Les jeunes Européens sont de plus en plus attirés par les mouvements de droite nationale

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Extraits du site Atlantico.

Atlantico : Une enquête menée en Europe, par une professeure adjointe d’anthropologie à l’Université de Montréal, auprès de jeunes rencontrés en Italie, en Pologne ou en Hongrie permet de mieux cerner les motivations derrière leur choix de rejoindre et de s’engager dans des mouvements d’extrême droite. Pourquoi les mouvements d’extrême droite attirent-ils les jeunes Européens, selon vos propres travaux et au regard de cette étude ?

Jean-Yves Camus : L’enquête d’Agnieszka Pasieka confirme ce que j’ai constaté dans mon travail de terrain : la recherche d’une communauté vivante, vécue, soudée, servant parfois de famille de substitution, est une des explications majeures à l’engagement dans la droite radicale chez les jeunes, mais parfois toute une vie d’adulte durant. Ces communautés sont une sorte de reviviscence de nos clans anciens, de nos communautés villageoises soudées pour affronter la dureté des temps anciens, du compagnonnage. De tout ce qui a été atomisé par l’hégémonie du profit et de l’individualisme et qui était à la base des sociétés européennes depuis les temps antiques. Il est d’ailleurs remarquable que, le jour même où je réponds à vos questions, parait sur un site internet nationaliste-révolutionnaire français (VoxNR) un texte de l’américain Robert Rundo, fondateur des Active Club, qui, ayant vécu 7 ans en Europe, souligne la différence que représente l’existence, dans le milieu ultra européen, de communautés physiques, dotées d’une vie de groupe, de locaux, de bulletins, d’événements rituels, alors que l’ultra-droite américaine s’exprime majoritairement sur les réseaux sociaux, dans la confrontation verbale avec ses adversaires, mais avec des militants qui, internet une fois coupé, redeviennent des « angry Americans » qui se fondent dans la masse d’un « peuple MAGA » ne s’exprimant guère que par le bulletin de vote.

Il faut plonger dans l’histoire européenne : les Arditi de d’Annunzio, les faisceaux mussoliniens, et avant eux le Jugendbewegung (mouvement de jeunesse) allemand incarné notamment par le Wandervogel, sont des communautés, dans ce dernier cas, de formation et de vie. Toute la Révolution Conservatrice allemande est faite de communautés dont certaines subsistent et dont le nom même (par ex: Freibund) disent l’objectif d’être une « union »librement consentie et gérée. La Garde de Fer roumaine des années 30, une fraction du phalangisme espagnol, le Francisme de Bucard, dont les militants se retrouvaient dans des maisons du mouvement et qui, pour les Roumains, étaient organisés en « nids » (cuib), atteignaient même une dimension mystique et, on ne soulignera jamais assez, antibourgeoise.

Dans les organisations de jeunesse aujourd’hui, on retrouve ce désir de faire  communauté face à un environnement hostile, selon le modèle de contre-culture élaboré pendant les années 70 par la droite radicale italienne avec son imaginaire (Tolkien), sa musique, ses films (paradoxalement, ceux de Pasolini), ses rituels comme celui de crier ensemble « Présent! » à l’énumération des camarades disparus.

Tout cet univers mental peut difficilement exister dans les partis nationaux-populistes qui privilégient la conquête du pouvoir dans le cadre électoral. D’où une multiplication des petites structures radicales à implantation très locale.

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A l’extrême-gauche, l’univers mental est différent. Tout militantisme est tendu vers un but unique : faire la révolution et en être acteur en « allant vers le peuple ». Pour réussir cet objectif, l’extrême-gauche (hormis les anarchistes) veut se structurer en organisations militantes verticalement organisées au service desquelles l’individu perd son autonomie où l’imaginaire, et dans certains cas le loisir même, est une perte de temps qui éloigne du but révolutionnaire. On va à la rencontre des » masses », pour se perdre en elles, voire pour se purger de la tare originelle de n’être ni un prolétaire, ni un « racisé ». Par ailleurs si on regarde bien, toute l’extrême-gauche puisant à la théorie marxiste, elle est beaucoup moins hétérogène, malgré la multiplicité de ses chapelles, que l’ultra-droite.

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L’ultra-droite répond avant tout, pour les jeunes, à une rébellion antimatérialiste et anti-utilitariste, un refus de la marchandisation de l’univers. Il ne faut pas occulter le fait que, racialiste ou ethno-différentialiste, elle exprime aussi l’angoisse face à la société multiculturelle, perçue comme destructrice des repères civilisationnels et, chez beaucoup, religieux. Un constat intéressant : la multiplication, en France en tout cas, des mouvements locaux qui se réfèrent à une identité régionale ou locale que les militants estiment avoir été écrasée par l’Etat centralisateur.

Beaucoup de membres de ces mouvements ne sont pas inscrits dans cette identité locale depuis des générations mais en s’y rattachant, ils expriment un besoin de stabiliser leur être, de se trouver des racines. Toute la mouvance identitaire au sens large est structurée ainsi, sur le sentiment d’appartenance à un terroir, puis à la nation française et enfin à un socle de valeurs européennes définies par les gênes et la culture.

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