Le Parti fasciste républicain : une histoire à mieux connaître

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En 2016, Castelvecchi a publié l’Histoire du Parti fasciste républicain, qui retrace un peu moins de deux ans d’événements politico-partisans dans le contexte de la République de Salò et relatifs à une formation politique née avant tout de la volonté et de l’œuvre d’Alessandro Pavolini, bien avant celle de Benito Mussolini : en effet, lorsque le parti a vu le jour, l’ancien Duce était encore prisonnier sur le Gran Sasso.

Cet ouvrage a comblé une lacune dans la littérature, étant donné que les études précédentes s’étaient concentrées sur d’autres institutions de la République de Salò ; cela a été possible malgré certaines difficultés objectives dans les recherches, que l’auteur a toutefois menées de manière rigoureuse et aussi exhaustive que possible. La principale difficulté rencontrée a consisté en la destruction d’une grande partie des archives centrales et fédérales de l’époque, ordonnée par les dirigeants du parti lui-même : D’Angeli a comparé les documents qui ont survécu à quelque titre que ce soit (ceux concernant le PFR et Pavolini, ainsi que ceux – non brûlés – relatifs à la fédération du parti de Milan conservés aux Archives centrales de l’État ; les documents relatifs à la fédération de Pesaro, saisis par les partisans de Crema et désormais conservés à l’Institut d’histoire contemporaine de Pesaro et Urbino), complétées par des publications de l’époque, des mémoires de personnes ayant fait partie de la structure du parti (notamment Pino Romualdi, qui a vécu toute l’expérience du PFR, et Vincenzo Costa) ainsi que par des ouvrages traitant de la République sociale de manière plus générale (rédigés, entre autres, par Renzo De Felice et William Deakin).

Les origines et l’évolution

Le 14 septembre 1943, Mussolini – libéré deux jours plus tôt – rencontra Hitler à Rastenburg et s’entendit dire qu’il devait reprendre le pouvoir pour construire un nouvel État fasciste ; le lendemain, Mussolini lui-même promulgua cinq décrets par lesquels, entre autres, il nomma Pavolini (qui entra de plein droit dans le nouveau gouvernement) « secrétaire provisoire du Parti national fasciste, qui prend désormais le nom de « Parti républicain fasciste » », parti qui devait être immédiatement reconstitué.

Dès le 9 septembre (et plus encore dans les jours qui suivirent immédiatement), au lendemain de l’annonce de l’armistice, le Parti avait toutefois déjà été réactivé dans de nombreuses villes du Nord (à commencer par Trieste) et dans certaines du Centre ; à la fin du mois de septembre, comme le signale l’auteur, « la reprise de l’activité fasciste sur le territoire compris entre Naples et Bolzano peut être considérée comme achevée ».

L’image de cette formation politique apparaît différente de celle de l’ancien Parti national fasciste : la périphérie comptait bien plus que le centre (la reconstruction avait commencé à partir des groupes locaux et l’on voulait éviter de repartir avec une structure bureaucratisée). Les protagonistes de cette reconstitution, plus que les anciens hiérarques (qui craignaient souvent de subir des conséquences négatives et dont le rôle n’était guère reconnu par les nouveaux militants), étaient « les squadristi de la vieille garde, l’aile la plus intransigeante et extrémiste » ; à cela s’ajoutait le diktat explicite de Pavolini de recruter les nouveaux adhérents « principalement parmi les ouvriers, les paysans, les petits employés et les professionnels, en écartant rigoureusement les ploutocrates, les nouveaux riches, tous ceux dont la simple présence dans les rangs pourrait créer localement une fausse impression de résurgence réactionnaire, agraire et capitaliste, alors que le Parti veut avoir et aura un contenu social net et radical » (comme le démontre également le fait que 10 des 18 points du Manifeste de Vérone soient consacrés précisément à des questions sociales). Dans le livre, sont également cités comme fascistes républicains les jeunes « qui ont grandi à l’ombre du Fascio littorio, souvent conscients que la partie est désormais perdue, et qui choisissent le PFR […] comme un geste de cohérence politique et idéologique, de défi contre la résignation passive face à l’inévitable, de combat extrême pour la défense de leur honneur, afin d’effacer par les armes l’accusation de trahison portée par les Allemands » .

