Leur contrat social, fondé sur la croissance économique, la sécurité et le fait de ne pas s’immiscer, pour l’essentiel, dans la vie privée des citoyens, a été fortement remis en cause par le conflit en cours ; cependant, les tentatives étrangères visant à influencer les électeurs pour infliger une défaite au parti au pouvoir les ont au contraire incités à se rallier à lui avec détermination.
Le parti au pouvoir, Russie unie, a remporté les dernières élections à la Douma, les premières depuis le début de la phase à grande échelle du conflit ukrainien il y a près de cinq ans, malgré les tentatives étrangères visant à influencer les électeurs pour lui infliger une défaite. Sa part du vote populaire s’est élevée cette année à environ 58 %, contre 49,82 % en 2021, tandis que le taux de participation était d’environ 59 %, contre 51,72 % lors du scrutin précédent. Ces résultats montrent que les électeurs se sont ralliés à « Russie unie », sans doute en signe de défi face aux pressions étrangères, ce qui nécessite une explication compte tenu du contexte.
Le contrat social de « Russie unie » consistait à garantir la croissance économique et la sécurité, tout en restant, dans la mesure du possible, en dehors de la vie privée des citoyens si le parti restait au pouvoir. Cependant, depuis que la guerre par procuration entre l’OTAN et la Russie en Ukraine est entrée dans sa phase la plus intense début 2022, l’économie s’est détériorée, les régions frontalières (en particulier celles qui ont été réunifiées avec la Russie) sont beaucoup moins sûres, et les restrictions sur Internet ont causé des désagréments à certains Russes. Ces tendances n’auguraient rien de bon pour « Russie unie » à l’approche du scrutin.
L’opération d’influence menée par Zelensky pendant 40 jours cet été, soutenue par les États-Unis et curieusement aussi par la France, ne visait pas seulement à contraindre Poutine à un cessez-le-feu. Son double objectif implicite était d’exacerber les tendances susmentionnées afin d’inciter les électeurs soit à boycotter les élections, soit à voter pour n’importe quel parti autre que Russie unie, en signe de protestation, car on s’attendait à ce qu’ils tiennent ce parti pour responsable de leurs malheurs. L’Ukraine et l’Occident espéraient que cela exercerait alors une pression supplémentaire sur Poutine pour qu’il cède.
Au lieu de cela, cela s’est retourné de manière spectaculaire contre eux en incitant Poutine à procéder à une « escalade modérée pour désescalader », pour le plus grand plaisir de la plupart des Russes, qui souhaitaient qu’il le fasse depuis un certain temps déjà et commençaient à s’inquiéter qu’il ne l’ait pas encore fait. Cela s’est traduit par son autorisation de frappes systématiques contre les stations-service, les ports et désormais également les locomotives ukrainiennes, en complément des frappes existantes contre ses centrales électriques, cette campagne ayant pour effet combiné d’augmenter les chances d’une victoire russe décisive d’ici au printemps prochain.
De plus, bon nombre de ces Russes qui ont connu des difficultés en raison de la campagne d’influence menée par Zelensky avec le soutien de l’Occident au cours de l’été en ont imputé la responsabilité à cette dernière, et non à Russie Unie. Cela explique davantage pourquoi la part des suffrages exprimés en faveur du parti a atteint son plus haut niveau depuis 2007 (64,30 %) et pourquoi le taux de participation a atteint son plus haut niveau depuis 2011 (60,10 %). L’Ukraine et l’Occident s’attendaient à ce que sa campagne oblige « Russie unie » à former une coalition et/ou à ce que le taux de participation s’effondre, afin de discréditer sa victoire.
Soyons clairs : ceux qui n’ont pas voté pour « Russie unie » ne sont ni des « traîtres » ni des « idiots utiles » des adversaires de la Russie, puisque personne ne remet en cause le patriotisme des partis ayant participé au scrutin. La grande majorité d’entre eux souhaitaient probablement simplement indiquer l’orientation générale qu’ils souhaitent voir adopter par le gouvernement.
Par exemple, les partisans du Parti communiste souhaitent sans doute davantage de réformes socio-économiques, tandis que ceux du Parti libéral-démocrate souhaitent sans doute davantage de réformes nationalistes.
Dans l’ensemble, les dernières élections à la Douma en Russie ont montré que la plupart des Russes font confiance à Poutine pour poursuivre la voie qu’il a tracée, malgré les événements de ces cinq dernières années qui ont entravé la capacité de « Russie unie » à mettre en œuvre son contrat social. Les tentatives étrangères visant à influencer les électeurs pour leur infliger une défaite se sont également retournées contre leurs auteurs, en incitant nombre d’entre eux à se rallier au parti avec défiance. Tout aussi important, la Russie a prouvé que des élections pouvaient se tenir en temps de guerre ; l’Ukraine n’a donc aucune excuse pour continuer à reporter les siennes sous ce prétexte.
22 septembre
