Françoise Dior ou le crépuscule d’une Walkyrie

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« Ni héroïne, ni démone, elle fut simplement Françoise Dior »

Entretien avec Franck Buleux, auteur de Françoise Dior ou le crépuscule d’une Walkyrie, aux éditions Ars Magna

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Quelle est la nature de cette biographie consacrée à la nièce de Christian Dior ? Politique d’abord ?

Non, justement. Certes, il est évident, INA (Institut national de l’audiovisuel) oblige, que son mariage (le deuxième) avec le leader du National Socialist Movement (NSM) à Londres Colin Jordan, ne peut qu’attarder le lecteur potentiel sur cette partie de sa vie, les années 1960, pendant lesquelles ses engagements politiques (et ses écarts supposés) l’emmèneront deux fois en prison, en Grande-Bretagne et à Nice ! Mais il ne s’agit que d’une partie de sa vie, quelques mois en réalité ; en effet, elle convola trois fois en justes noces et vécu une longue période de concubinage avec un jeune Britannique dans la commune de Ducey, près du Mont-Saint-Michel dans les années 1970. Donc, oui, la vie de Françoise Dior fut politique, mais pas seulement. Je pense que sa double incarcération lui fit passer l’envie de l’activisme en politique.

Après son divorce avec Colin Jordan, elle abandonna toute action politique ?

Au sens de l’action politique telle qu’elle la concevait lorsqu’elle publiait des annonces dans l’hebdomadaire Rivarol pour recruter une élite politique après son premier mariage, oui totalement.

Bien sûr, elle fit campagne pour Valéry Giscard d’Estaing en 1974, comme beaucoup au sein de la droite nationale et radicale, puis adhéra au Rassemblement pour la République (RPR) de Jacques Chirac en 1983, mais elle n’était plus dans l’activisme militant. Des collages d’affiches dans le sud de la Manche et un mariage (le troisième et dernier) avec un adhérent chiraquien, qui passa chez Jean-Marie Le Pen en 1985…

Vous évoquez des campagnes électorales près de Londres, où son action militante permit les défaites des travaillistes. Elle pratiquait déjà l’union des droites en 1964 ?

On peut le penser. Des campagnes vives et dynamiques (avec des rassemblements en pleine rue), en compagnie de plusieurs mouvements britanniques, contre l’immigration de couleur permirent probablement, dans les deux circonscriptions ouvrières évoquées dans l’ouvrage, les victoires des candidats conservateurs (des Tories). C’est assez surprenant quand on connaît les thèmes principaux de l’extrême droite britannique à cette époque, mais les résultats étaient là, les candidats travaillistes furent battus. Bon, les députés conservateurs ne furent pas les bienvenus au sein de leur groupe puisqu’on leur reprocha de ne pas avoir condamné le caractère « raciste » de la campagne de Françoise Dior, alors citoyenne britannique par mariage encore non dissous.

De manière plus romantique, vous indiquez qu’elle fut comtesse à 23 ans…

Oui, par alliance avec un Caumont-La Force. Ce n’était pas la passion, mais cela lui a permis de connaître les coutumes dynastiques, qu’elle retrouvera à la fin de sa vie en fréquentant notamment le comte de Paris, héritier orléaniste au trône de France. « La reine des Gitanes » comme disait De Gaulle, s’amusant de son soi-disant souhait, en 1965, de favoriser le retour de la monarchie en France. En réalité, Françoise Dior avait une appétence réelle pour les idéaux monarchiques, les ors des belles demeures. Quelques mois avant son décès, fin 1992, elle s’agenouilla, avec beaucoup de difficultés, mais de respect, devant le comte de Paris. Le quotidien Libération publia la photographie. Cela dit, elle fit même la « une » de l’hebdomadaire VSD trois ans après sa mort, sans que celle-ci ne soit mentionnée. Du journalisme d’investigation !

Elle n’eut qu’une héritière, disparue en 1978.

Oui, la fille du comte de Caumont-La Force. Christiane (c’était son prénom) était née 11 jours après le décès de Christian, en octobre 1957. De Christian Dior à Christiane… Il n’y a pas de hasard chez Françoise Dior. Sa disparition donne lieu à un chapitre assez glauque dans la biographie. Elle reflète cette sensation de toute-puissance chez elle.

Quelques mots pour terminer…

Il était temps de rompre le silence sur cette femme, dont l’énergie et les défauts (un tabagisme massif et permanent notamment) s’inscrivent dans l’histoire du siècle dernier : la principauté de Monaco, l’internationale noire, la révolution sexuelle…

Un dernier avertissement aux lecteurs : n’en faites ni une héroïne, ni une démone, elle fut simplement Françoise Dior, la fille de Madeleine et de Raymond. Et encore, pour Raymond, des doutes subsistent… En ouvrant cette biographie, oubliez toute certitude.

Françoise Dior ou le crépuscule d’une Walkyrie, Franck Buleux, Ars Magna, 18 €. Pour acheter le livre, paru chez Ars Magna, cliquez ici.

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