Le Parti fasciste républicain présentait donc des éléments de nouveauté par rapport au PNF, mais il apparaissait tout aussi nouveau à ceux qui voyaient dans la nouvelle orientation « un fascisme qui saura réaliser cette révolution que le régime n’a pas pu ou voulu mettre en œuvre et qui conduira à l’adhésion pleine et entière des masses ». La nouvelle entité politique, selon les intentions de Pavolini, aurait dû être « un parti des travailleurs, un parti prolétarien, animateur d’un nouveau cycle social, sans plus aucune hésitation ploutocratique » et sans compromis avec les Savoie du moment.

L’organisation interne était également nouvelle, avec l’abandon du système hiérarchique et la préférence accordée à des dirigeants élus par les assemblées locales (remplacés par un commissaire uniquement lorsque la situation locale l’exigeait, même si les chefs de province – figures qui remplaçaient les préfets, mais également dotés de pouvoirs politiques – étaient de toute façon nommés par le ministère de l’Intérieur, en concertation avec le ministre secrétaire du parti), ainsi que – dans un premier temps – par une plus grande place accordée au droit de critique, sans pour autant renoncer à une attitude généralement considérée comme extrémiste (qui, par exemple, étouffa les velléités conciliatoires de « pacification nationale » avec les antifascistes qui s’étaient fait jour dans certains milieux).

Le PFR resta une entité provisoire jusqu’au 23 janvier 1944, date à laquelle il fut reconnu par un décret législatif de Mussolini (qui lui conféra la personnalité juridique) ; la nomination du directoire national s’ensuivit.

Le temps qui passait avait toutefois modifié, au moins en partie, l’organisation du parti, notamment grâce à la convocation du premier et unique congrès (que Mussolini préféra toutefois appeler « assemblée nationale ») qui s’était entre-temps tenu en novembre 1943 à Vérone : là, Pavolini précisa que pour faire coïncider la fonction de chef des forces fascistes dans une province et celle de chef de l’administration provinciale, il fallait conférer à cette figure un « caractère continu » et que, dans aucun État, elle n’était élective, puisqu’il s’agissait de la représentation du gouvernement.

Mussolini lui-même, d’ailleurs, tenta à plusieurs reprises de limiter le pouvoir du parti, en cherchant à rééquilibrer la situation tout en tenant compte d’autres instances, à commencer par celles du gouvernement qui n’appréciait pas les ingérences partisanes (tout comme le PFR réagit dès le début à ce qu’il qualifiait d’ingérences gouvernementales et administratives) et, surtout, en considérant le parti – comme l’écrit D’Angeli – « trop agité et exigeant, en paroles et en actes ». Le Duce en vint même à penser que – comme l’écrivit Renzo De Felice – « pour la RSI, l’ennemi le plus dangereux était le Parti », bien qu’il en eût absolument besoin pour gouverner ; c’est aussi pour cette raison qu’en janvier 1944, il en vint à envisager de remplacer Pavolini à la tête du secrétariat par le militaire Fulvio Balisti afin de donner au parti une ligne différente (mais cette manœuvre déplut aux Allemands, qui craignaient un désengagement de Mussolini, et tout revint donc à la normale).

Le même décret législatif n° 38/1944 qui, toujours en janvier, conféra la personnalité juridique au PFR, en limita toutefois les attributions : le parti se vit retirer, sur le papier, le contrôle totalitaire sur les structures de l’État (et la décision ultérieure de militariser le parti, en concentrant toutes les énergies de la République sociale italienne sur le combat, allait encore changer la donne). Malgré cela, du moins dans les faits, la République sociale italienne continua à fonctionner selon un programme qui, selon la chercheuse Dianella Gagliani (citée par D’Angeli), « était en réalité – plus qu’un programme du Parti – un programme de l’État, preuve de l’imbrication entre l’ordre institutionnel de la République sociale et l’ordre politique du Parti fasciste : c’est le PFR qui a défini le fonctionnement constitutionnel de la RSII et qui en a dicté la structure économique et sociale, en plus de décréter son caractère de parti unique ».

