Dans les années 1970-80, une frange de la droite radicale française et italienne développe une idéologie originale : le « traditionalisme-révolutionnaire ». Son organe principal en France : la revue Totalité, fondée en 1977.
Cette mouvance se distingue du néofascisme légaliste (le MSI en Italie). Elle puise chez Julius Evola, Jean Thiriart et d’autres références doctrinales pour forger une synthèse entre tradition, révolution et… tiers-mondisme.
Figure centrale : l’Italien Claudio Mutti, intellectuel polyglotte (français, anglais, allemand, latin, grec, roumain, hongrois, arabe coranique). Dès 1978, il se convertit à l’islam. Il voit dans l’islam non pas une religion parmi d’autres, mais la tradition « complète ».
Pour Mutti, l’islam conserve ce que l’Occident a perdu : la coexistence de l’exotérique (zâhir) et de l’ésotérique (bâtin), le refus de toute séparation entre le spirituel et le temporel — une tradition « complète et non amputée ».
Premier article de Mutti dans Totalité : il porte sur Frédéric II Hohenstaufen (1194-1250), figure tutélaire des islamo-philes et des « païens » évoliens à la fois — un pont rhétorique entre droite radicale et monde musulman.
Le numéro le plus important de Totalité : un « numéro spécial sur l’Islam et l’Europe », paru quelques mois après la révolution islamique iranienne de 1979. Cas quasi unique dans la presse française : un soutien total au nouvel Iran.
Ce numéro traduit un essai de Antonio Medrano, la conférence dont il est tiré : prononcée « en hommage au Hajj Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem ».
L’association Europa-Islam, fondée par Mutti, diffuse une affiche en Italie (fév.-mars 1979) proclamant la solidarité des « avant-gardes de la libération européenne » avec le peuple iranien, appelant à « combattre en Europe cet ennemi que l’Islam a vaincu à Téhéran ».
Côté français, un collaborateur de Totalité exalte la « radicalité antisioniste des nouveaux dirigeants iraniens ». L’article de Mutti développe l’idée que l’Europe devra trouver sa force dans la solidarité avec l’islam — sans appui occidental, mais aussi sans sectarisme.
La logique géopolitique est cohérente : Mutti comme Thiriart voient dans les mouvements de libération du tiers-monde — palestiniens, iraniens, africains — les alliés naturels d’une Europe refusant l’impérialisme américano-sioniste . C’est la « Quadricontinentale ».
