Au sujet de la situation au Venezuela

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Ce qui frappe le plus dans cette affaire, ce n’est pas seulement l’ingérence des États-Unis mais le soutien cynique et servile de certains nationalistes occidentaux qui applaudissent l’asphyxie du Venezuela. Ceux qui prétendent défendre la souveraineté et la nation tout en justifiant le pillage économique et la misère imposée à un peuple étranger ne défendent rien, ils se rendent complices, recyclent l’ingérence sous couvert de morale et trahissent l’idée même de nationalisme.
Le Venezuela ne s’est pas effondré par accident ni par la seule responsabilité personnelle de Maduro, la crise a été aggravée et structurée par une stratégie de sanctions économiques, financières et commerciales imposées principalement par les États-Unis à partir de 2015, puis durcies massivement dès 2017-2019, avec l’adhésion ou le silence de plusieurs alliés occidentaux, dans un contexte où le contrôle du pétrole vénézuélien, l’un des plus vastes au monde (303 milliards de barils de réserves prouvées, selon l’OPEC et l’EIA), reste un enjeu central de cette pression.
Ces sanctions ont ciblé des secteurs vitaux, avec blocage de l’accès aux marchés financiers internationaux, interdiction de transactions en dollars, paralysie de l’industrie pétrolière (principale source de revenus du pays et pivot stratégique pour le marché mondial), gels d’avoirs à l’étranger, entraves aux importations de médicaments, d’équipements médicaux, de pièces industrielles et de denrées essentielles.
Contrairement au discours officiel, ces mesures n’ont pas seulement visé le pouvoir politique, elles ont désorganisé l’économie réelle, affaibli les services publics et frappé directement la population civile, comme l’ont reconnu des experts indépendants et plusieurs organismes humanitaires (rapports de l’ONU, Human Rights Watch et plateformes comme HumVenezuela soulignant une crise persistante avec malnutrition, pénuries et pauvreté multidimensionnelle touchant une large partie de la population).
La misère n’a pas été un simple dommage collatéral, elle a servi de levier politique, puis de justification morale à l’isolement diplomatique, à la reconnaissance d’autorités parallèles et à l’ingérence croissante.Que le régime soit autoritaire ou corrompu ne change rien au fond du problème, le chaos a été anticipé, exploité et instrumentalisé. On a contribué à l’asphyxie d’un pays, puis on l’a accusé de s’effondrer sous son propre poids, tout en laissant de côté le fait que le véritable enjeu reste la richesse pétrolière du Venezuela, convoitée et contrôlée par des intérêts étrangers – un enjeu qui culmine aujourd’hui, au 3 janvier 2026, avec l’intervention militaire américaine ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro et à la déclaration de prise de contrôle temporaire des réserves pétrolières par les États-Unis.
Il faut aussi rappeler que le Venezuela faisait partie des États qui refusaient l’alignement, notamment en soutenant explicitement la cause palestinienne, en rompant ses relations avec Israël et en dénonçant à l’ONU certaines violations du droit international. Ce positionnement géopolitique, combiné au contrôle souverain de ses ressources stratégiques, n’est évidemment pas étranger à l’hostilité persistante dont le pays a fait l’objet.
Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est le discours de certains courants nationalistes occidentaux qui applaudissent ces interventions, un nationalisme qui soutient l’asphyxie économique d’un peuple, la violation de la souveraineté d’un État et l’ingérence étrangère n’est pas un nationalisme, c’est une soumission idéologique déguisée.
Défendre la nation chez soi tout en justifiant l’écrasement des autres au nom de la « stabilité » ou de la « morale » relève d’une profonde incohérence politique.
Quant à Trump, il ne s’agit pas d’un électron libre agissant par caprice, sa politique étrangère s’inscrit dans un système de financements et d’influences pro-israéliennes, ce qui explique en partie la ligne dure adoptée contre les États qui s’opposent à Israël ou soutiennent la Palestine.
Ce qui est en jeu dépasse largement le cas vénézuélien, le précédent est grave, lorsque les sanctions deviennent une arme de guerre non déclarée, lorsque la souveraineté est conditionnelle à l’obéissance politique, aucun État n’est véritablement protégé, surtout ceux qui sont économiquement dépendants, stratégiquement exposés ou détenteurs de ressources convoitées comme le pétrole – un risque illustré de manière brutale par l’escalade actuelle.
Le Venezuela n’est pas un cas isolé, cette stratégie d’asphyxie économique suivie d’ingérence ouverte s’est répétée ailleurs avec des résultats tout aussi désastreux. En Libye, l’intervention militaire occidentale de 2011, justifiée par des motifs humanitaires, a renversé Kadhafi mais plongé le pays dans un chaos durable : production pétrolière effondrée, milices rivales contrôlant les ressources, et un État failli où la misère et les violences persistent. En Syrie, les sanctions unilatérales massives, notamment les mesures « Caesar » imposées par les États-Unis et l’UE, ont ravagé l’économie (plus de 90 % de la population sous le seuil de pauvreté, hyperinflation et pénuries généralisées), affaiblissant la population civile bien plus que le régime, et contribuant à l’effondrement final. Des précédents comme l’Irak ou d’autres pays riches en ressources montrent le même schéma de justification de l’intervention par la morale ou la sécurité, tout en visant le contrôle géopolitique et économique.
Le droit international n’a pas disparu subitement, il a été méthodiquement au fil des ans, vidé de sa substance au profit d’un ordre où l’impunité semble réservée à ceux qui s’alignent inconditionnellement sur Israël et ses intérêts géopolitiques.
A. Chabot.
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