Crise dyarchique à Dakar

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Coup de tonnerre, ce 22 mai 2026, à Dakar ! Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, limoge le Premier ministre, son vieil ami Ousmane Sonko. Cette révocation scelle la fin d’une vieille complicité et marque le point culminant de fortes tensions entre eux.

En janvier 2014, Ousmane Sonko, alors inspecteur principal des impôts et des domaines, fonde le parti PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) classé « souverainiste de gauche populiste ». Le secrétariat général du mouvement revient à un autre inspecteur des finances publiques, Bassirou Diomaye Faye. Lors de l’élection présidentielle de 2019, Ousmane Sonko obtient 15,67 % des suffrages et arrive en troisième position. En 2022, il remporte ensuite la mairie de Ziguinchor en Casamance au Sud du Sénégal.

Sa popularité croissante contrarie le président Macky Sall. Plusieurs affaires de mœurs surgissent fort opportunément pour freiner l’ascension d’Ousmane Sonko dans l’opinion sénégalaise. Condamné, le président des PASTEF désigne Bassirou Diomaye Faye pour l’élection présidentielle de 2024. Or le futur président est lui-même en détention – sans jugement – d’avril 2023 à mars 2024 pour « diffusion de fausse nouvelle, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué » ! La répression judiciaire et les exactions policières n’arrêtent pas l’admiration de la jeunesse envers les PASTEF. De nombreuses émeutes ponctuent entre 2021 et 2024 la fin du second mandat présidentiel de Macky Sall. Ce dernier tente même de contourner la Constitution et cherche à rester en fonction. Il interdit aussitôt le parti PASTEF. Cependant, sous la pression conjointe de la rue, de la classe politique, des confréries religieuses musulmanes, des puissances étrangères occidentales et du Conseil constitutionnel, Macky Sall renonce à son projet. Il propose au contraire une large amnistie qui profite à tous ses opposants.

Inéligible, Ousmane Sonko confirme la candidature de Bassirou Diomaye Faye qui, à peine libéré, se lance dans une brève et intense campagne électorale sous le mot d’ordre : « Diomaye, c’est Sonko ! » Le 24 mars 2024, dès le premier tour, le numéro 2 devient le cinquième chef de l’État sénégalais avec 54,28 % des voix.

Investi chef de l’État, Diomaye Faye choisit Ousmane Sonko pour Premier ministre. Mais le tandem doit composer avec une Assemblée nationale hostile en raison de la présence d’une majorité favorable à Macky Sall. Le nouveau président ne peut pas la dissoudre tout de suite. Ce frein constitutionnel empêche tout élan salvateur envisageable pour les cent jours décisifs… Le 12 septembre 2024, l’Assemblée nationale est enfin dissoute. Les législatives qui suivent voient la victoire écrasante des PASTEF : 130 sièges sur 165 !

Ce succès masque la lente dégradation des relations au sein de l’exécutif pour diverses raisons. L’histoire institutionnelle sénégalaise témoigne de la grande instabilité de ce poste. En décembre 1962, le président Léopold Sédar Senghor riposte aux manigances du président du Conseil des ministres Mamadou Dia. Senghor conserve la primauté. Le 18 décembre 1962, il supprime cette charge jusqu’au 26 février 1970. Le premier ministre disparaît ensuite du 29 avril 1983 au 8 avril 1991, puis du 14 mai 2019 au 17 septembre 2022. Son rétablissement s’explique par la nécessité d’un coordinateur – metteur en action des injonctions présidentielles.

Les liens entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se crispent à propos d’abord des événements sanglants de 2021 – 2024. Ousmane Sonko veut l’arrestation des auteurs de la répression, leur jugement et leur condamnation. Le président se montre plus modéré, prêt à pardonner sans oublier. Il y a en outre la découverte dans les comptes publics d’un déficit caché de sept milliards d’euros. Le Sénégal devient l’État francophone d’Afrique occidentale le plus endetté (111 à 132 % du PIB). Le FMI et la Banque mondiale aspirent à négocier avec Dakar dans la perspective d’appliquer une politique d’austérité draconienne. Le chef d’État sénégalais privilégie la discussion et se préparerait à un compromis avec les instances du « Désordre établi mondial », à la différence d’Ousmane Sonko. Son successeur se nomme Ahmadou Al Aminou Lô, un expert des questions bancaires, financières et monétaires.

