Aube dorique

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Article de 2010. Depuis, l’Aube dorée a été interdite et le Nikólaos Michaloliákos, et six autres dirigeants de l’Aube dorée ont été déclarés coupables de « diriger une organisation criminelle ». Quarante-cinq autres députés et membres d’Aube dorée ont été reconnus coupables d’appartenance à une telle organisation. Il ont été condamnés à des peines dont les plus lourdes furent de 13 ans de prison. Tel est le sort des opposants à la démocratie libérale.

«Nous croyons en une nouvelle civilisation grecque sur la base de la grande tradition éternelle de notre race » proclame l’Aube dorée sur l’un de ses sites internet. Panhellénique et irrédentiste, le mouvement nationaliste souhaite une « Grande Grèce, juste et forte » regroupant tous les « Grecs de
sang », ses revendications territoriales s’étendant sur les zones à fort peuplement grec jusqu’au traité de Lausanne de 1923, de l’Épire du nord à Chypre, en passant par la Macédoine, la Thrace et l’ensemble de la mer Égée.

Un christianisme solaire

En matière religieuse, tout en affirmant que « la restauration de la religiosité grecque originale (…) sera parmi les priorités de l’État futur que nous nous
efforçons d’établir », l’Aube dorée accepte un « christianisme positif » dont elle fait une lecture profondément païenne : « Nous croyons en l’idée de la
religion, nous croyons en un christianisme grec propre à la civilisation et à l’histoire de notre peuple. À la figure douce de la Vierge Marie, sainte patronne de la guerre, nous associons Pallas-Athéna ; à la fête de Noël, nous associons le jour du Soleil invincible ; la Résurrection n’est pas la Pâque juive, mais les Anthestéries. Nous voulons que notre peuple soit un peuple pieux et que sa religion soit pour lui un appui national. Nous ne croyons pas à la Grâce du sentiment religieux lorsqu’il y a permissivité vis-à-vis des lois tant écrites que non écrites. La tolérance est acceptée lorsqu’elle ne s’oppose pas à la Justice et aux désirs de la Race. »

Convaincu que « le plus grand problème national et social est la présence dans notre pays de millions d’immigrants illégaux », l’Aube dorée entend « lutter pour une Grèce qui appartient aux Grecs »,  ce qui passe par l’expulsion des immigrés et, pour empêcher leur arrivée massive, le minage des frontières avec la Turquie.

Pour elle, le gouvernement de la Grèce ne doit plus être confié aux « politiciens rusés », ni aux « ploutocrates », mais plutôt aux forces armées et à une élite politique consciente de l’« intérêt national ». Un projet héritier des régimes autoritaires de Metaxas (1936-1942) et des colonels (1967-1974).

La longue marche de l’Aube dorée

L’histoire de l’organisation débute en décembre 1980, avec la parution du premier numéro de Chrysi Aygi (L’Aube dorée), qui portera durant quelques
numéros le sous-titre explicite de « revue nationale-socialiste ». Son principal animateur, Nikolaos Michaloliakos, né en 1957, a milité dès 16 ans dans les rangs du Parti du 4 août, formation nationaliste nostalgique du général Metaxas. Après la chute de la junte militaire, en 1974, il sera emprisonné pour des actions de solidarité avec les Grecs de Chypre.

En 1981, Chrysi Aygi lance la Laikos syndesmos (Ligue populaire), premier nom du mouvement. Le journal cesse de paraître en avril 1984, Michaloliakos devenant alors le chef de la section jeune de l’Ethniki Politiki Enosis (EPEN, Union nationale politique), parti créé sous le patronage du colonel Georges
Papadopoulos – alors en prison pour avoir été l’un des dirigeants de la junte militaire au pouvoir de 1967 à 1974 –, et associé avec le FN de Jean-Marie le Pen et le MSI au Parlement européen, au sein du Groupe des droites européennes.

En janvier 1985, Michaloliakos quitte l’EPEN et fonde le mouvement Chrysi Aygi ou Aube dorée, qui va rester durant des années un groupuscule marginal et semi-clandestin de quelques centaines de militants. Devenu officiellement un parti politique en 1993, il se présente alors régulièrement aux élections, le plus souvent en association avec d’autres, obtenant des résultats dérisoires. Lors des Européennes de 1994, il recueille 7 264 voix (0,11 %), lors de celles de 1999, il s’unit au mouvement Proti Grammi (Première Ligne) et obtient 48 532 voix (0,75 %). Cinq ans plus tard, aux Européennes de 2004, la Patriotiki Symmachia (Alliance patriotique), un regroupement électoral composé de l’Aube dorée, de groupes activistes encore plus marginaux et de dissidents du parti de droite nationale LAOS, ne recueille que 0,17 % des suffrages.