Le PFR à la lumière de Mortati

Il est intéressant de revenir sur les propos du rapport d’Alessandro Pavolini au congrès du PFR, cités par Roberto D’Angeli dans la partie du premier chapitre consacrée à la fonction du parti : « Le Parti, en tant que tel, nous le voulons uniquement et exclusivement politique : c’est une assemblée d’hommes qui parlent, qui expriment leurs idées, d’hommes qui, pour le reste de leur vie, exercent dans leurs sphères d’action et d’observation le contrôle politique, qui jouent le rôle d’animateurs au sens politique ». On peut y ajouter, si l’on veut, le contenu de l’article 5 du Manifeste de Vérone rédigé par Mussolini : « L’organisation chargée d’éduquer le peuple aux problèmes politiques est unique. Au sein du Parti, ordre de combattants et de croyants, doit se réaliser un organisme d’une pureté politique absolue, digne d’être le gardien de l’Idée révolutionnaire ».

Pour un spécialiste du droit des partis, il est tout à fait naturel de lire ces affirmations à la lumière d’autres réflexions, publiées quelques années auparavant (en 1940 pour être précis), par Costantino Mortati, sans doute le plus éminent spécialiste italien du droit constitutionnel du XXe siècle. Son essai le plus important, La costituzione in senso materiale, s’était attaché à prêter attention, outre au cadre institutionnel découlant du texte de la loi fondamentale, aussi et surtout à la manière concrète dont les relations sociales sont conçues et régulées et, par conséquent, à la configuration réelle et « vivante » des rapports de pouvoir au sein d’une communauté.

Parmi les éléments organisationnels nécessaires pour « ordonner » la communauté, afin qu’elle puisse devenir un État, Mortati identifiait sans hésitation le parti : le chercheur plaçait précisément la naissance d’une force politique – entendue comme l’émergence d’« une spécification dans la position des membres, en vertu de laquelle certains parviennent à exercer un pouvoir sur les autres de manière à obtenir leur obéissance » – à l’origine de la formation des autres éléments nécessaires pour pouvoir parler d’État. Pour Mortati, les partis étaient « des associations qui, en s’appropriant une conception générale englobant la vie de l’État sous tous ses aspects, tendent à la traduire en action concrète de l’État » : dans l’Europe du XXe siècle, face aux masses, les partis étaient « contraints d’adopter une organisation qui […] place comme élément prédominant une idée politique générale […] capable non seulement de maintenir l’unité du groupe qui l’adopte et de le différencier des autres, mais surtout de constituer le centre d’attraction pour le recrutement de nouveaux adhérents et pour la conquête du pouvoir de l’État ». S’il était considéré comme « nécessaire » pour donner une forme politique à l’institution d’origine, pour Mortati, le parti ne pouvait « qu’être unique » et se poser en « élément instrumental » de l’État moderne, nécessaire pour que celui-ci puisse réaliser ses fins.

Les réflexions de Mortati étaient le fruit de leur époque, se référant au régime fasciste et à son parti unique, le PNF ; la justesse de cette pensée aurait permis de l’appliquer également à l’État démocratique de la République, moyennant les adaptations nécessaires à la nouvelle condition du multipartisme. En prenant un peu de recul, cependant, il est facile de voir que les propos du constitutionnaliste s’appliquaient également bien au Parti fasciste républicain : lorsque Pavolini disait des hommes du Parti qu’ils « exercent dans leurs sphères d’action et d’observation le contrôle politique, qu’ils jouent le rôle d’animateurs au sens politique », on retrouvait l’idée mortatienne du parti qui se propose de traduire en action concrète (notamment par le contrôle de chacun dans ses propres sphères d’action) sa conception de l’État ; lorsque Mussolini revendiquait l’unicité de l’organisation à laquelle incombait « l’éducation du peuple aux problèmes politiques », on retrouvait le Mortati qui voyait le parti (unique) comme « un pôle d’attraction pour le recrutement de nouveaux adhérents » et pour le maintien, plus que la conquête, du pouvoir de l’État.

Une confirmation, une fois de plus, de la validité du raisonnement de Costantino Mortati, mais aussi la démonstration que le rôle du PFR avait été pensé de manière tout sauf superficielle et improvisée. Même si, comme le rappelle D’Angeli dans son ouvrage, on n’en est jamais arrivé à la rédaction des statuts du Parti fasciste républicain (la réunion qui aurait dû en discuter n’a jamais eu lieu).

