L’avenir politique et géopolitique de la France, de l’Allemagne et de l’Europe vu de Moscou

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L’Europe se trouve à la croisée des chemins. Je vois dans les mutations en cours l’amorce d’une remise en question de l’ordre qui, des décennies durant, a déterminé sa vie intérieure et sa position internationale. Ce qui se trouve en jeu, c’est la capacité de l’État à défendre les intérêts nationaux, la pérennité du système social, la continuité de la culture et le droit même des peuples européens à choisir librement leur avenir. Les conséquences de la crise actuelle pourraient se prolonger bien au-delà du prochain cycle électoral.

L’Allemagne et la France revêtent, à cet égard, une importance particulière. De l’orientation de leur développement dépendent l’organisation de l’Union européenne, le rapport entre les influences européenne et américaine, ainsi que la possibilité d’un rétablissement des relations avec la Russie. Les deux pays suivent toutefois des trajectoires différentes. En Allemagne, la tendance au renforcement de la droite nationale se dessine toujours plus nettement, même si elle s’accompagne de succès régionaux de la gauche et d’une lutte complexe autour des coalitions. La France connaît un affrontement plus aigu entre des conceptions concurrentes de l’avenir national, susceptible de transformer la crise parlementaire en une confrontation civile prolongée.

J’envisage ces processus d’un point de vue russe et eurasiatique. Je me reconnais dans l’aspiration des peuples européens à préserver leur singularité historique, à restaurer l’indépendance de leur État et à unir la souveraineté nationale à la justice sociale. C’est précisément pourquoi je m’interroge sur les forces capables de proposer à l’Europe une voie pour sortir de sa dépendance à l’égard du système atlantique et d’ouvrir la possibilité d’une coopération continentale sur un pied d’égalité. Pour y répondre, il faut distinguer avec soin les programmes affichés, les actes politiques effectifs et les perspectives qui ne font encore que se dessiner.

La crise du consensus européen

Par consensus européen, j’entends l’accord historiquement constitué entre les principales forces de gouvernement sur les limites admissibles du changement politique. Les démocrates-chrétiens, les sociaux-démocrates, les libéraux et les conservateurs modérés pouvaient s’opposer sur la fiscalité, les dépenses sociales et le rythme des réformes, tout en maintenant un cadre institutionnel commun. Pour une grande partie de l’Europe occidentale, ce cadre a pris la forme de la démocratie parlementaire, de l’association d’une économie de marché à des engagements sociaux, de l’intégration européenne et de la participation américaine à la garantie de la sécurité. Cet ordre n’était pas entièrement homogène : le gaullisme français, par exemple, ménageait une latitude bien plus grande à une politique étrangère indépendante.

Après la fin de la guerre froide, au compromis antérieur s’est ajoutée la certitude d’une prépondérance durable du modèle libéral. La mondialisation économique, l’extension de la régulation supranationale et une conception universaliste des valeurs politiques en sont venues à être perçues, dans les milieux européens influents, comme le cours naturel de l’histoire. Je pense que c’est précisément cette certitude qui se trouve aujourd’hui soumise à l’épreuve la plus sérieuse. La question des limites du politiquement possible redevient l’objet d’une lutte ouverte.

Tant que l’ordre existant assurait l’amélioration du bien-être et un sentiment de protection, il était possible d’en atténuer les contradictions internes par la redistribution et par des décisions administratives. Dans un contexte de faiblesse économique prolongée, d’énergie chère et d’exacerbation des conflits culturels, ce mode de gouvernement perd de sa force de conviction. L’électeur se demande de plus en plus souvent qui répond de l’avenir industriel du pays, qui contrôle ses frontières et pourquoi les décisions essentielles sont justifiées par des obligations envers des partenaires extérieurs ou des structures supranationales. C’est là que se situe, à mes yeux, le lien entre le mécontentement social et le retour de l’exigence de souveraineté.

L’affaiblissement du centre traditionnel ne signifie pas que l’Europe tout entière se soit déjà divisée en deux camps disciplinés. De nouvelles lignes de conflit traversent aussi bien les droites que les gauches. Un électeur attaché à la nation peut réclamer à la fois la protection de l’industrie et un niveau élevé de garanties sociales ; un partisan de la redistribution peut s’opposer à une immigration incontrôlée ; un critique de l’hégémonie américaine peut être en désaccord avec la Russie sur des questions internationales précises. Cette recomposition des intérêts rend insuffisant l’ancien axe « droite-gauche », alors même que l’affrontement entre les projets de droite et de gauche s’intensifie.

L’Allemagne et le renforcement de la droite nationale

Le système partisan allemand évolue depuis plusieurs décennies déjà. Sa configuration classique à « deux partis et demi » s’était constituée autour de l’Union chrétienne-démocrate et de l’Union chrétienne-sociale (CDU/CSU), du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) et du Parti libéral-démocrate (FDP), à même de jouer le rôle de partenaire minoritaire dans différentes coalitions. Toutefois, avec l’entrée des Verts au Bundestag en 1983, puis la réunification allemande et le développement de l’aile gauche du paysage partisan, ce modèle a progressivement cédé la place à un système plus complexe. La percée d’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a marqué une nouvelle étape dans un processus engagé bien avant la crise actuelle[1].

Aux élections fédérales du 23 février 2025, l’AfD a obtenu 20,8 % des secondes voix, doublant son résultat de 2021. La CDU et la CSU ont recueilli ensemble 28,5 % des suffrages, le SPD 16,4 %, les Verts 11,6 % et Die Linke (« La Gauche ») 8,8 %. Le FDP et le BSW n’ont pas franchi le seuil de 5 % ; le résultat du BSW s’est établi à 4,981 %. Je vois dans cette combinaison un renforcement, de plusieurs côtés, de l’opposition au centre traditionnel, la contestation venue de la droite ayant pris un poids particulièrement important[2].

Les élections régionales de 2026 ont montré jusqu’où ce processus avait progressé dans l’est de l’Allemagne. En Saxe-Anhalt, le 6 septembre, l’AfD a obtenu 43,8 % des voix et 39 sièges sur 83. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le 20 septembre, elle est arrivée en tête avec 38,2 %, devant le SPD et ses 35,5 %. Dans ce dernier cas, cependant, la répartition des sièges a laissé au SPD, à Die Linke et aux Verts la possibilité de constituer une majorité sans la participation du vainqueur. La prééminence électorale de l’AfD est devenue manifeste, mais la question de l’accès au pouvoir gouvernemental a continué de se jouer séparément[3].

À Berlin, cette même logique de crise de l’équilibre partisan traditionnel s’est traduite par le succès de l’autre aile du spectre politique. Aux élections du 20 septembre 2026, Die Linke a recueilli 25,7 % des voix et s’est hissée à la première place. À la fin d’octobre, la gauche, les Verts et les sociaux-démocrates discutaient de la formation d’un gouvernement commun. Il faut donc appréhender la dynamique allemande dans son caractère inégal : le renforcement de la droite à l’échelle nationale coexiste avec d’importants succès de la gauche dans certains milieux politiques et sociaux[4].

