Corps des volontaires russes contre Bataillon Maksym Kryvonis : libérateurs ou traîtres ?

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Derrière les lignes, leur combat remet en question ceux que nous qualifions de héros et ceux que nous condamnons comme traîtres.

Alors que la guerre fait rage dans l’est de l’Ukraine, deux groupes armés, le Corps des volontaires russes (RDK) et le Bataillon Maksym Kryvonis (BMK), s’affrontent.

Tous deux sont composés d’individus qui ont pris les armes contre leur propre gouvernement pour se ranger aux côtés d’anciens ennemis.

Leurs motivations sont profondément ancrées dans des fractures personnelles et politiques. Et leurs histoires révèlent l’anatomie de tragédies individuelles au milieu du chaos de la guerre.

Dans leur pays d’origine, ils sont qualifiés de traîtres : accusés de trahison, méprisés par le public et diabolisés par les médias d’État. Mais qui sont-ils vraiment : des combattants de la liberté ou des transfuges ?

Pour répondre à cette question, il faut examiner avec lucidité les choix douloureux qui les ont conduits au front et analyser sans filtre la manière dont ces combattants sont utilisés et perçus par leurs nouveaux alliés.

Qui sont les volontaires russes ?

Le Corps des volontaires russes, formé en août 2022, est composé principalement d’émigrés russes opposés au régime de Vladimir Poutine.

Son chef, Denis Kapustin, connu sous le nom de code « WhiteRex », est connu pour ses opinions d’extrême droite. Le RDK se présente comme une force paramilitaire anti-Kremlin visant à renverser Poutine.

Cependant, ses activités sont restées largement localisées. Le groupe a mené des raids de sabotage transfrontaliers dans des régions russes telles que Belgorod et Briansk, souvent avec des résultats mitigés.

Un raid très médiatisé en juin 2023 a brièvement permis de s’emparer du village russe de Novaya Tavolzhanka et de faire prisonniers des soldats russes. Mais plutôt qu’une opération militaire significative, ce raid a été largement considéré comme un spectacle médiatique visant à attirer l’attention tant en Russie qu’en Ukraine.

En Russie, le RDK est souvent comparé aux forces collaborationnistes de la Seconde Guerre mondiale, telles que l’Armée russe de libération de Vlassov, une comparaison qui souligne à la fois son aliénation par rapport à la société russe dominante et son manque de légitimité populaire.

BMK : trahison ou patriotisme ?

Le Bataillon Maksym Kryvonis, formé à l’été 2023, est composé d’anciens soldats ukrainiens qui combattent désormais pour la Russie.

Le groupe tire son nom d’un commandant cosaque du XVIIe siècle qui s’était rallié au tsarisme russe, un geste symbolique qui lie l’unité à une vision de l’unité ukraino-russe.

Le BMK se présente comme cherchant à « libérer » l’Ukraine du gouvernement du président Volodymyr Zelensky, qu’il accuse d’avoir trahi le peuple ukrainien.

Selon ses publications sur Telegram, le BMK est actif au front, en particulier près de Pokrovsk. Il affirme avoir détruit des véhicules blindés, des postes de contrôle de drones et même tué des volontaires étrangers, dont un combattant colombien en janvier 2025.

Selon des informations provenant de sources ouvertes, le BMK mène des missions plus variées que le RDK, notamment l’évacuation de soldats russes blessés du front et le sauvetage de civils dans les zones de combat.

Confiance et méfiance entre deux camps opposés

Malgré leur objectif commun de renverser leurs régimes respectifs, ces groupes sont perçus de manière très différente par les pays qu’ils servent aujourd’hui.

Le RDK, bien qu’idéologiquement opposé à Poutine, est entaché par ses prises de position politiques radicales. Les autorités ukrainiennes, méfiantes à l’égard de ses racines d’extrême droite et de l’indépendance opérationnelle du groupe, le tiennent à distance.

Par conséquent, bien qu’il soit subordonné à la Direction principale du renseignement ukrainien, le corps n’est pas intégré dans la structure de combat des forces armées ukrainiennes, ce qui limite sa participation aux opérations militaires à grande échelle.

De plus, l’insistance de ses dirigeants à vouloir conserver leur autonomie opérationnelle, ainsi que certains épisodes tels que l’utilisation d’armes belges lors d’un raid transfrontalier en 2023, ont provoqué des réactions diplomatiques et renforcé la méfiance de Kiev.

À l’inverse, le bataillon Maksym Kryvonis s’est aligné plus étroitement sur le discours officiel russe. Il manifeste une profonde animosité envers les autorités ukrainiennes, qu’il accuse de mobilisation forcée et d’envoi de citoyens dans ce qu’il considère comme une guerre absurde.

L’engagement du groupe en faveur d’une Ukraine indépendante alliée à la Russie « fraternelle », combiné à un patriotisme modéré et au rejet des héros historiques de l’indépendance ukrainienne (tels que Stepan Bandera et Roman Shukhevych de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne pendant la Seconde Guerre mondiale), semble fragile mais correspond aux attentes du Kremlin.

En conséquence, les autorités russes semblent considérer le BMK non pas comme des opportunistes, mais comme des alliés idéologiques. Leur participation à diverses missions, notamment des évacuations à haut risque et un soutien logistique, suggère un niveau de confiance accru de la part de leur État d’accueil.

En bref, il semble que la Russie accorde davantage sa confiance aux combattants ukrainiens du BMK que l’Ukraine n’en accorde aux membres russes du RDK.

Libération ou trahison ?

Le RDK et le BMK sont deux images miroir, les deux faces d’une même tragique médaille.

Leur existence souligne à quel point la guerre bouleverse les allégeances et oblige les gens à faire des choix impossibles.

Ils révèlent le coût émotionnel de la guerre : non seulement en termes de sang et de décombres, mais aussi en termes d’identités fracturées et d’ambiguïté morale.

La question de savoir s’ils sont des libérateurs ou des traîtres reste ouverte, et la réponse dépend des perspectives idéologiques et des sympathies politiques de l’observateur.

Denis Rafalsky

Denis Rafalsky est un journaliste ukrainien spécialisé dans la politique européenne et les affaires étrangères.

Source :

Photo : Christian Bouchet avec des membres du Bataillon Maksym Kryvonis

 

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