Entre assistance et antisémitisme

Conscient que, comme l’écrit Giuseppe Parlato dans son introduction, «la République sociale n’était pas seulement un État, bien au contraire, l’État […] était souvent placé en position de subordination par le Parti fasciste républicain, la réalité peut-être la plus importante et la plus significative de la RSI», le livre dépeint un scénario caractérisé par « la présence de nombreux centres de pouvoir, émanations de personnalités et d’intérêts influents, souvent en conflit et en concurrence les uns avec les autres », voire évoque l’image forte d’« une tour de Babel politico-administrative – écrit encore Parlato – avec d’innombrables langages, uniformes et bureaucraties ».

Tout cela est visible tout au long de l’ouvrage, qui consacre les chapitres suivant le premier à des analyses approfondies et riches en témoignages provenant de diverses sources. L’auteur traite tout d’abord des efforts du Parti fasciste républicain pour « aller vers le peuple », notamment grâce aux efforts déployés – mais souvent perçus comme invisibles par la population – pour venir en aide au peuple italien et, en particulier, aux catégories de personnes les plus touchées à cette époque (en se référant par exemple « aux réfugiés, aux personnes déplacées, aux sinistrés et aux internés ») : on commença par créer l’Ente nazionale di assistenza fascista, étroitement liée au PFR (que l’on ne voulait pas alourdir outre mesure, même si d’autres auraient préféré que le parti s’occupe directement de l’assistance), puis en confiant la prise en charge des forces armées à l’Œuvre nationale des loisirs et en dissociant davantage l’activité des organismes de celle du parti (jusqu’à une dissociation presque totale, après la militarisation du parti en juin 1944, l’assistance étant confiée aux communes et à divers organismes, y compris les Groupes fascistes féminins).

Le troisième chapitre est quant à lui consacré à l’antisémitisme du Parti fasciste républicain, un sentiment déclaré (et résumé dans l’inéquivoque article 7 du Manifeste de Vérone : « Les membres de la race juive sont des étrangers. Pendant cette guerre, ils appartiennent à une nationalité ennemie ») qui s’est traduit par une véritable guerre contre les Juifs – dans une escalade que D’Angeli illustre très bien à l’aide d’une grande quantité de documents. Cela démontre à quel point – contrairement à ce que De Felice déduit de l’absence de débat au sein de l’assemblée de Vérone – les dures déclarations antisémites étaient très probablement pleinement partagées par la base du Parti fasciste républicain ; les paroles ont été suivies d’actes, avec la décision d’interner les Juifs dans des camps de concentration provinciaux, de saisir leurs biens, et les arrestations qui s’ensuivirent (effectuées par la police, mais avec la participation active du parti).

Le quatrième chapitre est entièrement consacré à la propagande antisémite ; il s’ouvre sur la restriction de la liberté de la presse – tant au sein du parti qu’en dehors – imposée dans la RSI à la fin de l’année 1943 (même si la censure préventive ne sera officiellement réintroduite que le 31 mai 1944), avant de présenter divers exemples de cette propagande (mal vue, tout comme la radicalisation de la persécution des Juifs, par la majorité de l’Église catholique, qui devint elle-même la cible des critiques de la presse) ; il convient de rappeler que la diffamation a également touché la franc-maçonnerie, souvent associée au judaïsme.

L’Histoire du Parti fasciste républicain traite ensuite de la militarisation du parti au milieu de l’année 1944 (et de ses antécédents, avec la création des escouades et de la police fédérale, dans une situation loin d’être ordonnée du point de vue de la répartition des tâches, jusqu’à la création de la Garde nationale républicaine, et d’un mécontentement interne au parti qui ne s’est jamais vraiment apaisé), avec la création des Brigades noires (dont la constitution est racontée en détail). Le dernier chapitre est enfin consacré à la « dernière résistance », avec les derniers mois de la République sociale italienne marqués – selon Mussolini – par trois mots d’ordre : « Italie, République, Socialisation » (le « fascisme » n’y figurait pas), la tentative de jeter un pont vers l’antifascisme (ou, en tout cas, visant à la réconciliation) avec la constitution du Regroupement national républicain socialiste — qui n’a jamais été particulièrement apprécié par les fidèles du PFR — et la nomination des deux vice-secrétaires du parti, parmi lesquels Pino Romualdi, jusqu’à la deuxième et dernière réunion du directoire national du parti, le 3 avril 1945 (au cours de laquelle fut également discutée la possibilité pour le Duce et les forces de la RSI de se retirer en Valteline en cas de repli désordonné sous la pression des Alliés et des partisans, projet qui fit ensuite naufrage).