La Thuringe illustre avec une netteté particulière l’importance de l’arithmétique des coalitions. L’AfD y demeure dans l’opposition. Depuis l’éclatement du groupe parlementaire BSW en septembre 2026, l’alliance gouvernementale se compose de la CDU, du SPD et du nouveau groupe Thüringen.Gerecht ; ensemble, ils disposent de 39 voix sur 88 députés. Nous sommes devant un système dans lequel les acteurs établis sont contraints de rechercher des formes toujours plus complexes de maintien de la capacité à gouverner. Cette nécessité devient elle-même le signe d’un affaiblissement des mécanismes habituels de domination partisane[5].

L’influence de l’AfD s’étend aussi au-delà des Länder orientaux. En Rhénanie-Palatinat, aux élections du 22 mars 2026, le parti a obtenu 19,5 % des voix, contre 8,3 % cinq ans auparavant, devenant la troisième force politique derrière la CDU et le SPD. Il s’agit d’une avancée importante dans l’ouest du pays. Les différences entre les régions subsistent, mais il ne suffit plus d’expliquer le succès de l’AfD par les seules particularités de l’ancienne RDA[6].

L’enquête nationale de Forschungsgruppe Wahlen publiée le 23 octobre 2026 a crédité l’AfD de 26 % et la CDU/CSU de 23 % dans sa projection électorale. Elle a été menée du 20 au 22 octobre auprès de 1 225 électeurs. Arriver en tête dans un tel sondage donne une portée accrue aux prétentions du parti au pouvoir fédéral ; toutefois, la conversion de ces intentions de vote en accession à la chancellerie dépend des résultats électoraux et de la capacité à se constituer un appui parlementaire. Je considère la poursuite du renforcement d’une politique de droite comme une perspective sérieuse, tout en maintenant la distinction entre une direction qui se dessine et une issue déjà advenue[7].

Un autre acteur important de cette recomposition est le BSW. Depuis le 1er octobre 2026, le parti porte officiellement le nom de Bündnis Soziale Gerechtigkeit und Wirtschaftliche Vernunft, soit « Alliance pour la justice sociale et la raison économique ». Il conserve le sigle bien connu du mouvement né autour de Sahra Wagenknecht. Les revendications socio-économiques de gauche s’y conjuguent avec une position plus restrictive en matière d’immigration, la défense de l’industrie et une aspiration à la détente en politique étrangère. Die Linke conserve, pour sa part, son propre programme de socialisme démocratique. La différence entre les deux formations porte donc sur le contenu de leur politique, et pas seulement sur son degré de radicalité[8].

La possibilité concrète de convergences ponctuelles entre la droite nationale et une opposition à vocation sociale s’est manifestée le 14 octobre 2026. Le Landtag de Saxe-Anhalt a adopté, avec le soutien de l’AfD et du BSW, une résolution intitulée « Des négociations de paix plutôt que l’extension de la guerre en Ukraine ». Elle demande l’ouverture de négociations, la levée des sanctions économiques et la limitation de l’aide à l’Ukraine au seul domaine humanitaire. Ces deux groupes parlementaires détiennent ensemble 44 sièges sur 83. Un tel vote revêt une portée politique, même si une résolution régionale ne modifie pas, à elle seule, l’orientation de la politique étrangère fédérale et ne crée pas une coalition gouvernementale[9].

Cet épisode m’importe en tant qu’exemple d’un rapprochement possible autour des intérêts nationaux, de la paix et de la préservation de l’assise matérielle de l’État social. On peut y voir les prémices d’une coopération entre des forces qui divergent sur la doctrine économique et la politique culturelle. Mais une alliance stable exigerait un accord sur la fiscalité, la propriété, les dépenses sociales et la conduite des affaires publiques. Une convergence sur une question stratégique ouvre la possibilité de négociations ; une coalition durable ne voit le jour que lorsque ses membres sont capables de répondre ensemble de toute la politique de l’État.

La crise industrielle et la nouvelle politique à l’Est (Neue Ostpolitik)

Je lie avant tout le renforcement de l’opposition allemande à l’affaiblissement du modèle antérieur de prospérité. Selon l’estimation de Destatis publiée en janvier 2026, le PIB réel de l’Allemagne a reculé de 0,9 % en 2023 et de 0,5 % en 2024, pour ne progresser que de 0,2 % en 2025. Cette même année 2025, la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière a diminué de 1,3 %. Ces indicateurs témoignent de difficultés persistantes dans la production et l’investissement. En octobre 2026, la Bundesbank évoquait par ailleurs une probable stagnation au troisième trimestre, après la croissance du premier semestre : autrement dit, la reprise demeure fragile[10].

Les causes de cette faiblesse sont liées entre elles. L’industrie allemande se heurte au coût élevé de l’énergie, au renforcement de ses concurrents, à la transformation de ses débouchés et aux contraintes intérieures qui pèsent sur l’investissement. En mai 2026, le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, mettait en avant la perte de compétitivité, la pression chinoise dans l’automobile, l’électrotechnique et la construction mécanique, les contraintes démographiques et les coûts bureaucratiques. Il s’agit donc de la crise d’une organisation économique tout entière, dans laquelle les avantages d’hier ne se conjuguent plus pour produire une croissance durable[11].

J’accorde une importance particulière à la rupture de la coopération énergétique et industrielle qui existait avec la Russie. Pour un pays doté d’un appareil productif développé, l’accès à des ressources énergétiques fiables compte parmi les conditions de l’autonomie stratégique. Lorsque cette assise disparaît, les conséquences se font sentir dans les coûts de production, les décisions d’investissement et les attentes sociales. Dans le même temps, la transformation écologique doit être appréciée à l’aune de ses résultats économiques réels. J’estime dangereuse sa mise en œuvre lorsque l’industrie perd sa compétitivité plus rapidement que n’émergent de nouvelles sources d’emploi et de croissance. La protection de la nature exige une économie qui fonctionne et qui soit capable de financer le renouvellement technologique.

Dans ces circonstances, la révision des relations avec la Russie revêt pour l’Allemagne une portée sociale intérieure. Le débat sur les sanctions et l’énergie touche à l’avenir des emplois, des revenus et des régions industrielles. De là vient ma conviction que la politique allemande à l’Est peut revenir à l’ordre du jour sous une forme nouvelle : celle d’une tentative de restaurer la liberté des choix économiques et de réduire le prix de la confrontation géopolitique. Son succès exigerait, bien entendu, des décisions concertées entre les parties, des garanties conventionnelles et le rétablissement de la confiance.

Le programme de l’AfD pour les élections fédérales de 2025 prévoit la levée des sanctions économiques contre la Russie, la remise en état des gazoducs Nord Stream et le développement des relations de l’Allemagne avec l’Union économique eurasiatique. L’avenir de l’Ukraine y est lié à un statut de neutralité, en dehors de l’OTAN et de l’Union européenne. Le parti soutient, dans le même temps, l’autonomie stratégique de l’Europe, tout en maintenant l’appartenance à l’OTAN jusqu’à la création d’une alliance militaire européenne indépendante. À l’égard des États-Unis, il conjugue une appréciation favorable de la nouvelle administration américaine avec la reconnaissance de la divergence entre les intérêts allemands et américains[12].

