Armin Mohler et le style fasciste

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« On est plus fidèle à un style qu’à des idées », écrivait Pierre Drieu La Rochelle, et c’est sans l’ombre d’un doute le fil conducteur de l’essai bref mais dense intitulé Le style fasciste (1973) d’Armin Mohler, philosophe et figure de proue de la Nouvelle Droite européenne. Mohler, spécialiste de la Révolution conservatrice allemande, secrétaire d’Ernst Jünger pendant les années d’après-guerre et correspondant de Julius Evola, est, comme mentionné plus haut, surtout connu pour le rôle qu’il a joué au sein de la Nouvelle Droite européenne et pour sa critique acerbe du libéralisme.

Ici, à travers une description physionomique de ce qu’il considère comme le « style » comportemental du « fasciste », Mohler cherche à identifier le cœur essentiel de cette expérience historique, politique et sociale. Le contexte dans lequel ce court essai a pris forme s’inscrit dans un débat entre divers intellectuels de la Nouvelle Droite européenne de l’époque, dont le fondement spéculatif reposait sur l’ancienne controverse médiévale entre nominalisme et universalisme. La discussion s’est principalement déroulée à travers des articles et des publications parus dans la revue Nouvelle École, souvent rédigés par Mohler lui-même ou par Alain de Benoist. Cette même question a ensuite été reprise par Alexandre Douguine, qui voyait dans la vision nominaliste du monde la racine même de l’individualisme libéral moderne.

Pour Mohler, cependant, une vision qui replace l’individualité et sa valeur existentielle au centre (et que l’on pourrait donc qualifier de nominaliste) est précisément ce qui permet de retrouver le sens le plus authentique – et aussi le plus exigeant – de la vie. Elle seule permet un renouveau cathartique au-delà de toute conception de l’homme vide, abstraite, universelle et donc niveleuse, sur laquelle se fondent le libéralisme moderne et ses diverses formes d’internationalisme. Il s’ensuit donc, pour en revenir à notre sujet, que l’approche adoptée par Mohler pour définir « ce qui est fasciste » est (à juste titre, pourrait-on ajouter) essentiellement prépolitique et prédoctrinale. En cela, il suit la voie tracée par d’autres spécialistes du phénomène, tels que Giorgio Locchi dans L’Essence du fascisme.

Mohler écrit : « Pour résumer, disons que les fascistes n’ont absolument aucune difficulté à s’adapter aux incohérences de la théorie, car ils se comprennent les uns les autres par une voie plus directe : celle du style. » Ailleurs, se référant au discours prononcé par Gottfried Benn à l’occasion de la visite de Marinetti dans l’Allemagne hitlérienne en 1934, Mohler écrit : « Le style prime sur la foi ; la forme précède l’idée. »

Pour Mohler, donc, le fasciste n’est pas tel parce qu’il adhère à un cadre idéologique, doctrinal ou politique. Il l’est parce qu’il a fait l’expérience en lui-même, dans l’intimité la plus profonde de son être, de la faiblesse mortelle de tout mythe ou valeur des Lumières, rationaliste et démocratique. Tous ces mythes s’effondrent face aux guerres, aux révolutions et aux crises économiques et sociales. Pourtant, le fasciste y répond en tirant le positif de chaque crise, devenant ainsi le porteur d’une volonté créatrice qui réaffirme les valeurs de l’esprit, de l’héroïsme et de la volonté de vivre.

Citant Jünger, Mohler écrit : « Notre espoir repose sur les jeunes qui brûlent de fièvre parce que la pourriture verdâtre du dégoût les ronge. » Pour Mohler, cela exprime « le désir ardent d’une autre forme de vie, plus dense et plus réelle ». C’est une vie plus dense parce qu’elle est plus complète, ayant traversé une tragédie expérientielle nue et régénératrice. Mohler parle d’une fusion entre « l’anarchie » et le « style », entre destruction et renouveau. C’est précisément cette mortification héroïque qui conduit à un rattachement à la racine originelle et unifiée de la réalité et de la vie de l’individu, dans laquelle l’opposition entre la vie et la mort est surmontée par une indifférence intérieure. Ce renouveau est ce que le fasciste ressent en lui-même, mais à la seule condition qu’il ait accepté comme sa mission « la nécessité de devoir mourir constamment, jour et nuit, dans la solitude ». Ce n’est qu’alors, après avoir atteint le point zéro de toute valeur (ce n’est pas un hasard si l’un des chapitres s’intitule « Le point zéro magique »), en puisant dans des forces plus profondes et après avoir été forgé avec vertu par un style « qui n’est pas théâtral, mais d’une froideur imposante vers laquelle l’Europe devrait s’orienter », qu’il peut être témoin de la naissance d’une nouvelle hiérarchie. C’est un style objectif, froid et impersonnel.

Mohler retrouve cette attitude précisément chez l’homme « fasciste » et dans le style « fasciste » car, selon l’auteur, ce sont eux qui accordent la plus grande importance à l’individualité et à l’expérience personnelle. Alors que le national-socialiste se caractérise avant tout par l’importance qu’il accorde au peuple, à la Volksgemeinschaft [communauté du peuple] et à la rébellion sociale, Mohler soutient que l’étatiste se distingue par son admiration pour ce qui fonctionne, pour ce qui n’est pas arbitraire et pour ce qui s’intègre bien dans le cadre de l’État. Ce cadre, parfois étouffant, l’empêche de vivre pleinement le sens du tragique qui, selon Mohler, est propre au fasciste. Bien que ces trois « types » se soient historiquement recoupés, l’objectif de Mohler ici, sur le plan théorique, est de souligner le caractère spécifique de ce qu’il définit comme « l’homme fasciste ».

C’est précisément la nécessité primordiale d’une conviction existentielle qui, pour Mohler, explique pourquoi le fascisme « ne dispose pas d’un système élaboré a priori ; il est dépourvu de la prétention scientifique d’expliquer tout de manière dogmatique et livresque ». C’est là que réside le caractère immanent, intime et individuel de la révolution que le fasciste accomplit d’abord en lui-même, et qui l’anime, le conduisant à manifester une forme intérieure, une attitude, ainsi qu’une dignité et une noblesse particulières qui ne peuvent être atteintes que par une catharsis intime.

En conclusion, on peut dire que, bien que l’interprétation de Mohler puisse, à certains égards, paraître quelque peu forcée, elle a le mérite de refuser de réduire l’expérience et le phénomène en question à quelque chose d’accidentel, de contingent ou de limité à l’appartenance à un parti, à une doctrine politique ou à une théorie économique. Au contraire, elle les place à un niveau plus profond et plus fondamental, en les situant dans ce qui, au sein de l’individu, est en communication avec la sphère de l’Être.

Matteo Romano

Traduit de la version originale italienne sur Identitario.

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