Benito Mussolini et l’Italie fasciste ont clairement pris position en faveur du peuple arabe de Palestine pendant les années de domination britannique et de colonisation sioniste croissante. Loin de soutenir le projet sioniste, Mussolini a exprimé de vives inquiétudes quant au système du mandat britannique et à ses répercussions sur la population arabe locale. Les actions de son gouvernement pendant la révolte arabe de 1936-1939 ont illustré cette position de manière concrète et pratique.
Dans un article publié le 16 juin 1922 dans son journal Il Popolo d’Italia, Mussolini a évoqué la situation en Palestine. Il a souligné que le système du mandat et la politique sioniste qui y était liée « étaient détestés par les habitants de tout le bassin méditerranéen oriental ». Il avertissait que la poursuite de ces projets « aliénerait la sympathie des Arabes ». Ces propos témoignent de la compréhension précoce qu’avait Mussolini de l’impopularité de la politique britannique auprès de la population locale et de son opinion selon laquelle celle-ci créait des tensions inutiles dans la région.
Il ne s’agissait pas de simples paroles. Lorsque la révolte arabe éclata en 1936, l’Italie fasciste prit des mesures pour offrir une aide concrète à la résistance arabe palestinienne.
Alors que la révolte s’intensifiait durant l’été et l’automne 1936, le soutien de Mussolini dépassa la simple sympathie pour se traduire en actions concrètes et documentées. Les diplomates et fonctionnaires italiens avaient préparé le terrain depuis des années — depuis les rapports de De Angelis à Mussolini en mai 1933 jusqu’aux mémorandums de la section des affaires secrètes parvenus au Duce en septembre et octobre 1935. Au début de l’année 1936, le rythme s’accéléra. Un mémorandum du 2 février exposait les possibilités d’aide, et le 5 février, Fulvio Suvich écrivit directement à Mussolini à ce sujet. Puis vint le moment décisif : le 26 septembre 1936, une note interne portait l’approbation manuscrite de Mussolini — « Approvato dal Duce » — ainsi que sa signature caractéristique en forme de « M ». Comme l’a noté Luigi Goglia lors de la publication du document, cette approbation soutenait explicitement l’aide financière et la coordination avec Hajj Amin al-Husayni.
L’engagement financier était substantiel et soutenu. Le registre interne italien intitulé « Riassunto versamenti fatti e da farsi al mufti di Gerusalemme dal settembre 1936-XIV » montre qu’environ 138 000 livres sterling furent transférées au mufti et à ses associés entre septembre 1936 et juin 1938. Lors de sa rencontre du 10 septembre avec des responsables italiens, Musa Alami a clairement exposé ce que les Palestiniens recherchaient : une « aide financière » ainsi que des armes et une présentation complète des projets politiques du mufti. Galeazzo Ciano était tenu étroitement informé, recevant des notes régulières sur la livraison de « colis destinés au mufti » via la Syrie, organisée par des responsables tels que Caruso, Castellani et Darwish en janvier 1938. Mussolini approuva personnellement la visite prévue de Jamal Husayni à Rome en juillet 1937, bien qu’une maladie dans sa famille ait finalement empêché cette rencontre.
Une aide militaire concrète fut également envisagée. Des documents de l’Ufficio Storico dello Stato Maggiore dell’Esercito détaillent les efforts visant à faire passer clandestinement des armes belges par des canaux italiens à l’intention des rebelles palestiniens entre 1936 et 1938, tandis que la correspondance entre le ministère des Colonies, Italo Balbo et Ciano, entre septembre et novembre 1936, traitait de l’envoi d’officiers libyens — y compris le cas inhabituel du capitaine Kalifa Khalid — pour soutenir les opérations en Palestine. Des efforts de propagande vinrent compléter ces initiatives. Les émissions en arabe de Radio Bari, déjà sous la surveillance des Britanniques dès la fin juin 1936, et les articles parus dans Il Popolo d’Italia (tels que ceux de l’édition du 25 octobre 1937) mettaient constamment en avant la lutte arabe contre la domination britannique. Même les observateurs sionistes en prirent note : Moshe Sharett, dans son journal politique de 1936, et David Ben-Gurion, dans ses conversations avec des dirigeants arabes, ont tous deux noté que des fonds italiens parvenaient aux Arabes palestiniens, bien qu’ils aient qualifié certains cas de relativement modestes.