Je vois dans ces orientations la possibilité d’un tournant continental. Sa teneur eurasiatique reste à élaborer dans la pratique politique. L’intérêt national allemand peut pousser Berlin à rétablir ses relations avec Moscou, mais il fixera aussi les limites de ce rapprochement. Pour la Russie, le dialogue le plus prometteur est celui dans lequel les deux parties ont conscience de leurs propres objectifs et reconnaissent le droit de leur partenaire à l’indépendance. La proximité idéologique entre les droites européennes et les conservateurs américains peut faciliter certains accords, sans pour autant faire disparaître la concurrence entre États dans les domaines du commerce, de l’énergie et de la sécurité.

La France et la crise de l’État

La crise française présente une autre structure. La Ve République a longtemps permis de conjuguer un pouvoir présidentiel fort et l’alternance de gouvernements de droite et de gauche. Les changements de majorité n’excluaient pas les affrontements les plus vifs, mais préservaient l’idée d’un ordre étatique commun. Aujourd’hui, c’est précisément cet accord qui, à mon sens, s’affaiblit. Le centre présidentiel, la droite nationale et les différents courants de la gauche proposent des orientations si divergentes que le simple changement de gouvernement est de plus en plus souvent perçu comme engageant le destin de la République elle-même.

Les élections législatives de 2024 ont consacré cette fragmentation. Selon les nuances électorales officielles, l’union de la gauche a obtenu 178 sièges, la coalition présidentielle Ensemble 150, le Rassemblement national (RN) 125, et les candidats qui lui étaient alliés, classés dans la catégorie UXD, 17 sièges supplémentaires. Aucune de ces forces n’a obtenu la majorité absolue. Il convient toutefois de ne pas assimiler entièrement les regroupements électoraux aux groupes parlementaires constitués par la suite. Je vois la portée politique de ces résultats dans le fait que l’ancien centre a perdu la capacité d’imprimer à lui seul une orientation durable, tandis que ses adversaires ont acquis des positions substantielles, mais elles aussi insuffisantes pour gouverner seuls[13].

À cette configuration se superpose une situation budgétaire difficile. Selon l’INSEE, à la fin du deuxième trimestre de 2026, la dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB. Le déficit des administrations publiques pour 2025 était estimé à 5,1 % du PIB. Cette situation réduit la marge de manœuvre permettant de tenir simultanément les engagements sociaux, d’accroître les dépenses de sécurité et de soutenir le développement économique. La France conserve la capacité d’assurer le service de sa dette, mais le coût du maintien de ses engagements à leur niveau habituel devient un enjeu politique de plus en plus important[14].

L’abaissement par S&P de la note souveraine de la France de AA− à A+ en octobre 2025 a constitué l’un des signes de l’appréciation extérieure de ces difficultés. Le conflit sur les retraites a également montré les limites d’une approche administrative du consensus social : la réforme de 2023 a suscité un affrontement prolongé, et la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a prévu sa suspension partielle, applicable à compter du 1er septembre. Ce qui me paraît essentiel, c’est que le pouvoir se heurte à des résistances aussi bien lorsqu’il maintient des dépenses qu’il faut financer que lorsqu’il tente de modifier les conditions des garanties sociales[15].

J’y vois l’épuisement de la capacité de l’État à maintenir un équilibre entre ses promesses et ses moyens économiques. La protection sociale revêt une immense valeur pour l’unité nationale. Sa pérennité dépend cependant de la production, de l’assiette fiscale, de la structure démographique et du coût de l’emprunt. Si les fondements industriels et financiers s’affaiblissent, le débat sur les retraites ou sur le budget devient un débat sur la répartition des pertes. Chaque groupe craint d’être celui auquel on fera payer le maintien d’un système qui ne lui procure plus le même sentiment de sécurité.

La question migratoire s’imbrique dans ce conflit, mais sa portée ne saurait se réduire au nombre absolu de personnes venues de l’extérieur. Selon les données d’Eurostat pour le début de l’année 2025, l’Allemagne comptait 17,2 millions de personnes nées à l’étranger, contre 9,6 millions en France. Le problème français tient donc aux particularités de l’intégration, de la répartition de la population sur le territoire et du sentiment national. L’INSEE recense séparément les immigrés, c’est-à-dire les personnes nées étrangères à l’étranger : ils étaient environ huit millions en 2025, une partie d’entre eux possédant déjà la nationalité française. Il est indispensable de distinguer ces catégories pour comprendre précisément le phénomène dont il est question[16].

De mon point de vue, l’épreuve décisive réside dans la capacité de la France à préserver un espace culturel et civique commun. La ségrégation territoriale, le repli de certaines communautés et l’opposition de normes propres à des groupes à la loi nationale peuvent affaiblir l’unité du pays. La politique de l’État doit toutefois distinguer la loyauté civique, le statut juridique et le comportement concret des personnes. Le rétablissement de l’ordre suppose une loi effectivement appliquée sur l’ensemble du territoire, une école forte, l’accès au travail et le respect de la culture historique de la France. C’est précisément à l’aune de ces résultats qu’il faut juger de la viabilité de la politique d’intégration.

Je partage l’exigence de préserver l’identité historique de la France et son héritage chrétien. Je ne crois pas viable un modèle dans lequel la culture nationale doit sans cesse justifier son existence même, tandis que l’État renonce à parler de continuité entre les générations. Le renouveau culturel exige cependant un travail de longue haleine de la famille, de l’éducation et des institutions sociales. Les mesures de police peuvent mettre fin à la violence, mais elles ne rétablissent pas à elles seules la confiance entre les personnes et ne font pas naître une représentation commune de l’avenir du pays.

Les projets concurrents et l’élection présidentielle

Le Rassemblement national est devenu l’un des principaux porteurs de la demande de renforcement de l’État, de maîtrise de l’immigration et de défense de la priorité nationale. Son programme pour les élections législatives de 2024 prévoit un durcissement des règles migratoires, un élargissement des possibilités d’expulsion des étrangers, un renforcement de la police et la modification de plusieurs conditions d’accès aux prestations sociales. Pour certaines de ces mesures, le parti propose un référendum constitutionnel. Ces dispositions permettent d’envisager un changement substantiel d’orientation en cas d’accession du parti au pouvoir[17].

On ne peut toutefois décrire la droite nationale contemporaine comme exclusivement favorable au libre marché et à la réduction du rôle de l’État. Le contre-budget du RN pour 2026 comporte des mesures de baisse de la TVA sur l’énergie et des impôts de production, mais aussi certaines taxes sur les opérations financières et des propositions sociales. J’y vois la volonté d’associer la souveraineté nationale à la défense des intérêts matériels de la population. La viabilité de cette combinaison dépendra de son financement et de sa mise en œuvre concrète, mais, sur le plan politique, elle élargit considérablement le contenu de l’alternative de droite[18].

