Un engagement existentiel dans le  national-bolchevisme

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Être national-bolchevique, c’est mettre toute son existence en jeu pour une ligne de conduite inflexible — pas d’excuses, pas de demi-mesures, pas de repli sécurisant vers le confort ou l’ironie. C’est un pari total : fusionner votre soif personnelle, votre rage, votre corps avec la pulsion brute de briser le système en décomposition et de reconstruire une nation sur l’acier bolchevique. Le libéralisme se propage comme la pourriture, dissolvant les frontières, les identités, les volontés en une bouillie consumériste. La réponse est un engagement sans réserve — tout risquer, verser son sang si nécessaire, car ce n’est qu’à travers ce bord que le sens revient. On ne philosophe pas à ce sujet ; vous le vivez comme la silhouette sculptée d’un homme qui refuse de disparaître.

Je le dit sans détour, dans Anatomie d’un héros (1998) : « … le “héros” — désespéré, beau comme une orchidée dans la neige. Super-étrange et super-terrifiant. Je suis sculpté au couteau, strictement défini, je suis prévisible. Mes lignes sont claires, mes principes sont fermes… »

Telle est la forme : pas de flou, pas de dérive. Une définition stricte, des principes fermes. Le Héros fusionne la vie intime avec l’action politique et militaire en un tout indivisible.  J’ai compris que pour créer un livre complet, je devais mélanger les trois ensemble… la vie intime… la vie politique et militaire… celle du parti et du journal… Ce que j’ai fini par faire. Plus tard, le livre lui-même s’est intitulé « Anatomie d’un héros ».

Aucune séparation. La même fusion définit le  national-bolchevisme : national dans sa fureur enracinée pour la terre, le peuple, l’empire perdu ; bolchevique dans sa méthode froide et impitoyable pour s’emparer et refaire.  J’ai vu la chute de l’Union soviétique non pas comme une défaite au combat, mais comme un effondrement interne : « L’Union soviétique n’a pas été vaincue. Elle n’a pas été écrasée par la guerre… Pas un seul soldat de l’OTAN n’est entré à Moscou, et pourtant le pays a disparu. Telle est la véritable tragédie.»

S’engager existentiellement, c’est rejeter cet acte de disparition. Devenir l’arme qui récupère ce qui a été arraché. Fixer le vide qu’offre le monde moderne et y répondre par l’action — combats de rue, discipline inébranlable, volonté de brûler. Pas de poésie sans le couteau, pas de renaissance sans risque. Ce n’est pas romantique ; c’est nécessaire. Rien de moins. Rien de plus.

En observant nos organisations régionales du NBP, nous pouvons constater avec une grande satisfaction qu’elles sont dirigées par des journalistes de province, des poètes, des rockeurs, des punks, des étudiants à demi-instruits. Il y a aussi quelques ouvriers, ce sont des types formidables, mais ce sont des travailleurs temporaires, accidentels (et qui sont déjà devenus des révolutionnaires professionnels) ; or, ils sont les moutons noirs de leur classe et, en tant qu’exception, ne font que confirmer la règle générale. C’est pourquoi le NBP ne s’implique pas auprès des masses, n’essaie pas de transformer les travailleurs en zombies (nous ne pouvons rivaliser avec la capacité des empires télévisuels à faire de la propagande et à abrutir les gens). Cependant, le NBP mène une propagande sélective, identifiant et organisant la minorité active – les marginaux. […]

Les classes révolutionnaires n’existent pas du tout. Un caractère révolutionnaire, c’est tout ou rien. Ainsi, le type d’individu le plus révolutionnaire est le marginal : une personne étrange, désorganisée, vivant en marge de la société, un pervers talentueux, un fanatique, un psychopathe, un malchanceux. Il ne faut pas croire qu’ils sont trop peu nombreux pour former un parti révolutionnaire. Il y a des centaines de milliers de marginaux, voire des millions. C’est tout un groupe social. Une partie des marginaux remplit les rangs du monde criminel. Les meilleurs doivent être avec nous.

— Eduard Limonov, L’Autre Russie (2003) – Conférence 8 : « Les marginaux : une minorité active »

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