Ousmane Sonko se montre prêt, pour sa part, à l’épreuve de force. Sa position se retrouve néanmoins fragilisée avec la faiblesse avérée de la junte malienne face à l’offensive concertée des islamistes alliés aux indépendantistes touareg sans que n’interviennent les deux autres membres (Niger et Burkina Faso) de la Confédération des États du Sahel.

Le président sénégalais évince donc Ousmane Sonko, relance sa coalition électorale présidentielle et attire vers lui certaines figures politiciennes naguère proches de son prédécesseur, rival historique d’Ousmane Sonko. La base militante PASTEF n’apprécie guère ces manœuvres d’autant qu’elle attend toujours de véritables changements.

Malgré son renvoi, Ousmane Sonko tient le parti gouvernemental et, par conséquent, une large majorité de députés. Le 26 mai, il accède à la présidence de l’Assemblée nationale. Le sortant, Malick Ndiaye, a démissionné quelques heures auparavant. L’Assemblée nationale résistera-t-elle au nouveau gouvernement ? L’avenir le dira. Les commentateurs locaux estiment toutefois que la campagne présidentielle de 2029 vient de commencer avec le probable duel entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Le cas sénégalais est très intéressant pour l’avenir politique immédiat d ela France. Des attaches psycho-historiques existent entre les deux États. D’aucuns parlent d’égrégores, de Dasein ou de Logos partagés. Quatre communes du Sénégal furent des communes françaises (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar).

En politique, tout duo ne dure qu’un temps, vite brisé par les ambitions personnelles habituelles. On se souvient de l’antagonisme de 1984 à 1997 entre Lionel Jospin et Laurent Fabius. On se rappelle aussi de la fable des        « amis de trente ans » : Jacques Chirac – Édouard Balladur. Le RN repose actuellement sur un binôme explicite Marine Le Pen – Jordan Bardella que le verdict judiciaire du 7 juillet brisera certainement. On peut imaginer que l’arrivée de Marine Le Pen à l’Élysée et de Jordan Bardella à Matignon aurait inévitablement abîmé leur entente.

Par ailleurs, à l’instar de Syriza en Grèce en 2015, il est probable que le parti national-centriste découvre des déficits gigantesques cachés et soit de facto le syndic de la faillite, le liquidateur officiel de la maison France. Les agences de notation, les marchés et la Commission bureaucratique de Bruxelles se feront un plaisir d’accuser tout gouvernement RN de gestion hasardeuse, accusations reprises et amplifiées par le système médiatique d’occupation mentale et les oppositions…

Des convergences perdurent encore entre le président et son ancien premier ministre. Au printemps 2026, le Sénégal a renforcé la pénalisation de l’homosexualité. Les éternelles pleureuses des « gens des lettres » s’émeuvent-elles de cette nouvelle loi ? À part une lettre ouverte publiée dans Libération du 17 mai 2026 et un article de Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo du 3 juin 2026, le sujet se fait très discret. En ce mois de juin où prolifèrent dans tout l’Hexagone des défilés dyssexuels dans lesquels certains individus manifestent un exhibitionnisme qui, en d’autres temps, leur auraient valu des poursuites judiciaires pour « attentats à la pudeur », gageons que l’indignation sur commande ne ciblera pas le Sénégal qui n’appartient pas au monde blanc. Critiquer sa politique signifierait soutenir un point de vue néo-colonial indécent et anti-intersectionnel.

Les PASTEF sont en pointe de la lutte contre le gendérisme. Ce parti entretient pourtant une chaleureuse connivence avec LFI. Les militants des PASTEF applaudissent beaucoup Jean-Luc Mélenchon en visite à Dakar en mai 2024 jusqu’au moment où le futur quadruple candidat à la présidentielle approuve l’homoconjugalité, d’où une vive bronca. Les Sénégalais n’apprécient pas que l’Occident veule exporte ses mœurs délétères et interdit la bigamie traditionnelle. Il revient par conséquent au Sénégal de trouver le meilleur chemin vers un ethnodifférencialisme assumé.

Salutations flibustières !

Georges Feltin-Tracol

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