Sur l’autre flanc, La France insoumise (LFI) propose une alternative de gauche radicale, associant redistribution sociale, transformation écologique et réforme des institutions. L’idée d’une VIe République y occupe une place importante, puisqu’elle implique de remettre en question la concentration du pouvoir présidentiel telle qu’elle s’est constituée. Le programme de coalition du Nouveau Front populaire (NFP) de 2024 prévoit lui aussi le passage à un nouvel ordre républicain par la voie d’une assemblée constituante. Il comporte également des revendications de hausse des revenus et de rétablissement des garanties sociales. C’est ici la manière même dont la Ve République organise la représentation et la prise de décision qui est contestée[19].

La France insoumise ne se confond cependant pas avec l’ensemble du camp de la gauche. Les socialistes, les communistes, les forces écologistes et les partisans d’une social-démocratie européenne plus modérée conservent des intérêts propres. Cela est apparu avec une netteté particulière le 11 octobre 2026, lorsque Raphaël Glucksmann a remporté la primaire sociale-démocrate avec 66,17 % des suffrages. Dans le même temps, LFI continue de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection de 2027. La gauche aborde la compétition présidentielle alors que la concurrence interne persiste[20].

Le sondage IFOP–Fiducial réalisé du 17 au 19 octobre 2026 montre la force de la droite nationale, sans lever l’incertitude sur la composition du second tour. Dans l’un des scénarios testés, Marine Le Pen recueillait 36 % des intentions de vote, Mélenchon 16,5 %, Glucksmann 13,5 % et Édouard Philippe 12 %. L’enquête portait sur 1 928 électeurs inscrits ; les résultats variaient selon la liste des candidatures proposées. Ces données justifient d’envisager sérieusement la qualification du RN pour le second tour, tout en laissant ouverte la question de son adversaire[21].

C’est pourquoi je conçois avant tout la situation de la France à la croisée des chemins comme une lutte entre projets politiques de droite et de gauche. D’un côté se renforce l’exigence d’un ordre constitutionnel national, de la continuité culturelle, de l’unité de la nation française, du renouveau des valeurs et du mode de vie traditionnels, ainsi que de la préservation de l’assise démographique autochtone de la France. De l’autre grandit l’aspiration à une refonte sociale et institutionnelle, que les différentes forces de gauche conçoivent diversement, mais ces forces peuvent être réunies autour d’une volonté commune de redistribution socialiste des richesses nationales et de réforme de l’État propre à assurer le pouvoir de la gauche. Les responsables centristes et conservateurs modérés conservent eux aussi la possibilité de rassembler les électeurs qui redoutent l’une et l’autre de ces orientations. Même affaibli, le centre peut jouer un rôle important grâce aux accords entre partis et à la logique du scrutin à deux tours ; sa position actuelle dans les sondages d’opinion et l’épuisement de sa force politique rendent toutefois peu probable, à l’heure présente, une revanche politique de ces courants.

Ma vision du monde me situe du côté du renouveau de la droite française. Je considère en même temps que ce renouveau doit être porteur d’un programme social substantiel. La solidarité nationale implique une responsabilité envers les ouvriers, les familles et les régions dont les intérêts ont longtemps été sacrifiés à l’orientation néolibérale et à la géopolitique atlantiste. La réussite du projet politique de droite se mesurera à sa capacité de rendre aux personnes le sentiment d’appartenir à un même ensemble politique et la confiance dans le lendemain — dans la France de l’avenir.

La possibilité d’une confrontation civile prolongée

La perspective française la plus inquiétante tient au fait qu’une victoire électorale peut ne pas mettre fin à la lutte pour la reconnaissance du pouvoir. J’envisage un scénario dans lequel les forces vaincues considéreraient la nouvelle orientation comme une menace pour l’existence même d’un ordre social qui leur soit acceptable. Le conflit politique pourrait alors déborder les limites habituelles de l’opposition parlementaire et prendre la forme d’une désobéissance de masse prolongée, de blocages, d’affrontements violents, de tentatives visant à empêcher la mise en œuvre du programme gouvernemental, voire déboucher sur le déclenchement d’une guerre civile en France.

Lorsque j’évoque, dans ce contexte, la possibilité d’une « guerre civile », j’emploie avant tout cette expression comme une métaphore d’une profonde fracture civique. La désobéissance civile de masse, les troubles violents et le conflit armé organisé correspondent à des états distincts de la société. Le passage à ce dernier constituerait une étape à part, beaucoup plus grave. Dans le scénario que j’examine, le danger primordial est celui d’une ingouvernabilité chronique : les institutions formelles subsistent, mais la capacité de mettre les décisions en œuvre est sans cesse contestée par la rue et par des pôles concurrents d’influence sociale.

Les éléments nécessaires à une telle analyse existent déjà. Le rapport sénatorial sur les émeutes de l’été 2023 fait état de 672 communes touchées et de 2 508 bâtiments endommagés ou incendiés. En certains lieux, la violence a pris un caractère que les auteurs du rapport décrivaient comme proche de l’insurrection. Ces événements ont montré avec quelle rapidité un événement déclencheur local peut se transformer en une vaste crise de l’ordre public. Les causes et les profils des participants n’en sont pas moins hétérogènes ; réduire l’ensemble de cette vague de violence à une seule communauté ethnique, religieuse ou partisane empêcherait d’en comprendre le mécanisme[22].

Le mois d’octobre 2026 a donné à cette question une acuité nouvelle. Selon une communication provisoire du ministère français de l’Intérieur, environ 410 000 personnes ont participé aux manifestations de rue du 24 octobre, contre environ 550 000 recensées par le ministère une semaine auparavant. Le bilan matinal relatif au 24 octobre faisait état de 1 314 interpellations et de 53 membres des forces de l’ordre blessés. La même communication distingue les défilés autorisés qui se sont tenus et les actions violentes de certains groupes. J’y vois le signe à la fois d’un important potentiel de mobilisation de la contestation et de la capacité persistante de l’État à organiser le maintien de l’ordre[23].

En cas de victoire de la droite nationale, la politique migratoire, la modification des priorités sociales, l’élargissement des pouvoirs de la police et les réformes culturelles pourraient provoquer une nouvelle exacerbation des tensions. Si les adversaires du gouvernement réunissent ces questions dans la représentation d’une transformation inacceptable du pays, la contestation pourrait dépasser de beaucoup le cadre d’une revendication isolée. La réponse du pouvoir aura elle aussi une importance décisive. Une application cohérente de la loi et une explication politique des réformes peuvent renforcer la capacité de gouverner ; une violence disproportionnée ou la tentative de substituer au consensus social un régime d’exception permanent peuvent étendre le conflit. L’instauration d’un tel régime demeure un scénario tributaire des circonstances et des décisions juridiques.

Une victoire de la gauche radicale créerait une autre configuration du risque. Une profonde remise en question de la propriété, de la fiscalité et des institutions peut susciter la résistance des milieux entrepreneuriaux, de la partie conservatrice de la société et de certaines structures de l’État. Toutefois, le projet même d’une VIe République ne signifie pas en soi une prise du pouvoir par la violence : la forme qu’il revendique relève d’une refonte constitutionnelle. Le danger apparaîtrait si la lutte autour de ce processus s’accompagnait d’un refus réciproque de reconnaître la légalité des actions de l’adversaire et d’une fracture de l’appareil d’État.