En 2005, l’Aube dorée devient la section grecque du Front national européen (FNE), qui fédère des organisations radicales comme le NPD, Forza nuova, la Phalange Espanola, la Noua Dreapta roumaine, Svoboda et le Renouveau français. Après un nouvel échec lors des Municipales d’Athènes en 2006 (1,3 %), elle met fin à l’Alliance patriotique. Lors des élections nationales de 2009, les modérés du LAOS passent le seuil de 5 % et font entrer 15 députés au Parlement, tandis que le score des radicaux demeure insignifiant (0,29 %).

La victoire est en eux

En 2010, la candidature de Michaloliakos aux municipales d’Athènes recueille 5,3 % des voix – près de 20 % dans certains quartiers populaires – ce qui lui permet de siéger comme conseiller municipal indépendant. Avec la crise économique qui frappe la Grèce, le parti développe un discours social qu’il applique sur le terrain : organisation de rondes dans les quartiers à forte criminalité, accompagnement des personnes âgées, distribution de nourriture et d’habits aux familles pauvres grecques de souche.

Pour faire face à la crise de la dette publique, un gouvernement d’union nationale se constitue en novembre 2012, avec deux ministres du LAOS, pour mener une politique d’austérité. La démission de ce gouvernement provoque des Législatives anticipées, le 6 mai 2012. Le LAOS s’effondre, passant de 5,6 à 2,9 % et disparaît du parlement. L’Aube dorée, opposée aux nombreuses coupes budgétaires et partisane d’un effacement de la dette du pays, profite de la conjoncture en obtenant 6,9 % et 21 députés. Pour son chef, « l’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie ».

À l’occasion de nouvelles législatives, en juin 2012, le parti confirme sa percée avec 6,92 % et 18 sièges.

L’Aube dorée, qui se revendique, comme nous, d’une idéologie « nationaliste populaire et sociale », est accusée de tous les péchés d’Israël. Selon Jean-Yves Camus, il s’agit d’un parti ouvertement néo-nazi qui relève des « formations de témoignage qui s’opposent clairement à la démocratie » 1. Pour Magali Balent, chercheur spécialiste des extrémismes et nationalismes en Europe, Aube dorée serait plutôt – non, ne riez pas – comparable au Bloc identitaire (dis Vardon, pourquoi tu tousses ?)2. Quant à son porte-parole, Ilias Kasidianis, il le présente comme l’équivalent du FN en Grèce (tendance Philippot peut-être ?).

Prenant prétexte de la mort d’un rappeur antifasciste (sic), poignardé à la sortie d’un bar de la banlieue d’Athènes, le gouvernement aux ordres de
Goldman Sachs fait arrêter par sa police, le 28 septembre 2013, Nikolaos Michaloliakos et quatre autres députés nationalistes.

Le 1er novembre suivant, deux militants du parti, Emmanuel Kapelonis, 22 ans, et Giorgos Foudoulis, 27 ans, sont assassinés par des terroristes d’extrême gauche. Bizarrement, le même gouvernement n’ira pas jusqu’à emprisonner des députés communistes après ce double meurtre… Il est vrai que les élus de l’Aube dorée, eux, poussent l’ignominie jusqu’à redistribuer une partie de leur salaire afin de venir en aide à leurs compatriotes les plus démunis ! 3

La totalité du groupe parlementaire se trouve sous le coup de poursuites pour appartenance à « une organisation criminelle », huit députés ayant été placés en détention provisoire et attendant en prison un éventuel procès. Les autres sont libres mais sous contrôle judiciaire strict.

Malgré cette répression inique, l’Aube dorée réalise une nouvelle percée lors des municipales de 2014 : 16,12 % et quatre élus à Athènes, soit un nombre
égal à celui du parti au pouvoir, 11,13 % dans l’Attique, 8,10 % au niveau national. Sa progression se poursuit lors des européennes de 2014. Avec 9,40 % et trois eurodéputés, l’Aube dorée devient le 3e parti de Grèce devant les socialistes et les communistes, confirmant l’adage italien des années de plomb : « La répression ne nous tue pas, elle nous multiplie » !

Article d’Édouard Rix, publié dans le n° 48 de Réfléchir et agir (automne 2014)

1 D. Doucet, G. Sarratia, « Anatomie des extrêmes droites », tempspresents.com, 18 juin 2012.
2 G. Siméon, « Qui sont vraiment ces néo-nazis qui débarquent au parlement grec », lesinrocks.com, 9 mai 2012.
3 « Aube dorée répond aux peurs des Grecs », Le Temps, 14 septembre 2012.

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