Demain nous appartient

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On se lève le matin, on tombe sur un énième article nous racontant que le RN a sacrifié un gamin dans la vingtaine en le virant parce que des journalistes de gauche l’ont pointé du doigt.
On fait défiler notre fil d’actu’, on voit passer un énième contenu slop d’un média de droite, une vidéo de Florentin qui se fait bolosser, un député RN qui s’arrache les cordes vocales en hurlant à son opposant FI, sur un plateau, que c’est lui le « vrai facho », et on soupire.
La droite « hors-les-murs » (identitaires, types identifiés à tort ou à raison comme radicaux) s’est habituée au cynisme ambiant. Des types, plus institutionnels que nous, plus mondains, nous ont dit que la façon dont on fait de la politique n’est pas la bonne. Trop bruyante, trop clivante. On nous reproche d’être trop chauds pour une époque qui crève d’être tiède.
Quand je vais dans un café, à la fac ou dans mon village d’enfance, personne ne dit de moi que je suis un « radical ». On ne pense pas de moi que je n’ai rien compris à l’époque, que je choque ou que je suis un extrémiste. L’électeur RN de base — mes amis d’enfance, sociologie France périphérique — trouve parfois même que je mets trop d’eau dans mon vin.
La droite radicale est prise en otage par un milieu qui a décidé arbitrairement d’ériger l’apathie, la tiédeur, le cynisme, le culte du consensus, que l’on détestait hier, en seule voie viable pour faire de la politique. Pourquoi ? Parce que.
Pendant que certains déplaçaient la fenêtre d’Overton, des meutes d’anciens LR, de types qui auraient été RPR à l’époque où d’autres faisaient le long pari du FN, des hordes de timorés et de vieux-bourgeois — au sens de l’esprit du confort — tirent une jouissance d’avoir « compris », quand nous serions des imbéciles folkloriques. La différence principale entre nous et eux, c’est que pendant que nous déplaçons la fenêtre d’Overton, eux la suivent. Ils sont enfermés dedans. Sans nous, ils n’existent pas.
Dans les prochaines années, avec la perspective de l’accession d’un RN au pouvoir, les frontières vont se dessiner plus clairement. La question qui se posera à ce moment-là sera la suivante : le RN appliquera-t-il l’idée pour laquelle il a été élu ou ne cherchera-t-il qu’à renouveler ses postes ? Le tri en interne se fera mécaniquement.
Et je ne parle pas d’appliquer le « programme » : du programme, on s’en fiche. Les gens votent RN parce qu’ils sont contre la disparition de leur peuple, pour une promesse de redressement social, identitaire et sécuritaire. Ils votent RN pour l’idée qu’ils s’en font dans leur imaginaire. Pas pour les détails et les virgules du programme.
Je jette une bouteille à la mer, mais je voudrais demander à ceux qui sont aujourd’hui considérés comme radicaux au sein de la droite de s’organiser pour le moment inéluctable où tout cela arrivera. Il faut prendre conscience que nous représentons une tendance à part entière — toutes nos chapelles confondues, des royalistes aux identitaires, de ceux qui font les SO tout en noir dans les manifs aux types d’internet.
Cette tendance doit pouvoir peser, et pour pouvoir peser, elle doit s’organiser par ses propres canaux : médiatiques, culturels, associatifs, politiques, électoraux au besoin (Gannat à Segré), syndicaux, entrepreneuriaux, etc.
Il est tentant de calmer nos idées de vingt ans pour s’institutionnaliser quand on aime la politique ou le journalisme. De regarder en arrière notre agitation de jeunesse et de se dire que l’on n’avait pas compris les choses correctement. Je pense que l’on est plus proche de la vérité à vingt ans qu’à cinquante, usé par la vie et habitué au cynisme ambiant. Des gens comme nous — quand les choses s’accéléreront, et elles le feront, dans cinq ou dix ans — seront députés ou dans les administrations. La politique ce n’est pas seulement l’accession au pouvoir, mais le changement concret de la société.
« Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. » (Apocalypse 3:16)
Raphaël Ayma.
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