La conjugaison de la mobilisation de rue et de la confrontation informationnelle mérite une attention particulière. Une comparaison est ici pertinente avec les mécanismes de pression que l’on évoque habituellement à propos des « révolutions de couleur » : la crise politique se développe simultanément dans la rue, dans les médias et au sein des institutions. Mais la similitude des procédés ne prouve pas, à elle seule, l’existence d’un organisateur unique. L’expérience américaine de 2020 montre la complexité de l’articulation entre les mouvements de protestation et la lutte électorale, tandis que la passation du pouvoir présidentiel, telle qu’elle est attestée, s’est effectuée à l’issue des élections : Biden a obtenu 306 voix de grands électeurs, contre 232 pour Trump. Pour l’analyse de la situation française, l’enjeu essentiel est le risque de contestation de la légitimité qui peut accompagner le processus électoral[24].

Je considère comme les signes décisifs d’une évolution dangereuse des événements l’incapacité persistante du gouvernement à mettre ses décisions en œuvre, la perturbation prolongée du fonctionnement des services essentiels, la propagation de la violence politique organisée et la fracture au sein des institutions chargées de la force publique. L’ampleur d’une manifestation donnée ne détermine pas, à elle seule, l’issue d’une crise. Des possibilités subsistent aussi de parvenir à un accord, de changer de cap par les élections ou de construire un compromis politique plus large. L’histoire française laisse place à des ruptures soudaines, mais l’avenir du pays dépendra des décisions concrètes de sa société et de ses dirigeants.

Analogies historiques et appels des militaires français

Pour comprendre la profondeur de la fracture possible, il est utile de se tourner vers la pensée politique des monarchomaques et les guerres de Religion françaises. On appelle monarchomaques les auteurs qui ont justifié la limitation du pouvoir du monarque et le droit de résistance à la tyrannie. Les travaux de François Hotman, de Théodore de Bèze et d’autres penseurs examinaient les conditions dans lesquelles l’obéissance au souverain cesse d’être un devoir et les institutions habilitées à s’opposer à son pouvoir. Il s’agissait d’un débat sur la nature de la légalité dans une société déchirée par les conflits politiques et religieux[25].

Je situe cette analogie sur le plan du rapport au pouvoir. Lorsque les camps rivaux cessent de reconnaître un ordre commun, chacun commence à fonder son bon droit sur un principe supérieur : la religion, le peuple, la révolution, le salut national. Le compromis est alors perçu comme une trahison. La France contemporaine diffère profondément de celle du XVIe siècle, et ses communautés religieuses actuelles ne sauraient être mécaniquement assimilées aux camps militaires d’autrefois. Mais le risque de désagrégation d’une conception commune de la légalité mérite la plus sérieuse attention.

À cet égard, les appels des militaires français de 2021 sont révélateurs. Dans la lettre publiée le 21 avril dans Valeurs actuelles, rédigée à l’initiative de Jean-Pierre Fabre-Bernadac, une vingtaine de généraux et d’autres signataires mettaient en garde contre la désagrégation de l’unité nationale et le danger de guerre civile. Parmi ces généraux, la plupart n’exerçaient plus de fonctions de commandement actif, certains relevant notamment de la deuxième section. Un nouvel appel a suivi en mai, dont les auteurs se présentaient comme des militaires d’active tout en conservant l’anonymat. Ces textes ont fait entrer avec une force particulière le thème de la désagrégation intérieure dans le débat public[26].

J’y vois le signe que l’inquiétude pour l’intégrité de l’État avait également gagné les milieux militaires. Le commandement officiel rejetait cependant la politisation du statut militaire : lors de son audition au Sénat, le 8 juin 2021, le chef d’état-major des armées François Lecointre a évoqué les mesures disciplinaires visant les signataires. L’existence de ces lettres témoigne d’une tension politique, mais ne permet pas d’attribuer aux forces armées un projet commun d’intervention. Le scénario d’une prise du pouvoir par les militaires supposerait des circonstances supplémentaires : une fracture du commandement, la disposition d’une partie des élites à soutenir une telle initiative et l’incapacité des institutions civiles à gérer la crise[27].

L’expérience historique de 1958 appelle elle aussi une comparaison approfondie. Le retour de Charles de Gaulle s’est produit sur fond de guerre d’Algérie, d’insurrection et de pression militaire. Dans le même temps, il a reçu l’investiture parlementaire le 1er juin ; la nouvelle Constitution a ensuite été approuvée par référendum le 28 septembre, puis promulguée le 4 octobre. C’est ainsi que s’est accompli le passage de la Quatrième à la Cinquième République. Cette expérience montre qu’une crise profonde peut conduire à une refonte des institutions par une interaction complexe entre la force, l’accord politique et les procédures constitutionnelles[28].

La rupture française contemporaine, si elle se produit, prendra une forme qui lui sera propre. L’intervention militaire doit être envisagée comme un scénario extrême, supposant une destruction bien plus profonde de l’équilibre politique. La perspective d’une lutte prolongée pour le gouvernement, le budget et la délimitation des pouvoirs présidentiels est bien plus proche des processus observables. C’est précisément dans une telle lutte que pourrait se décider si la Cinquième République conservera sa capacité de renouvellement ou cédera la place à une autre construction institutionnelle.

Le choix géopolitique de la France

La recomposition politique intérieure de la France posera inévitablement la question de la nature de son indépendance sur la scène internationale. La droite nationale et la gauche radicale abordent l’idée de souveraineté à partir de visions du monde différentes. Pour la première, l’État-nation, la sécurité et l’identité historique passent au premier plan ; pour la seconde, ce sont l’affranchissement de toute hégémonie extérieure et la possibilité de mener sa propre politique sociale. Ces courants peuvent converger sur certaines décisions tout en conservant de profonds désaccords sur d’autres questions.

Le 22 mai 2026, Marine Le Pen a réaffirmé son intention de retirer la France du commandement militaire intégré de l’OTAN si elle était élue présidente. Une telle décision aurait une portée propre, même si le pays demeurait membre de l’Alliance. Il existe un précédent historique : en 1966, de Gaulle a retiré la France de la structure militaire intégrée tout en la maintenant dans l’Alliance atlantique ; le retour dans la structure de commandement est intervenu en 2009. Ce qui m’importe ici est la possibilité d’élargir la liberté de décision stratégique de la France[29].

La position actuelle du Rassemblement national à l’égard de la Russie présente toutefois d’importantes contradictions avec le projet eurasiatique. Dans la déclaration conjointe de Le Pen et de Jordan Bardella du 19 septembre 2026, la direction du RN critique vivement les actions des autorités russes et les opérations d’ingérence présumées. Elle laisse en même temps ouverte la possibilité de discuter du volume de l’aide financière à l’Ukraine et des voies diplomatiques d’un règlement. Ce document révèle la logique nationale propre au parti. Je vois une perspective de dialogue avec les souverainistes français, mais sa concrétisation exigera des décisions précises sur les sanctions, l’aide militaire et l’organisation de la sécurité européenne[30].

