Depuis des mois je lis et j’entends que Bardella était un meilleur candidat que Marine Le Pen, sondages à l’appui. Ceci ne m’a jamais convaincu. Je me souviens qu’en 2012 à la même période, un sondage donnait MLP en tête au 1er tour, et j’entendais autour de moi beaucoup de gens dire « MLP c’est pas son père je vais voter pour elle » : les mêmes gens finissaient par voter Sarkozy, et le FN finit troisième.
Comme Marine en ce temps-là, Bardella bénéficie d’un état de grâce car il n’est pas le patron : ce n’est pas lui qui fait office de paratonnerre depuis des années. S’il avait été candidat il en eût été autrement : on aurait pointé ses faiblesses, on lui aurait rappelé sans cesse à lui aussi les condamnations de MLP et du parti, sans compter la sienne qui pourrait advenir.
Une présidentielle n’est pas une élection européenne, vote défouloir sans conséquence : elle comporte de véritables enjeux et une victoire RN représente un réel danger pour ceux qui se partagent le gâteau depuis 50 ans. Ils seront prêts à tout pour conserver leurs prébendes, et les affronter nécessite une véritable épaisseur que ne peut avoir, quelles que soient ses qualités, une jeune homme de 30 ans sans enfant qui ne connaît pas grand chose de la vie ni de ses épreuves et dont la principale qualité pour l’instant est d’être bon à la TV. Ça n’était pas sérieux.
Du pur point de vue électoral je pense que Marine était la meilleure candidate. Et pour la même raison si j’étais Reconquête soutiendrais Zemmour et pas Knafo.
Je lis beaucoup de commentaires désabusés sur sa ligne, laissant entendre que Bardella était plus identitaire et droitier. À titre personnel je suis bien en peine de savoir ce que pense Bardella au fond de lui. Mais candidat ou pas, il aurait eu de toute façon à composer avec les marinistes et n’aurait pas « tué la mère ». Rappelons que sa numéro 2 aux dernières élections était la patriote algérienne Malika Sorel… Tout au plus le côté jet-set qu’on lui prête aurait attiré quelques réseaux sarkozystes ce qui aurait plus été une entrave sur le long terme qu’un gage de liberté personnelle. Quiconque veut arrêter réellement l’immigration en France devra savoir -une fois au pouvoir- mettre au pas cette droite d’argent. Je comprends qu’il faille lui parler pour gagner, mais je sens chez Bardella un désir secret de lui ressembler et d’en faire partie.
MLP a le problème inverse : elle méprise la droite tout court, semblant mettre dans le même sac les conservateurs, les libéraux, les gros chefs d’entreprises et les affairistes purs. C’est une républicaine assimilationiste pure, elle s’entoure de gens néfastes et elle n’aime pas les identitaires ni, en général, tous ceux qui ne lui obéissent pas à l’œil et au doigt. Mais au moins on sait à quoi s’attendre sur sa ligne, la réalité de son courage, sa combativité etc. Son populisme est agaçant car il n’est pas sous-tendu par une pensée lucide sur la situation des finances et de l’immigration, mais il est l’un des ferments pour gagner, car elle a tissé un lien avec les Français que Bardella n’aura sans doute jamais pour des raisons de tempérament.
Ceux qui la traitent d’incapable et d’éternelle perdante oublient qu’on a fait ce procès à Chirac et Mitterrand.
Gagner une présidentielle nécessite bien plus que le sens du marketing : il faut de l’endurance, de l’épaisseur, de la santé, des nerfs solides. Pour ces raisons j’estime évident qu’elle était la mieux à même de faire campagne, et, en cas de victoire, la seule à avoir les épaules pour assumer le pouvoir, batailler avec certains lobbies etc. Quant à avoir la volonté et les capacités de restaurer la famille trad, de libérer l’économie, de redresser les finances publiques, de mener une politique civilisationnelle et d’arrêter vraiment l’immigration, c’est une toute autre question, dont certaines problématiques (natalité, enracinement, activisme politique, éveil des masses populaires) dépendent beaucoup plus de vous que des élections.
Jean-Eudes Gannat
