La différence entre la scène nationaliste américaine et la contre-culture nationaliste européenne

robert rundo rise above movement

Quelques observations personnelles des deux côtés de l’Atlantique

Je rédige cet article à partir de mon expérience personnelle, et non d’une théorie.

J’ai vécu en Europe pendant sept ans, et dans chaque pays où je me suis rendu, j’ai été en contact avec les nationalistes locaux. Au cours de cette période, j’ai dormi sur des canapés, je me suis entraîné dans des salles de sport privées, j’ai fréquenté des bars « fascistes » et j’ai évolué dans des réseaux qui existaient bien avant les réseaux sociaux et qui survivraient sans eux. Ce n’était pas une question de chance, mais d’infrastructure.

Ce qui m’a le plus frappé, ce n’était pas l’idéologie, mais la contre-culture.

La scène nationaliste européenne n’est pas née des podcasts ou des fils d’actualité. Elle n’est pas issue de vidéos virales ou d’indignation algorithmique.

Elle est née dans les tribunes de football, les pubs, les salles de sport et les soirées de combat. Elle est née dans des lieux où les gens se rassemblaient déjà, se testaient déjà, vivaient déjà une vie sociale ensemble. La politique est venue plus tard, presque comme un sous-produit. J’ai pu le constater de mes propres yeux en 2017 lors d’un événement privé de boxe  en Allemagne organisé par le KDN. Environ deux mille nationalistes de toute l’Europe étaient présents. L’événement était organisé, discipliné et, surtout, normal.

Il y avait des combats, des groupes de musique, des stands, des familles. Des épouses et des petites amies. Des enfants qui couraient partout. Des gens qui riaient. Des gens qui planifiaient déjà le prochain événement avant même que la soirée ne se termine.

C’est ainsi que les scènes réelles se développent. Non pas parce qu’elles sont choquantes, mais parce qu’elles valent la peine d’y revenir.

Comparez cela à ce que j’observais se dérouler aux États-Unis au même moment.

Alors que l’Europe construisait tranquillement des écosystèmes sociaux, la droite américaine cherchait à faire les gros titres. Richard Spencer faisait des tournées dans les universités, organisait des manifestations dans des villes hostiles à la gauche. Des confrontations théâtrales destinées à « dominer » les adversaires plutôt qu’à construire quelque chose de durable. Les partisans qui se présentaient en payaient souvent le prix : humiliation publique, violence, peine de prison, tandis que les personnalités qui les avaient envoyés là-bas rentraient chez elles, en parlaient dans des podcasts et passaient à autre chose.

Cette tactique n’a pas renforcé le mouvement. Elle a appris aux gens à associer la participation à la punition.

Et les gens apprennent vite.

Le problème central de la scène nationaliste américaine n’est pas le manque de talent. C’est le manque de contre-culture.

Il y a beaucoup de mèmes techniques, de montages, d’ironie, d’humour. Les Américains sont doués pour la guerre en ligne. Ils comprennent l’image de marque, le récit et comment se moquer de la gauche de manière à ce que cela se propage. Mais ce qui manque, c’est tout ce qui se passe après que l’écran s’éteigne.

Pas d’esthétique commune.

Pas de vie sociale commune.

Pas de rituels communs qui n’impliquent pas l’indignation en ligne.

Au lieu de cela, la scène se fragmente en camps gravitant autour de personnalités médiatiques aux opinions tranchées et aux liens faibles avec le monde réel. La contribution devient performative. La structure incitative récompense ceux qui sont les plus extrêmes, les plus choquants, les plus connectés en permanence. La vulgarité est confondue avec le courage. L’aliénation est confondue avec le radicalisme.

Le résultat n’est pas une rébellion. C’est un comportement antisocial déguisé en politique.

L’Europe a emprunté une voie différente.

Ses mouvements ne se sont pas formés en ligne pour se répandre dans la vie réelle. Ils se sont formés dans la vie réelle et ont ensuite appris à utiliser Internet. Cette distinction est importante. Elle produit des hiérarchies naturelles, une véritable camaraderie et une responsabilité que l’on ne peut simuler à travers le nombre d’abonnés ou les chats en direct.

On ne peut pas construire une fraternité dans les sections de commentaires.

Pourquoi les groupes du monde réel durent-ils ?

Il y a une raison pour laquelle les Active clubs et autres organisations ont survécu à des dizaines d’autres qui ont connu un succès fulgurant avant de disparaître. Ce n’était pas le message. Ce n’était pas l’image de marque. C’était l’activité.

Les groupes qui s’entraînaient ensemble, se rencontraient en personne, prenaient des risques ensemble et apprenaient à fonctionner dans le monde réel ont créé des liens qui ont survécu aux cycles médiatiques et aux drames internes. Une fois que les gens ont acquis des compétences, qu’ils ont appris à s’organiser, à gérer la pression et à fonctionner socialement, ils cessent de dépendre des commentaires incessants qui leur disent à quel point tout est condamné.

Et cela crée des tensions. Car un mouvement fondé sur la consommation passive n’apprécie pas que les gens cessent de consommer.

Ce n’est pas une coïncidence si de nombreux influnceurs américains se méfient discrètement de l’activisme dans le monde réel, comme les Active clubs ou le Patriot Front. Une fois que les gens commencent à agir, à s’entraîner, à construire et à vivre pleinement leur vie, ils s’intéressent moins aux contenus désespérés et sans fin sur des choses qu’ils ne peuvent pas contrôler. Ils n’ont pas besoin d’être divertis pour s’indigner. Ils appartiennent déjà à quelque chose.

Leçons que les deux camps peuvent tirer :

L’Europe n’est pas parfaite. Elle peut être insulaire. Elle peut évoluer lentement.

Elle sous-estime parfois la puissance réelle de la culture en ligne. L’Amérique excelle dans ce domaine. L’humour est important. L’esthétique est importante. Il est important de savoir parler le langage du moment. Mais sans base sociale, tout cela s’envole.

L’Amérique doit moins se focaliser sur le spectacle et accorder plus d’attention à la construction d’environnements où les gens ont réellement envie de vivre. Des endroits où les familles sont les bienvenues. Où la hiérarchie se mérite, ne se revendique pas. Où la culture passe avant les commentaires.

L’Europe, quant à elle, ferait bien d’étudier la manière dont les Américains communiquent : comment ils présentent leurs idées, comment ils cassent les récits, comment ils utilisent l’humour sans sombrer dans le nihilisme.

Une scène survit lorsqu’elle ressemble à une vie, et non à une performance.

Et la différence entre un mouvement qui dure et un mouvement qui se cannibalise est simple : l’un construit une culture dans laquelle les gens s’épanouissent. L’autre construit un flux dont les gens finissent par se déconnecter.

Robert Rundo

Robert Rundo est le fondateur des Active Clubs. Son témoignage est intéressant, même si nous ne partageons pas tous ses choix idéologiques et géostratégiques.

 

Retour en haut