Chez La France insoumise, la critique de l’atlantisme s’exprime plus directement. Dans la synthèse des propositions relatives au chapitre de politique étrangère publiée sur le site de campagne de Mélenchon, la sortie de l’OTAN, à commencer par son commandement intégré, et l’indépendance à l’égard des États-Unis figurent parmi les dispositions programmatiques déjà existantes. Dans le même temps, LFI préconise un règlement en Ukraine incluant le retrait des troupes russes, tandis que le programme de coalition du Nouveau Front populaire de 2024 prévoyait la livraison des armes nécessaires à l’Ukraine. Une éventuelle politique étrangère de gauche sera donc déterminée par une combinaison contradictoire d’antiatlantisme, d’exigences idéologiques propres et d’engagements envers les partenaires de coalition[31].

Les questions palestinienne et iranienne montrent plus clairement encore pourquoi la géopolitique ne peut se réduire à un simple choix entre la droite et la gauche. Pour moi, la défense de la souveraineté de l’Iran et, conformément à la politique internationale officielle de la Fédération de Russie, du droit du peuple palestinien à disposer d’un État relève des principes d’un monde multipolaire. Les documents de la gauche française prévoient la reconnaissance de la Palestine et des mesures de pression sur le gouvernement israélien ; en mars 2026, LFI s’est opposée à la participation de la France à l’opération militaire américaine en Iran. Il existe ici des points de convergence, sans qu’ils effacent les différences de vision du monde ni qu’ils signifient l’adhésion des partenaires à l’ensemble de ma position politique[32].

La composition idéologique de l’administration américaine influera elle aussi sur les relations avec Paris. Un pouvoir conservateur aux États-Unis, issu du Parti républicain, peut susciter davantage de sympathie culturelle au sein des droites européennes, et un pouvoir progressiste, issu du Parti démocrate, auprès d’une partie des gauches. Cependant, la convergence du langage politique ne fait pas disparaître la question de la subordination de l’allié. Les différends commerciaux, les dépenses de défense et le droit de choisir ses partenaires en toute indépendance conservent leur importance, quelle que soit l’administration. J’estime que la véritable indépendance française doit se mesurer à la capacité de suivre sa propre ligne, y compris lorsque des forces idéologiquement proches sont au pouvoir à Washington.

Il en découle, pour la Russie, la nécessité de distinguer une possibilité politique d’une alliance déjà constituée. Une France souverainiste pourrait contribuer à mettre fin à l’escalade, à rétablir les canaux diplomatiques et à élaborer un accord continental. Mais chacune de ces orientations exigera une entente distincte. La capacité de la France à agir en sujet politique signifie que Paris se guidera sur sa propre conception de la sécurité et de l’intérêt national. Un rapprochement durable est possible si les deux parties reconnaissent cette réalité.

La géopolitique eurasiatique de la Russie vise l’accès aux mers chaudes, en particulier au littoral de l’océan Atlantique ; nous souhaitons cependant atteindre cet objectif non par la conquête de l’Europe occidentale, mais par la coopération stratégique, le partenariat et, idéalement, l’alliance entre l’Union eurasiatique et l’espace des États européens, au moyen de projets d’intégration, d’infrastructure et de logistique, ainsi que par l’élaboration de nouveaux principes régissant le système de sécurité continentale, en tenant compte des intérêts de tous les acteurs géopolitiques dans leurs dimensions spatiales, militaires, nucléaires, économiques, sociales, énergétiques, climatiques, culturelles, axiologiques, spirituelles, migratoires, diplomatiques et civilisationnelles.

La Russie et les autres puissances eurasiatiques seraient vivement intéressées à envisager l’adhésion des pays européens à la Charte eurasiatique en cours d’élaboration[33].

L’avenir européen et les intérêts de la Russie

Je vois la signification commune des transformations allemandes et françaises dans le retour de la question du fondement politique de l’Europe. Ses États sont-ils capables de déterminer en toute indépendance l’orientation de leur développement, de préserver la continuité culturelle et de garantir l’ordre étatique ? Ou chaque nouveau bouleversement renforcera-t-il la dépendance à l’égard d’une puissance extérieure et creusera-t-il l’écart entre la société (la puissance nationale) et les structures de gouvernement (la puissance étatique)? Les réponses apportées à Berlin et à Paris pourront différer, mais leurs conséquences toucheront l’ensemble du continent.

La tendance allemande à un tournant à droite me paraît plus marquée sur le plan électoral. La lutte française recèle un potentiel de conflit plus aigu entre des conceptions incompatibles de la république, de la nation, de la justice sociale, de l’identité et de l’avenir de la France. La carte politique peut toutefois encore se modifier : les droites peuvent étendre leur influence grâce à la reprise de leurs revendications par d’autres partis, les gauches s’unir autour des enjeux sociaux, et les forces centristes retrouver une partie de leurs soutiens. C’est pourquoi je rattache avant tout ma prévision à la direction des transformations structurelles, plutôt qu’à une issue fixée d’avance pour telle ou telle élection.

Du point de vue eurasiatique, la perspective qui me paraît la plus prometteuse est celle d’une indépendance européenne conjuguée au rétablissement de la coopération sur le continent entre l’Europe et la Russie-Eurasie. Cette coopération pourrait comprendre des négociations sur la sécurité, la levée progressive des restrictions réciproques, une coopération industrielle et énergétique, ainsi que le développement des liens avec l’Union économique eurasiatique et les autres puissances eurasiatiques. Un tel processus exigera une réorientation de la volonté politique et le rétablissement de la confiance après une longue confrontation. Sa pérennité dépendra de la capacité à prendre en compte les intérêts de tous les participants.

Pour la stratégie russe, j’estime nécessaire de maintenir un dialogue politique et intellectuel ouvert avec les forces attachées à l’autonomie de l’Europe et à un ordre continental pacifique et, à terme, à une alliance stratégique avec la Russie. Il convient de les juger au contenu de leurs décisions : à leur disposition à discuter de la sécurité, à rétablir les liens économiques et à reconnaître le droit des autres civilisations à suivre leur propre voie. De tels contacts n’exigent pas une unité idéologique complète. Les droites à orientation nationale et les gauches à orientation sociale peuvent y participer pour des raisons différentes, si elles sont capables de dépasser la logique d’une confrontation permanente.

Ma conception de cette coopération associe le traditionalisme à une exigence de responsabilité civilisationnelle. La culture héritée de l’histoire a besoin d’hommes et de femmes confiants dans l’avenir de leurs familles ; la solidarité sociale a besoin d’un sentiment d’appartenance commune. Le monde multipolaire, en tant que Nouvel ordre mondial de sécurité, de prospérité et de paix, ne pourra se construire que dans un accord général sur les principes de la multipolarité.

Je ne lie pas les intérêts de la Russie à la désagrégation de la France ou à la destruction économique de l’Allemagne. Une déstabilisation profonde de ces pays rendrait plus difficile tout accord à long terme et accroîtrait l’imprévisibilité. Nous avons besoin de partenaires européens capables de prendre des décisions et de respecter leurs engagements. C’est pourquoi je place mon espoir dans la transformation de l’Europe en un acteur indépendant du monde multipolaire, ouvert, en principe, à une coopération d’égal à égal avec la Russie et l’ensemble de l’Eurasie. C’est précisément la possibilité d’un tel tournant qui fait de la lutte actuelle pour l’avenir de la France et de l’Allemagne une question d’importance européenne et mondiale.