Les archives historiques du ministère italien des Affaires étrangères, conservées à l’Archivio Storico del Ministero degli Affari Esteri (ASMAE), documentent les contacts et le soutien financier apportés aux dirigeants arabes. Un exemple important est la note interne intitulée « Appunto per il Duce », datée du 10 septembre 1936. Cette note traitait et approuvait des subventions et d’autres formes d’aide à des personnalités telles que Hajj Amin al-Husayni, le mufti de Jérusalem, qui joua un rôle de premier plan dans la révolte contre la domination britannique.
Les documents des dossiers de l’ASMAE, dans la section « Gabinetto 1923–1943 », font état de subventions régulières et de communications avec al-Husayni à partir de septembre 1936 et au-delà. Il ne s’agissait pas de gestes insignifiants. L’Italie fournissait des fonds et, dans certains cas, apportait un soutien matériel et menait des actions de propagande pour aider la cause arabe. Cette aide était fournie en toute connaissance de cause et avec l’approbation du gouvernement de Mussolini, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à affaiblir l’influence britannique dans toute la Méditerranée.
L’approche de Mussolini découlait de sa vision plus large de la politique étrangère. Il considérait le mandat britannique comme un exemple d’excès impérialiste qui ignorait les droits et les souhaits des habitants arabes. En soutenant la résistance, l’Italie fasciste se positionnait comme une alliée des aspirations nationales arabes. Cela comprenait les efforts déployés par des responsables italiens, tels que le ministre des Affaires étrangères Galeazzo Ciano, pour maintenir les contacts et coordonner l’aide. Des rapports du ministère italien de la Guerre et du ministère des Affaires étrangères mentionnent également un travail de propagande mené dans Il Popolo d’Italia et par d’autres canaux entre 1936 et 1938, qui mettait en avant la lutte arabe.
Il est important de noter que Mussolini n’était pas uniquement motivé par l’idéalisme. À l’instar de nombreux dirigeants de l’époque, il agissait dans ce qu’il estimait être l’intérêt national de l’Italie. Pourtant, les archives montrent clairement des mesures concrètes — aide financière, mémorandums secrets et engagement diplomatique — qui ont soutenu les Arabes palestiniens dans leur lutte pour l’indépendance. Ce soutien contrastait avec toute sympathie pour les objectifs sionistes. Le gouvernement de Mussolini ne considérait pas la Palestine comme un lieu de peuplement juif à grande échelle sous protection britannique. Au contraire, il reconnaissait cette terre comme la patrie légitime de sa population arabe.
Des documents ultérieurs des archives de l’ASMAE sur la politique méditerranéenne de l’Italie continuent de témoigner de cet engagement au Levant. Le soutien de Mussolini, bien que s’inscrivant dans des manœuvres géopolitiques plus larges, a apporté une aide importante à la révolte arabe à un moment difficile. Il a démontré la volonté du fascisme de se tenir aux côtés des nations opprimées contre ce qu’il considérait comme des arrangements coloniaux injustes.
Sources :
Archivio Storico del Ministero degli Affari Esteri (ASMAE), Gabinetto 1923–1943, dossiers relatifs aux subventions et aux contacts avec Hajj Amin al-Husayni (par exemple, notes approuvant un soutien financier à partir de septembre 1936).
« Appunto per il Duce », 10 septembre 1936, note interne du ministère italien des Affaires étrangères.
Article de Mussolini dans Il Popolo d’Italia, 16 juin 1922
