Franco Freda et l’Iran

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Dans Risguardo, l’une des publications périodiques du Guppo di Ar, fut publiée ce qui peut être considérée comme l’une des prises de position les plus significatives de Freda et de ses compagnons au sujet de l’Iran de Khomeini. Dans ce texte, qui prouve son absolu capacité à refléter les positions du groupe, Freda déclara : « Quant à la révolution islamique iranienne, l’un de mes amis et camarades, Carlo Terracciano, a exprimé le point de vue du Gruppo di Ar, à travers un texte que j’approuve totalement ». L’article en question s’intitule « I giardini di Allah » [Les jardins d’Allah]20 et contient, au fil de ses longues pages poétiques, une représentation exaltante de l’Iran de Khomeini. L’Iran y était présentée comme le pays ayant réalisé la restauration des valeurs éternelles pour lesquelles des « millions de soldats d’Europe et d’Asie sacrifièrent leur vie dans le plus grand holocauste guerrier de tous les temps ». Terracciano, au nom du Gruppo di Ar, exaltait l’Iran comme une nation caractérisée par un objectif final similaire à celui du groupe et par un même adversaire : « Le racisme des enfants d’Israël, le sionisme cosmopolite et mondialiste ». D’après l’auteur, ce qui tendait à épouvanter le monde, intégralement positionné contre l’Iran malgré les différences entre les blocs, était précisément la peur de voir celui-ci devenir un exemple pour tous les peuples. D’après Terracciano, il n’était pas étonnant que le dernier État ayant subi une telle opposition mondiale et transversale fût l’Allemagne hitlérienne. Et l’expérience remarquable de l’Iran « peut se révéler précieuse pour nous, Européens, Italiens en particulier ». Selon l’auteur, ceci aurait été possible à travers une exportation du khomeinisme, techniquement possible, car, si « l’on sépare l’enseignement de cette révolution et ses contingences et ses spécificités, il ne demeure plus que l’essentiel, ce qui est nécessaire pour orienter dans la bonne direction les efforts des avant-gardes révolutionnaires ».

Ceci fut « l’exemple d’une religion qui prend les armes et devient étymologiquement révolution ». Les pasdarans étaient comparés aux gardiens théorisés par Platon dans sa République, tandis que l’un des plus grands objectifs de la révolution de Khomeini aurait été la libération des femmes de la tyrannie de l’occidentalisation forcée. Pour cette raison, Terracciano put conclure en affirmant que : « Pour nous, le combat du peuple iranien est aujourd’hui notre combat, l’Iran est le contingent avancé du front commun ; de même que notre lutte politique devra un jour être la sienne, jusqu’à fondre nos deux drapeaux, possédant les trois mêmes couleurs, sous le signe de la tulipe des martyrs. Aujourd’hui, nous sommes tous Iraniens ! »

Ce que Freda appréciait dans l’Iran était son caractère hiérocratique, centré sur une vision antimoderne, anti-individualiste et anti-rationaliste de la vie. Voilà ce qui motivait sa référence au khomeinisme : « Tous ceux qui disposent d’une matrice culturelle de type traditionaliste, disons plus simplement ceux qui se considèrent comme des disciples d’Evola et de Guénon, voient dans les événements iraniens une rectification des idées du monde moderne. Ils voient une sorte de contre-révolution, car le laïcisme de l’Occident a été dépassé en Iran par la rigoureuse observance de la loi islamique. »

Sans la considérer – non sans regret – comme une expérience tout simplement exportable en Europe, Freda reconnaissait dans l’Iran de Khomeini le détenteur de valeurs déterminées qui auraient pu éclairer à nouveau l’Occident. De plus, il sut établir une syntonie entre la droite et le khomeinisme. Quand on lui demandait ce qu’il pensait des enquêtes menées à la même époque, et qui présentaient des connivences entre les groupes iraniens installés en Italie et les néofascistes, celui-ci répondait : « J’exclue les contacts organisationnels. Des contacts de type culturel sont toutefois possibles. Par exemple, un iranien khomeiniste peut s’accorder avec un italien d’extrême droite. »

En 1985, lorsqu’un journaliste du Corriere della Sera lui demanda des informations sur la bénédiction que lui aurait accordée Khomeini lorsque celui-ci était exilé à Paris, Freda lui confirma l’avoir reçue, en se disant « persuadé de l’efficacité des bénédictions (et des malédictions) », tout en voyant dans Khomeini, « au mitan du XXe siècle, une force lumineuse du Bien – tandis que sa bénédiction, concédée à des Européens qui, à l’aide de leur minuscule action culturelle, contribuent à combattre le mal, est une reconnaissance de la validité de nos orientations ». Quant à la bénédiction offerte par Khomeini, qui était bien entendu d’un intérêt notable pour les journalistes de l’époque, Freda l’évoqua à nouveau lors d’un autre entretien, accordé le 17 novembre 1985 pour le mensuel Storia Illustrata : l’intervieweur lui demanda si la bénédiction de Khomeini l’honorait, et Freda de répondre en réaffirmant et en renforçant ce qu’il avait déjà déclaré : « Je suis convaincu de l’efficacité réelle de la bienveillance et de la malfaisance, et pas seulement des bénédictions et des malédictions. Certes, la bénédiction dispensée à l’époque par Khomeini en faveur de l’œuvre éditoriale à laquelle je coopère (qui ne me concernait pas individuellement) a une valeur propitiatoire : elle encourage et honore (pour employer son expression) ceux qui en sont les destinataires. »

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