Viatcheslav Mikhaïlovitch Korchounov

27 octobre 2026.

[1] Korte K.-R. Veränderungen im Parteiensystem // Bundeszentrale für politische Bildung. 01.07.2021. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​bpb.​de/​themen/​politisches-​system/​wahlen-​in-​deutschland/​335669/​veraenderungen-​im-​parteiensystem/

[2] Die Bundeswahlleiterin. Bundestagswahl 2025: Ergebnisse Deutschland. Endgültiges Ergebnis. Seconds votes ; le résultat de la CDU/CSU est calculé à partir du nombre cumulé des voix obtenues par les deux partis. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​bundeswahlleiterin.​de/​bundestagswahlen/​2025/​ergebnisse/​bund-​99.​html

[3] Statistisches Landesamt Sachsen-Anhalt. Landtagswahl 2026: Ergebnisse Land Sachsen-Anhalt. 06.09.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://wahlergebnisse.​sachsen-​anhalt.​de/​wahlen/​lt26/​erg_​land.​html; Landtag Mecklenburg-Vorpommern. Landtagswahl 2026: Endgültiges amtliches Wahlergebnis steht fest. 01.10.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​landtag-​mv.​de/​aktuelles/​artikel/​landtagswahl-​2026-​endgueltiges-​amtliches-​wahlergebnis-​steht-​fest

[4] Landeswahlleitung Berlin. Wahl zum Abgeordnetenhaus von Berlin am 20. September 2026: Ergebnisse. Résultats définitifs du 12.10.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://wahlen-​berlin.​de/​wahlen/​BE2026/​Afspraes/​AGH/​ergebnisse.​html; Forschungsgruppe Wahlen. Politbarometer Oktober II 2026. 23.10.2026. Informations sur les négociations à Berlin. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​forschungsgruppe.​de/​Aktuelles/​Politbarometer/

[5] Thüringer Landtag. FAQ Fraktionsbildung. 11.09.2026. Composition des groupes parlementaires et des forces soutenant le gouvernement après la scission du BSW. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​thueringer-​landtag.​de/​aktuelles/​aktuelles/​faq-​fraktionsbildung/

[6] Landeswahlleitung Rheinland-Pfalz. Endgültiges Ergebnis der Landtagswahl 2026 steht fest. 02.04.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​wahlen.​rlp.​de/​nachrichten/​nachrichtendetailseite/​endgueltiges-​ergebnis-​der-​landtagswahl-​2026-​steht-​fest; Landeswahlleitung Rheinland-Pfalz. Landtagswahl: Ergebnisse. Données comparatives pour 2021 et 2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​wahlen.​rlp.​de/​landtagswahl/​ergebnisse

[7] Forschungsgruppe Wahlen. Politbarometer Oktober II 2026. 23.10.2026. Rubrique « Projektion » ; enquête menée du 20 au 22 octobre auprès de 1 225 personnes. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​forschungsgruppe.​de/​Aktuelles/​Politbarometer/

[8] BSW. Parteiumbenennung mit großer Mehrheit beschlossen. 07.12.2025. Décision entrée en vigueur le 01.10.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://bsw-​vg.​de/​parteiumbenennung-​mit-​grosser-​mehrheit-​beschlossen/; BSW. Unser Land verdient mehr! Wahlprogramm für die Bundestagswahl 2025. P. 2–6. Consulté le 27.10.2026. URL: https://bb.​bsw-​vg.​de/​wp-​content/​uploads/​2025/​09/​BSW-​Wahlprogramm-​2025.​pdf; Die Linke. Wahlprogramm zur Bundestagswahl 2025. Texte intégral du programme. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​die-​linke.​de/​fileadmin/​user_​upload/​Wahlprogramm_​Langfassung_​Linke-​BTW25_​01.​pdf

[9] Landtag von Sachsen-Anhalt. 2. Sitzungsperiode: Friedensgespräche statt Ausweitung des Krieges in der Ukraine. 14.10.2026. Drucksache 9/31; compte rendu de l’examen en séance plénière et de l’adoption de la résolution. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​landtag.​sachsen-​anhalt.​de/​2-​sitzungsperiode-​1

[10] Statistisches Bundesamt. Bruttoinlandsprodukt im Jahr 2025 um 0,2 % gewachsen. Pressemitteilung Nr. 017. 15.01.2026. L’estimation retenue est celle qui était disponible à la date de cette publication. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​destatis.​de/​DE/​Presse/​Pressekonferenzen/​2026/​bip2025/​pm-​bip.​pdf?​_​_​blob=​publicationFile&​v=​3; Deutsche Bundesbank. Erholung der deutschen Wirtschaft vorübergehend unterbrochen. 21.10.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​bundesbank.​de/​de/​aufgaben/​themen/​erholung-​der-​deutschen-​wirtschaft-​voruebergehend-​unterbrochen-​1012556

[11] Nagel J. Structural challenges for the German economy // Deutsche Bundesbank. 08.05.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​bundesbank.​de/​en/​press/​speeches/​structural-​challenges-​for-​the-​german-​economy-​996484

[12] Alternative für Deutschland. Zeit für Deutschland. Programm für die Bundestagswahl 2025. Adopté les 11 et 12 janvier 2025. P. 87, 91–92 ; la pagination indiquée est celle de l’édition imprimée. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​afd.​de/​wp-​content/​uploads/​2025/​02/​AfD_​Bundestagswahlprogramm2025_​druck.​pdf

[13] Ministère de l’Intérieur. Élections législatives 2024: résultats pour la France entière. Nombre d’élus selon les nuances politiques officielles ; la composition des groupes parlementaires constitués ultérieurement peut différer. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​archives-​resultats-​elections.​interieur.​gouv.​fr/​resultats/​legislatives2024/​ensemble_​geographique/​index.​php

[14] INSEE. Dette trimestrielle de Maastricht des administrations publiques — deuxième trimestre 2026. Informations rapides, n° 239. 29.09.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​insee.​fr/​fr/​statistiques/​9053525; INSEE. Comptes nationaux des administrations publiques — premiers résultats — année 2025. Informations rapides, n° 78. 27.03.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​insee.​fr/​fr/​statistiques/​8956575

[15] S&P Global Ratings. France Ratings Lowered To ‘A+/A-1’ From ‘AA-/A-1+’. 17.10.2025. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​spglobal.​com/​ratings/​en/​regulatory/​article/​-​/​view/​sourceId/​101651950; Service Public. Suspension de la réforme des retraites: qui est concerné? 27.02.2026. Présentation des modifications entrant en vigueur le 1er septembre 2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​service-​public.​gouv.​fr/​particuliers/​actualites/​A18825

