Racisme et eugénisme en Israël, l’affaire des « enfants de la teigne »

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Quand, en 1948, l’État d’Israël est créé, il l’est par et pour les Ashkénazes, ces juifs occidentaux, issus des pays de l’Europe centrale et orientale qui se considèrent comme l’élite du peuple élu. À ce titre, ils méprisent les sépharades, ou « juifs-arabes », que Golda Meir, décrit comme des « juifs analphabètes et illettrés, ignorant presque tout de la civilisation du vingtième siècle ». Aux yeux de l’establishment sioniste, les juifs non-européens peuvent au mieux servir de substitut au travail indigène bon marché des Palestiniens, mais encore faut-il qu’ils soient éduqués et que leurs traditions ainsi que leur identité soient effacés. Ainsi donc est posé, dès l’origine de l’État hébreux, un racisme intrinsèque dont la conséquence la plus marquante est que les sépharades qui, à partir des années 1950, émigrèrent vers la France y réussirent dans l’ensemble brillamment alors que ceux qui firent leur alyah constituèrent le prolétariat et le quart-monde d’Israël.

À leur arrivée sur la « terre promise » les sépharades sont éloignés des villes et, en grande majorité, parqués dans des villages de tentes insalubres, nommés « camps de transfert », qui se transformeront progressivement en bidonvilles et banlieues pauvres. Certains, considérés comme incapables d’élever leurs enfants se les voient retirer par l’Agence juive qui fait alors adopter par des couples ashkénazes 3 500 très jeunes juifs yéménites bien qu’ils ne soient nullement orphelins et sans l’accord de leurs familles d’origine. D’autres connaissent un sort encore pire : leur progéniture est transformée en cobaye pour des expériences sur la résistance aux rayons ionisants.

L’affaire n’a été révélée au grand public qu’au début des années 2000 grâce au film de David Belhassen et Asher Hemias Les enfants de la teigne. Ce qu’il relate fait froid dans le dos : à la fin des années 1940, une loi américaine met un terme aux expérimentations jusqu’alors autorisées sur certains prisonniers et handicapés mentaux. Le programme nucléaire américain doit donc trouver une nouvelle source de cobayes humains. Il s’adresse à Tel Aviv et le gouvernement israélien se déclare d’accord pour lui en fournir !

En 1951, le directeur général du ministère israélien de la Santé, se rend donc aux États-Unis d’où il revient avec sept appareils de radiographie à rayons X, que l’armée américaine lui a remis. Ils sont utilisés pour une expérience nucléaire massive et une génération complète de jeunes juifs orientaux sert de cobayes. Chaque enfant séfarade reçoit, en plusieurs fois, à travers son crâne 35 000 fois la dose maximale de rayons X autorisée. À cette fin, le gouvernement américain verse annuellement à Israël 300 millions de livres (environ deux milliards de dollars actuels) soit cinq fois le budget global du ministère israélien de la Santé…

Afin de circonvenir les parents des victimes, on leur explique que ces rayons X sont un traitement contre une épidémie de teigne. 6 000 des enfants cobayes décèdent peu après leur irradiation, beaucoup des survivants souffrent d’épilepsie, d’amnésie, de céphalées chroniques, ou développent des cancers qui emportent des milliers d’entre eux, au fil des années, et qui continuent à tuer encore actuellement. De plus, la totalité de leur organisme ayant été exposé aux rayons, le génome des enfants est souvent altéré, affectant leur descendance.

La majorité des victimes sont d’origine marocaine, car les juifs marocains représentent alors la majorité des immigrants séfarades. Aucune erreur n’est commise : les enfants sont délibérément irradiés en fonction de leur origine ethnique. David Deri, un des survivant interviewé dans le film de Belhassen et Hemias insiste sur ce point et relate : « J’étais à l’école, et des types sont venus nous chercher pour une promenade [en fait la première irradiation]. Ils nous ont demandé comment nous nous appelions : les enfants portant des noms ashkénazes se virent ordonner de se rasseoir. Les gamins basanés, eux, se retrouvèrent dans l’autobus. »

Un Comité d’indemnisation des victimes du traitement de la teigne aux rayons X a été créé par le populaire chanteur marocain, David Edri, et il demande que les responsables de cet « holocauste séfarade » encore en vie soient traînés devant les tribunaux et condamnés. Un vœu qui ne peux que rester pieux quand on sait que tous les dossiers médicaux prouvant cette expérience ont disparu, brûlés dans un incendie, et surtout que le seul homme politique mis en cause dans cette affaire qui n’était pas encore décédé était alors … Shimon Peres, trois fois premier ministre, prix Nobel de la paix et président de la république israélienne de 2007 à 2014 !

 

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