L’instrument d’un « nouveau départ », y compris dans les symboles

Il est significatif de noter, comme le fait à juste titre D’Angeli dans ses conclusions, que « pour reconstruire un État fasciste à partir des cendres du 25 juillet 1943 et de l’apathie et de la désorientation qui ont suivi l’armistice, Mussolini s’en remet précisément au Parti, premier instrument à s’être réorganisé, même de manière autonome, et qui est placé à la base de la République naissante ». La fonction instrumentale du PFR, reprenant la doctrine de Costantino Mortati, apparaît clairement, malgré la relation conflictuelle permanente avec le Duce lui-même qui, tout en sachant qu’il a besoin du parti, tente à plusieurs reprises de le limiter (notamment en étouffant les dissensions en son sein) afin de ne pas compromettre les autres objectifs qu’il a en tête. Mais « c’est au contraire à cet esprit de parti et à cette intransigeance idéologique – ainsi se termine le livre – qu’il fera appel lors des trois moments les plus critiques de la dernière aventure du fascisme : la réorganisation, la déroute de l’été 1944 et l’agonie de la République ».

Cet esprit et cette intransigeance se traduisaient par une sorte de « retour aux sources » du fascisme, c’est-à-dire à celles qui avaient précédé l’instauration du régime : cela s’était également marqué d’un point de vue symbolique. L’absence d’élections à cette époque ne permet évidemment pas de parler de symboles de parti ou de liste comme nous avons l’habitude de le faire, mais cela n’empêche pas qu’il existait bel et bien une iconographie du parti. C’est la couverture même du livre de Roberto D’Angeli qui montre une carte du Parti fasciste républicain dominée par l’image d’un faisceau romain républicain (avec un nœud en « Z »), d’où émane une lumière dans un ciel plombé. C’est la position de la hache, plantée au centre des tiges maintenues liées entre elles, qui montre qu’il s’agit d’un faisceau républicain : la même image qui avait été adoptée par la République romaine de Mazzini et qui, en 1919, devint le symbole des Fasci italiens de combat fondés par Mussolini.

Sur les bulletins de vote de 1924, on trouvait, pour la Liste nationale, le seul faisceau républicain (sans les liens libres dans la partie inférieure), mais lorsque le régime fut instauré, le choix d’adopter comme emblème graphique du Parti national fasciste le faisceau impérial, qui avait une forme différente, s’imposa : en particulier, la hache était fixée au faisceau en position latérale. Une fois le régime tombé et après la décision de mettre en place la RSI, il fallait également signaler sur le plan visuel qu’il s’agissait, plus que d’une continuité avec le régime fasciste, d’un retour aux origines, avec moins de bureaucratie et moins de compromis : le choix de revenir au premier faisceau, mazzinien, romain républicain et, avant cela, étrusque, était loin d’être motivé par des raisons purement esthétiques.

Grâce à ses recherches minutieuses, Roberto D’Angeli permet à ceux qui ne connaissent que peu ou pas du tout les événements du Parti fasciste républicain – au-delà des traits fondamentaux du contexte historico-politique dans lequel ils s’inscrivent – d’enrichir de faits peu connus la période allant du 8 septembre 1943 à la Libération, habituellement associée uniquement aux luttes partisanes, aux représailles et à l’avancée des Alliés. Ces événements constituent un antécédent dont il faut tenir compte lorsqu’on étudie le système politique des débuts de la République italienne : le livre souligne comment Pino Romualdi, dès la dernière réunion du Comité directeur national du PFR, avait en tête de créer « un véritable parti ou mouvement clandestin doté de cadres, de moyens financiers très puissants, spécifiquement préparé pour la lutte politique même en cas d’invasion totale de l’ensemble du territoire national. Une force qui aurait pu permettre au fascisme de survivre même après et malgré la défaite militaire », et il n’est pas surprenant que ce soit précisément Romualdi, grâce à son engagement, qui ait ensuite apporté une contribution fondamentale à la réorganisation de ceux qui avaient été (et étaient restés) fascistes, en cofondant en 1946 le Mouvement social italien. C’est là que la flamme tricolore aurait été adoptée comme emblème, mais cela – bien sûr – est une autre histoire.

Publié par Gabriele Maestri dans Les symboles de la discorde.

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