[16] Eurostat. EU population diversity by citizenship and country of birth. Données au 1er janvier 2025, extraites le 02.02.2026. Catégorie « foreign-born » (personnes nées à l’étranger). Consulté le 27.10.2026. URL: https://ec.​europa.​eu/​eurostat/​statistics-​explained/​index.​php?​title=​EU_​population_​diversity_​by_​citizenship_​and_​country_​of_​birth; INSEE. L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers. 25.06.2026. La catégorie « immigrés » est définie par le lieu de naissance et la nationalité à la naissance. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​insee.​fr/​fr/​statistiques/​3633212

[17] Rassemblement national. Élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet 2024. Programme. P. 6–7, 10–11. Consulté le 27.10.2026. URL: https://rassemblementnational.​fr/​documents/​202406-​programme.​pdf

[18] Groupe Rassemblement national. Contre-budget 2026. Conférence de presse du 23 octobre 2025. P. 3–6. Consulté le 27.10.2026. URL: https://rassemblementnational.​fr/​documents/​GRN-​CONTRE-​BUDGET-​2026.​pdf

[19] Nouveau Front populaire. Contrat de législature. 2024. P. 4, 17. Copie du programme de coalition publiée sur le site officiel de la campagne de J.-L. Mélenchon. Consulté le 27.10.2026. URL: https://melenchon2027.​fr/​wp-​content/​uploads/​2026/​04/​PROGRAMME-​FRONT-​POPULAIRE.​pdf

[20] Place publique. Raphaël Glucksmann remporte la primaire! 11.10.2026. Annonce publiée sur le site officiel du parti. Consulté le 27.10.2026. URL: https://place-​publique.​eu/; La France insoumise. Site officiel : campagne de soutien à Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2027. État au 27.10.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://lafranceinsoumise.​fr/

[21] Ifop-Fiducial pour LCI, Le Figaro et Sud Radio. Baromètre de l’élection présidentielle — vague 7. Notice technique déposée auprès de la Commission des sondages. Octobre 2026. P. 2, 9. Enquête menée du 17 au 19 octobre auprès de 1 928 personnes inscrites sur les listes électorales ; hypothèse d’une candidature simultanée d’É. Philippe et de G. Attal. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​commission-​des-​sondages.​fr/​notices/​medias/​fichiers/​add/​2343

[22] Buffet F.-N. Émeutes de juin 2023: comprendre, évaluer, réagir. Rapport d’information n° 521 (2023–2024) // Sénat. 09.04.2024. Section présentant les principaux résultats et les données statistiques. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​senat.​fr/​rap/​r23-​521/​r23-​5218.​html

[23] Ministère de l’Intérieur. Bilan de la journée de mobilisation nationale du 24 octobre 2026. 25.10.2026. Estimation du ministère et données provisoires sur les interpellations. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​interieur.​gouv.​fr/​actualites/​communiques-​de-​presse/​bilan-​de-​journee-​de-​mobilisation-​nationale-​du-​24-​octobre-​2026

[24] National Archives and Records Administration. 2020 Electoral College Results. Résultats officiels du vote du collège électoral des États-Unis. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​archives.​gov/​electoral-​college/​2020

[25] Musée protestant. Les théories protestantes sur le pouvoir royal au XVIe siècle. Section consacrée aux monarchomaques et au droit de résistance. Consulté le 27.10.2026. URL: https://museeprotestant.​org/​notice/​le-​pouvoir-​royal/

[26] Fabre-Bernadac J.-P. et al. ‘Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants’: 20 généraux appellent Macron à défendre le patriotisme // Valeurs actuelles. 21.04.2021. Publication originale de la tribune. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​valeursactuelles.​com/​politique/​pour-​un-​retour-​de-​lhonneur-​de-​nos-​gouvernants-​20-​generaux-​appellent-​macron-​a-​defendre-​le-​patriotisme; [Exclusif] Signez la nouvelle tribune des militaires // Valeurs actuelles. Page datée du 11.05.2021, mise à jour le 20.05.2021. Tribune anonyme dont les auteurs se présentent comme des militaires d’active. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​valeursactuelles.​com/​societe/​exclusif-​signez-​la-​nouvelle-​tribune-​des-​militaires

[27] Sénat. Actualisation de la loi de programmation militaire 2019–2025. Rapport d’information n° 697 (2020–2021), 16.06.2021. Audition du général François Lecointre, 8 juin 2021. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​senat.​fr/​rap/​r20-​697/​r20-​69710.​html

[28] Assemblée nationale. 1er juin 1958: Déclaration d’investiture du général de Gaulle. Dossier historique et chronologie du passage à la Ve République. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www2.​assemblee-​nationale.​fr/​15/​evenements/​2018/​1er-​juin-​1958-​declaration-​d-​investiture-​du-​general-​de-​gaulle

[29] Reuters. Le Pen says France should quit NATO command structure. 22.05.2026. Déclaration faite lors d’un entretien accordé à BFMTV. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​reuters.​com/​world/​europe/​le-​pen-​says-​france-​should-​quit-​nato-​command-​structure-​2026-​05-​22/; NATO. France and NATO. Rappel historique : les décisions de 1966 et de 2009. Consulté le 27.10.2026. URL: https://www.​nato.​int/​en/​about-​us/​nato-​history/​history-​by-​theme/​my-​country-​and-​nato/​france-​and-​nato

[30] Le Pen M., Bardella J. Communiqué sur la détérioration de la situation sécuritaire en Europe et les actions hybrides russes // Rassemblement national. 19.09.2026. Les appréciations portées sur les actions de la Russie sont rapportées en tant que position des auteurs du communiqué. Consulté le 27.10.2026. URL: https://rassemblementnational.​fr/​communiques/​communique_​rn

[31] Mélenchon 2027. Chapitre 16: une diplomatie altermondialiste pour la paix. Synthèse des contributions. Rubrique « C’est déjà dans le programme » ; état au 27.10.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://melenchon2027.​fr/​programme/​synthese-​des-​contributions/​chapitre-​16-​une-​diplomatie-​altermondialiste-​pour-​la-​paix-​2/; Nouveau Front populaire. Contrat de législature. 2024. Section consacrée à l’Ukraine et à la politique internationale. Consulté le 27.10.2026. URL: https://melenchon2027.​fr/​wp-​content/​uploads/​2026/​04/​PROGRAMME-​FRONT-​POPULAIRE.​pdf

[32] Nouveau Front populaire. Contrat de législature. 2024. Section consacrée à la Palestine. Consulté le 27.10.2026. URL: https://melenchon2027.​fr/​wp-​content/​uploads/​2026/​04/​PROGRAMME-​FRONT-​POPULAIRE.​pdf; La France insoumise. La France ne peut pas faire partie de l’offensive étasunienne en Iran contraire au droit international. 05.03.2026. Consulté le 27.10.2026. URL: https://lafranceinsoumise.​fr/​2026/​03/​05/​la-​france-​ne-​peut-​pas-​faire-​partie-​de-​loffensive-​etasunienne-​en-​iran-​contraire-​au-​droit-​international/

[33] Déclaration conjointe « Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle : ouverture des négociations » // Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie : site officiel. 25.09.2026. URL: https://mid.ru/ru/foreign_policy/news/2148634/. consulté le 27.10.2026.

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