine, comme l’écrit fort bien dans une tribune parue dans Libération du 4 mars dernier, l’ancien premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin qui prépare par ce biais sa candidature probable à la présidentielle de l’année prochaine, estime que « nous voyons […] se dessiner l’hubris impériale sous ses deux formes. Du côté américain, l’aspiration à la domination par la puissance, la tentation de substituer la contrainte à la procédure, de remplacer le cadre par la décision unilatérale. Du côté israélien, une logique de sécurité qui n’est plus seulement défensive, mais qui tend vers la domination et l’écrasement, partout où c’est jugé nécessaire, au profit de la fragmentation et des zones grises, du Sud-Liban au Sud-Syrie, du Yémen aux autres interstices où l’État s’efface ». Dans quelques mois, de tels propos tomberont-ils sous le coup de l’abjecte et funeste proposition de loi déposée par Caroline Yadan qui instaurerait un délit de blasphème géopolitique ? Il faut le craindre…
Oui, les masques tombent ! Sans rien comprendre des enjeux, les crétins droitards qui persistent à hanter les plateaux malfamés de Cnews, continuent à voir en Trump le croisé de l’Occident judéo-chrétien (une belle ineptie historique magistrale) alors qu’il n’est que le pourvoyeur d’un Occident américanomorphe corrupteur de notre Europe ancestrale. Trump a reconnu le régime islamiste d’Ahmed al-Charaa en Syrie qui ne se soucie guère du sort des Druzes, des Alaouites et des Kurdes en attendant celui des chrétiens. L’actuel gouvernement belliciste et suprémaciste de Tel-Aviv envisagerait, en cas de chute de l’Iran, le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza et des autres territoires occupés dont la minorité chrétienne. Vers quelle destination ? Très certainement le continent européen qui, soumis aux lois liberticides foisonnantes, se fera ainsi remplacer.
Malgré un fort sentiment national, voire nationaliste, l’Iran qui a subi une occupation britannique et soviétique, risquerait de se fragmenter selon des critères ethniques. Les Kurdes d’Iran (10 % de la population) rêvent d’une région autonome similaire à son équivalent en Irak. Ils se méfient toutefois de la duplicité occidentale par rapport à l’effacement du Rojava en Syrie. Les Baloutches (environ 4 %) pourraient se soulever, surtout si les assistent leurs homologues au Pakistan en sourde révolte contre Islamabad. Ce soutien, direct ou non, fragiliserait par contrecoup l’unique puissance nucléaire musulmane. L’Azerbaïdjan pourrait s’emparer du territoire iranien où vivent les Azéris (16 %). Tout dépendra du sort du détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la Révolution iranienne le bloquent et sèment une belle pagaille dans la circulation économique et commerciale planétaire. Déverrouiller ce point névralgique impliquerait des bâtiments escortés par des navires de guerre étatsuniens sous une protection aérienne permanente. Mais cette solution n’est guère satisfaisante en raison de l’étroitesse du site. Il est dès lors possible que se déroule un débarquement dans cette région arabophone afin de créer aux dépens de l’intégrité territoriale iranienne une zone neutre sous le contrôle de la Maison Blanche. Cette occupation illégale résonnerait avec la reconnaissance israélienne du 26 décembre 2025 du Somaliland, un État-fantôme près du détroit de Bab el-Mandeb en face du Yémen houthi et à proximité du canal de Suez.
Souvent chrétiens, les droitards hexagonaux savent-ils que l’effondrement de la République islamique d’Iran serait une catastrophe pour l’Arménie qui survit grâce à sa frontière méridionale avec l’Iran ? Le traité de paix conclu entre Erevan et Bakou, le 8 août 2025, prévoit cependant la formation d’un corridor sous l’égide des États-Unis le long de la frontière iranienne entre l’exclave azérie du Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan. La région arménienne du Zanguezour se placerait en pratique sous une tutelle extraterritoriale. Par ailleurs, ce tracé encouragerait le projet pantouranien qui se substituerait ainsi aux ambitions néo-ottomanes d’Ankara avec, à plus ou moins long terme, un choc frontal avec l’Empire du Milieu chinois…
La dynamique propre de ce conflit ne va pas s’arrêter de si tôt. Espérons que la logique clauswitzienne de montée aux extrêmes accentue les tensions inhérentes à la société étatsunienne ! Souhaitons que Trump et sa clique perdent largement les élections de mi-mandat en novembre prochain tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat. La Maison Blanche détourne volontiers l’attention du public des affres de l’affaire Epstein et de ses échecs intérieurs : le coût de la vie augmente; les salaires stagnent. L’ICE, la police anti-immigration, se retire de la municipalité démocrate de Minneapolis après une vive contestation de la part des électeurs démocrates. Une fidèle MAGA, ancienne gouverneur du Dakota du Sud, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, est congédiée le 5 mars dernier, suite à des pressions du Congrès. Une victoire incontestable de l’opposition démocrate dans les deux chambres favoriserait certainement la destitution simultanée de Donald Trump et de J.D. Vance afin que la speakerine démocrate de la Chambre des représentants, Alexandria Ocasio-Cortez, si elle ne brigue pas le siège de sénateur de New York de Chuck Schumer qui ne se représente pas, accède au Bureau Ovale. Son arrivée perturberait grandement la vie politique intérieure des États-Unis d’Amérique.
Salutations flibustières !
Georges Feltin-Tracol
- « Vigie d’un monde en ébullition », n° 185, mise en ligne le 15 mars 2026 sur Radio Méridien Zéro.
