Evola et la Sicile

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Quand on pense à Julius Evola, la Sicile n’est pas le premier endroit qui vient à l’esprit. Et pourtant, comme le rappelle le professeur Umberto Balistreri dans sa note accompagnant l’essai « Evola : prophète de l’avenir » de Franz Maria D’Asaro, les liens entre le philosophe romain et l’île furent plus intenses et durables qu’on ne le croit généralement.

Les racines familiales d’Evola s’enfonçaient en effet profondément dans le territoire sicilien. Des recherches menées auprès de la mairie de Cinisi ont permis d’établir que son père, Vincenzo Evola, et sa mère, Concetta Mangiapane, étaient tous deux originaires de cette commune de la province de Palerme. C’est également à Cinisi que vivaient ses grands-parents paternels et maternels, et c’est précisément là que la famille revenait régulièrement après son déménagement à Rome.

Au cours de sa jeunesse, Evola séjourna à plusieurs reprises en Sicile en compagnie de son frère Giuseppe Ettore. « C’est ainsi que s’en souvient sa cousine Caterina, encore en vie, alors jeune fille intriguée et fascinée par la figure majestueuse du philosophe et par son comportement affectueux et aimable », écrit Balistreri.

Ces retours ne constituaient pas seulement des occasions de vacances, mais favorisaient également la connaissance directe d’un milieu culturel vivant et réceptif aux nouveaux courants philosophiques de l’époque.

Ses relations avec certains intellectuels palermitains furent particulièrement significatives. Ses œuvres furent discutées, commentées et souvent vivement critiquées dans les principales revues culturelles siciliennes. Des polémiques s’engagèrent autour de son nom, impliquant des représentants du catholicisme, de l’idéalisme et de la culture fasciste. Ce sont précisément ces controverses qui contribuèrent à faire connaître Evola dans le milieu intellectuel de l’île.

En février 1931, Evola donna en outre deux conférences à la Bibliothèque philosophique de Palerme, au Palazzo dei Normanni, consacrées au « Crépuscule du romantisme » et aux « Trois époques de l’esprit ». Ces rencontres suscitèrent l’attention et le débat, confirmant l’intérêt que sa figure était désormais capable de susciter dans le paysage culturel sicilien.

Mais ses liens avec l’île ne s’épuisèrent pas dans les années 1930. Même après la Seconde Guerre mondiale, Evola resta en contact avec des chercheurs et des milieux culturels siciliens. De Palerme à Messine, nombreux furent ceux qui considérèrent ses œuvres comme une référence, contribuant ainsi à la diffusion de la pensée traditionnelle : de Ruta, originaire de Messine, à l’activité du Centre sicilien d’études traditionnelles, de la revue « Vie della Tradizione » (1971 – en cours) aux éditions Thule de Palerme.

À côté de ces données biographiques et culturelles succinctes subsiste ensuite un élément plus « subtil », mais non moins intéressant. La Sicile, de par son histoire et sa culture, de par la persistance de ses mythes, symboles et traditions, apparaît comme l’un des lieux les mieux prédisposés à une lecture sous l’angle traditionnel. Il n’est donc pas surprenant que « l’île du soleil » ait constitué un terrain fertile pour la réception de la pensée d’Evola.

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